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Full text of "Benveniste - Noms d’agent et noms d’action en indo-européen (1948)"

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NOMS D’AGENT ET NOMS D’ACTION 

EN INDO-EUROPÉEN 




E. BENVENISTE 


NOMS D’AGENT 
ET NOMS D’ACTION 

EN INDO-EUROPÉEN 


Ouvrage publié avec le concours 
du Centre National de la Recherche Scientifique. 


PARIS 

ADRIEN-MAISONNEUVE 

I I , HUE SAINT-SULPICE, 6 e 

«948 



ERRATA 


P. Ç), n. 2, 1 . 2. Lire: Notion. 

P. 8o, 1 . 18. Supprimer le point et virgule final. 
P. 1 35 , 1 . 17. Lire : objet. 



AVANT-PROPOS 


Cet ouvrage forme la suite de nos Origines de la formation 
des noms en indo-européen et en constitue le deuxième volume, 
bien tardivement publié '. Le titre a été modifié pour répondre 
mieux au contenu : il ne s’agit plus cette fois de restituer des 
formes, mais d’interpréter des fonctions. 

Dans le vaste domaine de la suffixation des noms, nous avons 
étudié quelques formations bien représentées et déjà plusieurs 
fois décrites : noms d’agent {-ter, - tor ), noms d’action (-ti, -tu), 
et — au risque de déborder le titre — formes de « gradation », 
comparatif et superlatif. En outre, de chacune de ces formations 
dépendent diverses classes de dérivés que nous avons considérés 
à leur tour. Au total l’examen graduellement élargi embrasse 
une portion notable de la suffixation nominale. Examinant suc- 
cessivement ces grandes catégories dans leur fonction, nous 
essavons de déceler le système d’oppositions par lequel elles 
valent. 

Chacune des parties du livre consiste donc en une confronta- 
tion : pour les noms d’agent, entre -ter et - tor ; pour les noms 
d’action, entre -ti- et -tu-\ pour les comparatifs, entre les deux 
types et les deux constructions connus. Nous aboutissons, par 
une analyse synchronique dont le détail remplit la suite des 
chapitres, à dégager pour chaque catégorie, un jeu de valeurs 
contrastées où ressortent deux notions distinctes de l’agent et 
de l’action. Et il son tour ce dédoublement révèle une symétrie 
profonde entre les deux catégories. Dans la dernière partie, on 

i . Dans l’intervalle il y a eu, pour l’auteur, d’autres publications, l’interruption 
de la guerre, la perte de tous ses travaux manuscrits, et l’obligation de reconstituer 
la documentation entière du présent ouvrage. 



6 


noms d'agent et noms d’action en indo-européen 


tente d’expliquer, par une coordination systématique qui les 
unifie, des formes réparties historiquement dans des classes très 
diverses: comparatifs, superlatifs, ordinaux, adjectifs verbaux, à 
partir du suffixe -to-. 

Au delà des conclusions particulières où nous amène chacun 
de ces problèmes, notre démonstration vérifiera un principe 
simple : quand deux formations vivantes fonctionnent en concur- 
rence, elles ne sauraient avoir la même valeur ; et, corrélative- 
ment : des fonctions différentes dévolues à une même forme 
doivent avoir une base commune. Il incombe aux linguistes de 
retrouver ces valeurs, généralement peu apparentes et souvent 
très cachées. Si l’essai tenté ici trouve approbation, un commen- 
cement d’organisation sera introduit dans quelques parties de 
ce vaste ensemble de la morphologie suffixale. On verra par 
suite l’étendue de la tâche qui demeure, peut-être aussi comment 
l’aborder. 



PREMIÈRE PARTIE 

NOMS D’AGENT 




Une des catégories les plus sûrement établies de la morpho- 
logie nominale indo-européenne est celle des noms d’agent en 
*-t e / 0 r. Définie par un suffixe de forme claire et par un sens 
constant, attestée dans les plus anciennes langues, largement 
productive au cours de l’histoire, elle a été plusieurs fois décrite 
et si exactement qu’il ne semble pas qu’on trouve motif à en 
reprendre l’étude. 

Un fait cependant demeure étrange : cette catégorie est 
représentée en grec par deux suffixes distincts, -xvjp et -xwp. 
L’histoire des formes en -r/jp et -u,>p on grec a été retracée avec 
une conscience exemplaire par Ernst Fraenkel 1 et plusieurs fois 
résumée depuis. Mais jamais aucun auteur n’a seulement 
recherché la raison de cette double forme. Quand on la 
mentionne, c’est pour dire qu’il n’v a aucune différence de l'une 
à l’autre 2 . Par ailleurs, on signale bien en védique deux types, 
datai- et dâtdr, différenciés par le ton et par la reetion, mais 
la distinction est attribuée à une innovation indienne. Les 
comparatistes se jugent toujours fondés à traiter d’un suffixe 
unique *-t’/ 0 r et d’une notion simple de 1’ « agent ». 

La présente étude tend à établir qu’il y a une différence entre 
*-tor et De ce fait, l’histoire, et la valeur des formes, la 

conception de 1’ « agent », la fonction des suffixes doivent être 
soumis ii une révision complète, qui fait l’objet des chapitres 
suivants. Cet examen porte successivement sur les langues — le 
védique, l’avestiquc et le grec — où le type ancien est conservé, 
et se fonde d’abord sur les particularités morphologiques propres 
à caractériser les deux formations. On les distingue : par la 

i. Ernst Fraenkel, Gesch. der griech. Nomma agenlis aaf -x»jp, -xtuo, -xr,; (-T-). 
I iyio, Il I (j 1 1 . Cet ouvrage contient l’essentiel des faits grecs utilisés ici. 

■i. « Ein Lnterschied in der Bedeutung ist nicht erkennbar » (Itisch, Worlbild. 
1 1 er homer. Spr., p. a 5 , § 1 3 b). Motion implicile aussi dans nos Origines, p. 109. 



IO 


NOMS I) AOENT 


nature, pleine ou réduite, du vocalisme radical ; par la place du 
ton ; par la rection, nominale ou verbale. 

Or, en védique, les deux formations sont distinguées par l’op- 
position de ton et, par la rection, mais non par le vocalisme 
radical ; 

en avestique, elles sont distinguées dans une large mesure par 
le vocalisme radical et par la rection, mais non par le ton ; 

en grec, elles sont distinguées par le vocalisme et par le ton, 
mais non par la rection. 

Le sort fait donc que, des trois traits par où *-t,er et *-tor s'op- 
posent, chacune des langues ne conserve que deux h la fois, et 
jamais les mêmes. 11 faudra grouper tous ces caractères pour 
définir, dans leur opposition formelle, les deux classes indo- 
européennes. Mais cette définition ne donne que la moitié de la 
réalité morphologique. Dès lors que nous dénommons cette 
catégorie, nous lui impliquons un sens et une fonction, qui ne 
peuvent être séparés de la forme. Le problème commence alors. 
Nous avons à chercher si à ces deux types contrastés répond 
réellement une seule signification. 



(JHA.PITRE I 


NOMS D'AGENT EN INDO-IRANIEN 

I 


Faits indiens. 

Les deux catégories védiques eu Ltr et en -tf s’opposent par 
la place du ton et par la rection syntaxique. L’opposition s’établit 
entre le type data, vdsüni et le type data vdsünâm, le premier 
fonctionnant comme un participe, le second comme un nom. Il 
s’agit de retrouver dans le sens de ces deux formations la raison 
de leur différence. 

Celle-ci est illustrée par un grand nombre d'exemples’ que 
nous ne pourrons tous citer, mais qu’il nous faut réinterpréter. 
Les faits que nous retiendrons mettent en lumière et suffisent a 
établir ce principe : 

Ltr est un adjectif verbal désignant Y auteur d’un acte ; 

-tf est une forme nominale désignant Valent voué à une fonc- 
tion. 

La définition n’implique ni différence de temps, ni différence 
d’ « aspect». Le temps ni l’aspect n’intéressent la fonction propre 
de ces catégories. Par la formation en Ltr est caractérisé celui 
qui accomplit ou a accompli un acte, que cet acte ait eu lieu 
une fois ou qu’il soit répété. Seule la notion d ’ auteur est mise en 

i. L’étude est facilitée par l’article de L. Renou sur le suffixe védicpie -tr el les 
origines du futur périphrastique (BSL., XXXIX, i <>38, p. io3 sqq.), auquel 
nous empruntons quelques exemples. Mais l’opposition y est interprétée tout 
autrement : ramenée à celle de duratif pour ^ tr et ponctuel pour -tr, et donnée 
comme de date indienne. 



12 


NOMS D AGENT 


valeur, et le sujet est désigné à partir de eet accomplissement. 
Au contraire, la formation en -tr sert à définir celui qui n’existe 
qu 'en vue d’une fonction, qui est voué à un accomplissement, 
que cet accomplissement ait lieu ou non. 

Nous donnons d’abord séparément quelques exemples pour 
délimiter chacune de ces deux catégories 1 . 

1. — Noms en Llr: 

sci céttà de vu ta padàm « étant divinité, il esl informé du lieu » 
(RV. I 22, 5 ); patâ vrtralia su tri m â ghâ gamat « que, buvant le 
soma pressuré, le Vrtrahan vienne à nous » (VIII 2, 26); jétâ 
éâtrün « (Indra) qui a vaincu les ennemis » (Il fi 1 , 12); data 
radhâmsi a qui donne ses faveurs a (I 22, 8); puni prayuntara. . . 
rad/ia « les mains qui offrent la faveur a (IV 21, 9); yah suraili 
svàh srinitâyo viprair vajam trirutâ « toi qui avec les héros gagnes 
le soleil, qui avec les habiles gagnes le prix a (I 129, 2); jétâ 
nrbhir indrah prisé sïïrah érritâ hrivam nâdhumanasya kârcih \ 
prâbharlâ rathain dâsiisa upâkri udyantâ giro yridi ca tmrinâ 
bliut « Indra vainc avec les hommes dans les batailles; héros, 
il écoute l’appel du poète en détresse ; promeut le char du 
fidèle, (assis) à son cûté, et hausse les chants lorsqu’il esl là 
en personne a (I 178, 3 ). — On peut même employer le nom en 
Llr hors de l'action proprement dite, pour un procès de caractère 
intransitif, pourvu que le sujet soit considéré comme l’auteur ou 
le support du procès : va r s la parjdnyah priktâ sasyam « Parjanya 
pleut et la semence mûrit a (TS. VII 5 , 20, 1), lit t. a P. est celui 
qui pleut, il a l’habitude de pleuvoir... a. 

2. — Noms en -tr. 

La nature « fonctionnelle » du nom en -tr se montre déjà dans 
le fait significatif qu’on emploie -tr comme prédicat de possibi- 
lité ou d’aptitude dans les phrases négatives : nasya varia nri 
tarutâ ci il n’y a personne pour (— capable de) l’arrêter ou le 
vaincre a (I 4o, 8); nà tvâd anyd... asti mardita ce personne autre 
que toi n’est compatisseur, ne peut compatir a (I 84 , 19). C’est 
bien que -tr exprime à lui seul et par nature la capacité ou la 


. L’article précité de L. Kenou nous dispense d’une énumération exhaustive. 



NOMS D’AGENT EN INDO-IRANIEN 


l3 


destination. On le voit à des emplois tels que : jostarâ iva vâsvo 
« (mes prières vous parviennent) comme des demandeurs de 
biens » (IY kl, 9); imé cetaro ânrtasya « ceux-ci sont les ven- 
geurs de l’impiété » (VIII 60, 5 ); nd yàsya vanta,.. . nâ radhasâ 
âmarila maghdsya « il n’y a personne qui puisse le retenir ni 
restreindre ses dons » (IY 20, 7); yà radhrâsya coditû « lui, le 
renforceur de l’obéissant » (II 12, 6); yo apam neta « lui, le 
conducteur des eaux » (II 12, 7) ; yo ddsyor hanta « lui, le tueur 
de l’ennemi » (II 12, 8); damstaram dnv agad visâm âhir amrta 
« le poison s’est retourné contre le mordeur : le serpent est 
mort » (AV. X 4 , 26); etc. — On trouve, dans certains passages-, 

1 tr et -tf voisinant, avec leur valeur distinctive : dharta divô... 
ksapam vastâ janita sutyasya vibhaktâ hliàgâm « porteur du ciel, 
illuminateur des nuits, géniteur du soleil, il (est celui qui) 
répartit l’attribution » (III 49 , 4 )î patâ sutdm indro astu sômam 
hanta vrtrâm... gdntâyajndm . . . dhïnam avita « qu’Indra soit celui 
qui boit le soma pressé, qui frappe Vrtra, qui va au sacrifice : 
lui, le favoriseur des prières » (VI 44 , i 5 ). Toujours le sujet est 
caractérisé comme auteur d’un acte par Ltr, comme agent d’une 
fonction par -tr : ainsi dâmstr est bien le « mordeur » par des- 
tination, le serpent. 

L’épreuve la plus instructive, pour la distinction ici proposée, 
consistera à confronter dans leurs acceptions propres les noms 
qui possèdent les deux formations en Ltr et -tr. Plusieurs mots 
importants sont à considérer. 

datr se rapporte à celui qui donne ou a donné, une fois ou 
habituellement, mais toujours en insistant sur l’auteur du don : 
data radhamsi èunibhati « donnant ses faveurs, il brille » (I 22, 
8 ) ; data vdsu (ou radhas) stuvate « donnant la fortune à 
qui le loue » ; utd smà hi tvam âhiir in maghdmnarn saclpate 
datâram âvididhayum « 011 te nomme généreux à bon droit, ù 
seigneur de l’assistance, toi qui donnes sans restriction » 

(TV 3 i, 7 )\ etc; 

mais dâtr est une qualification de nature : « donneur » par 
fonction, épithète descriptive fréquente avec des régimes 

ï. Got exemple où Grassmann (cf. Rcnou, loc . cit., p. no, n. 2) avait cru voir 
une anomalie d’accent se justifie immédiatement dans sa catégorie. 



NOMS D’AGENT 


l4 

variés, toujours au génitif : data vâsTmdm, bhureh, vajasya, 
dâtrdsya, etc. 

bhàrtr est 1 ’ « époux » (V 58 , 7), en tant que « celui qui sou- 
tient » ; mais bhartr « porteur » dénote une fonction : bharta 
vdjrasya « porteur du foudre » (X 22, 3 ). 

sthatar, avec ou sans rathasya désigne « celui qui se tient (sur 
le char), le conducteur » ; mais slhaty (neutre 1 ) qualifie ce qui 
est par nature « stable, permanent », opposé au mobile, au pas- 
sager ( jdgat , caràiharri). 

vàllir est « celui qui transporte » : pr à bharta rdtham... ino 
vâsu sa hi vôlhcL « il promeut le char, puissant qu’il est, car c’est 
lui qui transporte la richesse » (VIII 2, 35 ), asvo vôllià (IX 112, 
4) ou simplement voUiâ, désigne le cheval ; 

mais volhr mettant en relief la fonction, s’applique au « char 
en tant que « destiné à transporter » . 

jânitr est « celui qui a engendré » : jdnitâ jajana « lui qui a 
engendré (la lumière) comme géniteur » (III 1, 12); jdnitâ tvâ 
jajana « il t’a engendré comme géniteur » (X 2, 6; cf. 20, 9; 
28, 6); 

mais janitr souligne la qualité de « père » et la fonction de 
parenté : pila janita (I 1 64 , 33 ); en tant que jumeaux, Indra et 
Agni descendent du même père ( janita VI 5 g, 2). 

dhàtr est « celui qui établit, fonde » : dhàtâra stuvaté vdyas 
« eux qui mettent la force dans le chantre » (VII 7, 35 ); 

mais dhâlr est le « fondateur » ou « créateur » par métier : 
aghdsya dhata « faiseur de mal » (I 123 , 5 ) ou, avec valeur tech- 
nique, le prêtre chargé d’ordonner l’offrande. 

nétr est « celui qui conduit»'; nètâra « dieux qui conduisent », 
qualification de Mitra, Varuna et Aryaman (X 126, 6, cf. V 61, 
i 5 ); tvàrn... praneta « c’est toi qui nous conduis » (II g, 2); nice- 
taro hi marulo grnantam pranetaro yajamânasya mdnma « ce 
sont les Maruts qui observent le chantre et conduisent la prière 
de l’offrant » ; 

mais netr est « celui qui a mission de conduire » : apâm neta 
« conducteur des eaux » (II 12, 7); yajnâsyà neta « conducteur 
du sacrifice » (III 1 5 , 4 ), etc. 


1. Sur les formes en -uh telles que slhâlûh, et. Wackernagel-Debrunncr, III, 
p. 20 4- 



NOMS D AGENT EN INDO-IRANIEN 


l5 


sdtr est K celui qui presse » : prd sdtü... sàmane indrâya « il 
» le premier pressé le soma pour Indra » (Vil 92, 2); vrèâ sdtâ 
sunolu te a qu’un taureau qui presse t’exprime » (VIII 33 , 12 ; 
tous les attributs d’Indra sont successivement assimilés au tau- 
reau et c’est aussi par un taureau qu'il est pressé en qualité de 
soma); grdveva sdtâ « pareil à la meule qui presse » (IV 3 , 3 ); 

mais sotf est le « presseur » de profession : sotùr bâhûbhyam 
a par les bras du presseur » (VII 22, 1); plur. sotârah « les 
presseurs de soma ». 

làrutr est « celui qui vainc » : sdt vàjam... astu tàrutd... astu 
sdnila « qu’il remporte le prix, qu’il soit victorieux » (I 27, 9); 
cf. I 129, 2 cité ci-dessus p. 12; 

mais tarutf est « destiné a vaincre » : asvam tarutaram « un 
cheval destiné à vaincre » (I 129, 10); vajesv asti taruta « le 
mada (boisson enivrante) est destiné à vaincre dans les compéti- 
tions » (VIII 46 , 9; cf. madam visvesam tarutaram VIII 1, 21); 
taruta prtanânâm « qui vaincra dans les batailles » (VIII 70, 1). 

hétr a celui qui incite » désigne particulièrement « celui qui 
conduit » (le char), mais en soulignant l’activité exercée : prahe- 
taram aprahitam âsiim jétârarn. hètaram rathitamam « (amenez) 
celui qui incite (et) qu’on 11’incite pas, celui qui vainc rapide- 
ment, celui qui conduit le plus habilement le char » (VIII 99, 7); 
mais hetf désigne le a conducteur » professionnel (IX i 3 , 6 ; 

64 , 29). 

ddrtr est a celui qui déchire, brise » : sa v raja ni ddrtâ a c’est 
lui qui brise (ou : a brisé) l’étable » (VI 66, 8) ; adartâ vajram 
(lire vrajani) a il a brisé l’étable » (IV 20, 6); 

mais dartj a briseur » souligne une qualité permanente : tvàm 
hi sasvatinam indra darta para ni dsi hanta dasyok a car c'est toi, 
Indra, qui es le briseur de toutes les villes, le tueur des 
méchants » (VIII 98, 6; cf. I i 3 o, 10). 

ydntr est a celui qui assure » : sd yàntâ sàsvatlr isah a que 
celui-là obtienne de constantes libations » (I 27, 7); âyantaram 
md/ii stliirdm a (louez Indra) qui assure des biens grands (et) 
constants » (VIII 32 , 1 4 ) ; ddyantâ girah a il hausse les chants » 
(I 178 . 3 ); 

mais yantr désigne a le fournisseur » ou a le stabilisateur, le 
conducteur » : ydyor devd nd martyo yanta a (les chevaux) des- 
quels (seul) un dieu, non un homme, peut être conducteur » (X 22, 



i6 


NOMS d’agent 


5) ; asyd süktdsya yantâ « (sois) le conducteur de cette prière » 
(II y 3 , 19); sd yantâ vipra esam sa yajnânüm « lui, Agni, est le 
conducteur inspiré de vos offrandes » (III i 3 , 3 ); ékas tvdstur 
dévasya visas ta dvd yantara bhavatas tdtha rü'th « un doit être le 
partageur du cheval de Tvastr; deux doivent être les offreurs; 
tel est le rite » (I 162, 19). 

yatr « celui qui va », est le « voyageur » : yo raja carsanïnam 
yâtâ râthebhir adhriguh « celui qui, roi des hommes, voyage sans 
cesse sur les chars » (VIII 70, 1) ; yateva pdtman « comme voya- 
geant en vol » (VII 34 , 5 ); 

mais yâtf désigne « celui qui doit aller »: âher yâtaram « le 
poursuiveur (ou ; vengeur) du dragon » ( 13 a, i 4 ). 

La différence mise ainsi en lumière sc marque même dans des 
formules en apparence identiques. La répartition de certaines 
formes n’est caractérisée que par le nombre, singulier ou pluriel, 
du régime qui en dépend (cf. Renou l. c., p. 122 n. 1). Entre 
data va s 11 (VI 23 , 3 ) et data vdsünâm (VIII 5 1 , 5 ), entre hanta 
vrtrâm (6 fois) et hanta vr trôna m (IV 88, 4 ), entre palet sdmam 
(VI 23 , 3 ) et pâta somânam (VIII 93, 33 ) il n’y a, à première 
vue, que variation capricieuse. E11 fait, l’opposition du singulier 
et du pluriel se lie à celle des deux formes et la reflète. Avec un 
nom d’ « autour » en Ltr, la nature de l’acte doit être définie, 
elle a en quelque sorte valeur « historique » ; c’est pourquoi 
hanta vrtrâm « celui qui a tué V. » inet en relief]’ exploit comme 
unique. Mais avec un nom d’ « agent » en -tr, c’est la fonction 
qui passe au premier plan, et elle doit s’accomplir en toute cir- 
constance. Elle entraîne donc un pluriel indéfini ; data vdsanâm 
« donneur de (n’importe quels) biens ». Le choix de l’une 
ou de l’autre expression est affaire de circonstances; mais la 
structure de ces expressions est commandée par la notion à 
exprimer. 

On voit en outre la différence de conception qui sépare des 
noms traditionnellement fixés, sous la forme Ltr ou -tr selon les 
cas, dans des emplois d’apparence uniforme. Par exemple certains 
noms d’offrants tels hoir caractérisent le sujet comme pratiquant 
(habituellement) un acte, non comme voués à une fonction ; ainsi 
aussi slhâtr u conducteur du char », ou àstr « archer ». Par 
contre, les noms d’officiants tels que van dit h, yastr, pavïtr , 
relèvent de la fonction proprement dite. La même opposition se 



NOMS d’agent EN INDO-Ili ANIEN 


17 


présente en grec dans des noms de prêtres qui sont les uns en 
-■uop, les autres en -rijp (p. 47)- Dans l’ordre des noms divins, il 
n'est pas sans intérêt de relever que tvàslr (comme taslj-) est 
dénommé comme auteur d’un procès cosmogonique, en tant qu’il 
a fabriqué le monde, alors que savitr est désigné comme chargé 
d’inciter, de mettre en mouvement, et a ainsi une mission per- 
manente. La variation du ton permettait de souligner — et nous 
donne maintenant le moyen de retrouver — des conceptions 
différentes du rrtle de certains personnages, humains ou divins. 
Le rapport entre l’être et l’activité était posé de deux manières 
distinctes. 

* 

* * 

Dans la définition que nous donnons aux noms d’agents en 
-tr se trouve préfigurée la solution d’un nouveau problème : le 
futur périphrastique. 

A vrai dire le problème se résout dès qu’on en a formulé 
exactement les termes. Au point de vue formel, on ne saurait 
douter que le futur datdsmi procède de la forme d’agent en -tr 
et de celle-là seulement 1 ; l’hypothèse contraire n’aurait même 
pas dû être envisagée. Sous le rapport du sens aussi, seul le nom 
d’agent en -tr fournissait l’amorce de développement d’où est 
résulté le futur périphrastique. 

Ce futur n’équivaut pas à la forme normale en -sya.-. Il marque 
moins l’avenir que la nécessité de ce qui doit se produire. C’est 
un futur de certitude que les grammairiens de l’Inde appellent 
svastanï a de demain », et qui de fait s’accompagne souvent d'une 
précision temporelle, généralement évas, aussi prâtâr. Il figure 
souvent dans des discours, avec le caractère d’une prédiction ou 
d’une menace. On présente l’accomplissement comme certain et 
escompté, à l’échéance fixée. 

La liaison entre ce futur et le nom en -tr est manifeste. On 
part d'un emploi prédicatif data as/ni où le nom d’agent affirme 
sa pleine valeur; » je suis voué à donner, je suis-à-donner, je 
vais (ou dois) donner », comme par prédisposition naturelle et 

1. Telle est en effet l’interprétation généralement adoptée aujourd’hui par les 
indianistes. L. Renou, /. c., p. 126 sq., l’a renforcée de nouveaux arguments et a 
indiqué les conditions d’emploi du futur périphrastique. Notre argumentation va 
dans le même sons par des voies différentes. 


1 



i8 


NOMS D’AGENT 


en vertu d’une fonction. Il n’y a pas loin de là h un « futur » tel 
que prâtâr yastâsmahe « demain matin nous allons (devons) 
sacrifier » (TB.); tan ma ékâm ratrlm ânte sayitâse jàtâ u te yam 
tarhi putro bhavita « puis tu coucheras avec moi une nuit et 
alors ce fils te naîtra » (SB). Ce futur n’a rien d’un temps nar- 
ratif. Il sert, dans le discours, à constater ou à prédire une 
nécessité ; car il pose une affirmation de certitude, dont l’autorité 
doit être assumée par une personne. L’adverbe svas ou prâtür 
est là pour souligner l’échéance à laquelle la situation doit 
s’accomplir, et la réalisation est donnée pour certaine en vertu 
de l’expression même, qui est celle du « voué-à ». Aussi le futur 
périphrastique n’exprime pas un désir : il énonce une prédesti- 
nation. 


Il 

Faits iraniens. 

Entre l’indien et l’iranien la correspondance n'est pas seule- 
ment dans le type général des formations, mais dans la réparti- 
tion des emplois aussi bien. Tout ce que nous avons constaté en 
védique va se vérifier en avestique. Il y a en iranien comme en 
védique deux types morphologiques de noms en -tar : le critère 
du ton, qui fait ici défaut, est remplacé par la différence du 
vocalisme radical, qui ouvre deux catégories : l’une dâtar- qui 
répond au type baryton du védique et au type grec oûvwp ; 
l’autre, baratar- qui répond au type oxyton du védique et au 
type gr. §sri)p. Par des moyens morphologiques particuliers 
se réalise en indien et en iranien la même opposition fonc- 
tionnelle, la forme la plus ancienne étant en fait celle de 
l’iranien. 

Sous le rapport du sens, on verra par une énumération qu'il 
a fallu donner en détail que l’iranien connaît aussi une distinc- 
tion nette entre les deux notions d 'auteur et d 'agent. Cette oppo- 
sition gouverne tous les faits et se manifeste par des emplois si 
pareils dans les deux langues aryennes qu elle continue visible- 
ment une catégorie commune. La démonstration ressortira des 
listes de faits qui suivent. 



NOMS d’agent en indo-iranien 


19 


I 

Voici d’abord les exemples avestiques à rection verbale du type 
skr. datai--, gr. Siimop 1 : 

astar- « qui lance » (véd. àstar -) : astar isurn « qui lance le 
trait » (F. 7); 

dâtar- « qui donne » (véd. datai •-), fém. dafyrï- : aradvl... jai- 
dyantài dâtiris ày aplani « Ardvï qui donne le bonheur à celui qui 
le demande » (Yt V i 32 ); fravasayo . . . dëürïs varaOram zbayente... 
dëürïs... vohu x'aranô.. . « les Fr. qui donnez la force de résis- 
tance à celui qui le demande, qui donnez le bon x ï arnah... » (Yt 
XIII 9/1) ; asi dai)re vohum x v a ranci Yt XVII 6 (imitation du pas- 
sage précédent); tiamas tê... dàljrci baxtam asaone « hommage à 
toi qui donnes son lot à l’artavan » (Vd. XXI 1). Les autres 
exemples relèvent de dë- « créer ». 

vltar- « qui poursuit » et jantar « qui frappe » employés 
ensemble Yt XVII, 12 xsviwi . isurn vïtaram paskët /lamaraOain 
jantëram /icirë du'smainyüm a l’archer qui chasse par derrière 
l’adversaire, qui frappe par devant l’ennemi ». La forme vltar- 
est probablement ii rectifier en vaêtar-, cf. Wackernagel, Ehren- 
ç/abe W. Geiger, p. 2 3 a. 

hamaêstar- « qui abat » : airyanam x y aranô . . . azim hamaêsta- 
ram dusmainyûm hamaêstëram a le x v . aryen qui abat Âzï, qui 
abat l’ennemi » (Yt XVIII 1). Le nom d’agent est traité comme 
un adjectif avec une finale de pseudo-neutre pour être coordonné 
;i x y arano. Mais la formule est ancienne, elle a dû être empruntée 
à l’éloge d’un dieu ou d’un héros et adaptée ici. 

inanaof)rl- f. (cf. véd. manolar -) « qui rappelle » : usâ a ram. 
piOwë xsapëcë yâ manaofU'ïs cazdënghvanlam araOahya a l’aube, 
l’heure de midi et la nuit, qui rappellent au sage son devoir » 
(Y. XLIV 5 ). 

1 . 11 va de soi que nous ne mentionnons pas les noms île parenté eu -tar qui, 
historiquement en tout cas, n’appartiennent pas à cette classe. Seront écartés aussi 
les pseudo-noms d’agent av. raHaêslar-, adaptation de *raOaëstâ- (véd. rathestha), 
cl aiu’istar- (dainhus . niwistar) qui est en réalité aiwi-stâ (Wackernagel, KZ., LXI, 
p. ao 4 sq) ; cf. en dernier lieu Christensen, Le premier chap. du Vendidad, r 9 43 . 
p. 34 et 52 . Wackernagel remarque avec raison qu’il n’y a pas de nom d’agent skr. 
de Ü-. En outre, nipâlârem vohn baire « je porte sur moi un bon(?) protecteur », 
Y t XIV 57 est au moins incertain quant à la fonction de vohu et ne permet pas 
d’attribuer sûrement une rection verbale à nipâtar. 



20 


NOMS D’AGENT 


varstar « qui produit, engendre » : puf) ram aêm nard var'sta 
« cet homme-ci est le géniteur de l’enfant » (Vd. XY i 3 ). On 
peut s’étonner de cette construction archaïque employée dans le 
Vd., à moins qu’il s’agisse d’une formule rituelle. Toutefois varsta 
pourrait être aussi une forme verbale moyenne (cf. 0 raosta, g. 
cavista). 

0 râtar- « qui protège » représenté par () raid ta ma- qui lui sert 
de superlatif: sraosô asyô dri-mm 0 rdto.tamd « Sraosa qui protège 
le mieux le pauvre » (Yt XI 3 ). 

aiwycistar- « qui lie » : Yyt. 2.3 upa tu no aiwyâsta barasma a tu 
est celui qui pour nous lie le barsman ». 

V. p. daustar « qui aime » (cf. véd . jostar-j B IY 55 ajhjura- 
mazdâ Quvâm daustâ biyâ « qu’Ahuramazdâ t’aime » (litt. « sit te 
amatôr ») ; Dar. Suse VII | mà\m a(li)uramazdd daustâ âha 
« Ahuramazdà m’aimait » (cf. Gramrn. du v. p. 2 , § 358 , 
p. 207). 

Plusieurs nouveaux exemples dans le texte révisé de Darius 
NR h 7, 12 tya râstam daustâ a(hjmiy... martiram draujanam 
naiy daust\â\ a(Jî)miy » j’aime ce qui est juste... je 11’aime pas 
l’homme menteur ». Un féminin de forme » mède » à z- initial 
apparaît dans le nom propre ’ApxaÇwaTprç = *rla-zaustrï, qui 
trahit, par l’emploi de -tare n composition, une fabrication plus 
récente ou en tout cas une dérogation peut-être licite dans les 
noms propres. Une forme importante serait fournie par l’éla- 
mite te-ni-um-ta-ut-ti-ra (NR a 6) qui répond à v. p. framâlar- 
c< législateur », s’il permet de restituer directement vp. *dainâm 
dâtar » qui établit la loi » avec rection verbale, et non un 
composé comme le pense Ilerzfeld, Altpers. Insckr., p. 125 . En 
fait -ira est un suffixe nominal élamite, et la transcription utili- 
sable est él. lenim-tat-, de sorte que la forme dâtar- ou le nomin. 
data, tout en restant probable, ne peut passer encore pour 
assuré dans cette désignation. 

Avec rection nominale les exemples sont bien plus nombreux 
et se dénoncent par leur syntaxe comme par leur sens. 

jantar « qui tue » Vd I 17 bractaond janta azôis dahâkâi a Br. 
qui a tué le dragon Dahâka ». Le prédicat mythologique met hors 
de doute l’interprétation du nom d’agent. Ici doit se ranger aussi 
v. p. jantar-, malgré sa construction, dans a(Jijuramazdâtaiy 



noms d’agent en indo-iranien 


21 


ja(ri)tâ biya « qu’AhuramazdS te frappe », parallèle à a(Ji)ura- 
mazdâ Ouvam daustâ biya (ci-dessus p. 20), non pas seulement 
parce que les deux locutions sont voisines et symétriques, 
mais à cause du sens même : « A. sera pour toi celui qui 
frappe » (non : « celui qui a fonction de frapper »). La diffé- 
rence est nette avec l’autre fonction de jantar- signalée pour 
l’avestique p. 25 . 

apâtar- nipâtar- « qui protège », nisliaratar « qui veille sur... » 
employés souvent ensemble, avec leurs féminins nipâftrï, ni's- 
(aia'ÿharatyrl dans une série d’exemples (Bartholomae 827, io 83 , 
1088) dont il suffit de citer : nisharata ahi adruzam « tu es celui 
qui veille sur les ennemis des drugs » (Yt X 80) ; yôi hanti ata- 
hqm dâmanqm... nipâtar asca nisharalarasca « qui sont les pro- 
tecteurs et les veilleurs de ces créatures » (Yt XIX 18), etc. Le 
nom d’agent construit avec le verbe substantif équivaut à un 
présent ; cela ressort d’une comparaison entre nipâta ahi adru- 
éqm (Yt X 80) et tüm ta daiiakâvô nipâhi (ibid. 78). 

naênaêstar- « qui s’efforce à l’envi », aibi-jardtar- « qui loue « 
Y. XXXV 2 humatanam... maki aibi. j ara tard, naênaëstârâ 
yaOanâ voliunam maki « nous louons ce qui est bien pensé, de 
même que nous rivalisons pour le bien ». Autre fonction de aibi. 
jaratar- p. 25 . 

0 Wordstar- ou 6 waraxstar-* « façon neur, créateur » avec dâtar- 
maraxstar- aiwyâxstar- : Yt XIX 18 amasanqm spantanqm ...yôi 
hanti diakqm dâmanqm ...dàtaraèca maraxstar asca l)waraxstar asca 
aiwyâxstarasca « des Am. Sp. qui sont créateurs, formateurs, 
façonneurs et surveilleurs de ces créatures ». Comme dans les 
exemples précédents, le groupe nom d’agent ah- équivaut à 
une forme verbale au présent. Plusieurs de ces mots en -tar 
reparaissent ailleurs dans la même fonction : 0 wôrastar- est le 
« fabricateur (par excellence) », Ahura Mazdâh Y. XXIX 6 et en 
dvandva avec paya Y. XLII 2, LVII 2 ; — datai- est toujours le 
créateur, celui qui a créé et répond à véd. dhâtr (non à dhâtr 
comme le dit Bartholomae s. v. n. 1). Mais aiwyâxstar- assume 
aussi, avec haratar-, une autre fonction p. 2G. 

maraxtar- « qui détruit », Y. XXXII i 3 aiahaus maraxtârô 
ahyâ « les destructeurs de cette vie ». 

sâtar, sâstar -, nisâstar- « prince, chef », v. p. framâtar- 
« législateur » sont tous substantifs, donc probablement, au 



22 


NOMS »’aGENï 


point de vue iranien, de la catégorie de gr. «jYjpustvTtop , p,yjcjTwp, et 
non de celle de skr. éâstdr- prasâstàr- . 

vâslar- « pâtre » ', proprement « celui qui paît » : vint 
* dragubyô dadat vas lara m « (Zaraôustra), qu’il a assigné comme 
pâtre aux pauvres » (Y. XXYII i 3 ); noit moi vas la xsmal anyo 
ii je n’ai pas d’autre pâtre que vous » (Y. XXIX 1). 

znatar- «qui connaît», superl. znoista- : Yt I 1 3 znâla nam a 
ahmi znôisla nqma aluni « je me nomme le connaisseur, le meil- 
leur connaisseur ». En liaison avec une série d’autres noms de 
môme fonction Yt 1 12 pâyusca aluni dataca (iràtaca aluni znàtâca 
mainyusca ahmi spantotomô , et i 3 < )rüta nqma ahmi. 

acaêlar- « qui châtie », hamaëstar- « qui écrase » : Yt X 26 
(mibranï) acaëtâram mi()rd, drujam masyanqm hamaêslâram 
pairikanqm « (nous louons) Miûra qui châtie les hommes par- 
jures, qui abat les parikas ». 

vidaêtar- « qui observe partout » : Yt X 43 mifjrd ...spa's 
vidacla « MiOra, guetteur qui observe en tous sens ». 

haxtar- « tributor » : Yt VIII 1 yazai sdif)rahe baxtëiram tistrlm 
stôram zaoijrühyô « je veux consacrer par des offrandes l’astre 
Tistriya qui répartit la résidence ». Cf. baxtaca nivaxtaca Vyt. 38 . 

paiti fraxstar (Yt XIII, 91) doit signifier « qui informe publi- 
quement » (parallèle à staotar-'). 

dazdar - «qui donne» (< * dadh-tar') : Y. XXVII i 3 va/ahaus 
dazda manumho syaoi)ananqm utahaus mazdüi « (le meilleur ratu) 
est celui qui donne à Mazdâh les actions de la vie du Bon 
Esprit ». 

humqzdar- « qui observe bien » (mais véd. mandhalàr -) Y. 
XXX 1 humazdrâ . . .y a ...darasata urvâzâ « la joie qui sera 
perçue par celui qui observe bien ». 

O11 ne saurait rien inférer de Yt III 1 yastaraca af'ritaraca etc. 
qui consiste en une série de qualifications toutes au vocatif, ni 
de formes isolées ou attestées dans des textes de basse époque 
mdtar (F. 6) ( duraê -, pouru ) darstar-, 

1. Ici doit être cité le seul correspondant du mot iranien, hitt. westara- a pâtre », 
cf. wesiya- « paître ». Hitt. westara- et akutara- « buveur; qui donne à boire » de 
aku -, eku- « boire ; donner à boire » sont jusqu’à présent les seuls exemples de 
*-ter ou *-'or en hittite, où les noms d’agent se forment ordinairement en -ala- ou 
eii -ta(l)la (cf. v. si. -tel-). C’est pourquoi le hittite se trouve si rarement évoqué 
dans cette étude. 



NOMS d’agent en indo-iranien 


23 


Ne sont connus qu’au féminin : baratin (véd . bhartri ) « femelle 
qui porte ; matrice » ; baozdrl (de baod- ), qualifiant la chienne 
qui a été couverte. Le vocalisme radical et le sens rattachent ces 
deux formes à la présente catégorie \ 

2 

Nous énumérons à présent les noms d’agent du type datât'. 
Ceux-ci se reconnaissent d’abord à leur sens, qui est, comme 
dans le type indien correspondant, de marquer l'agent d’une 
fonction, non l’auteur d’un acte, ainsi que l’examen des emplois 
le montrera. En outre plusieurs ont une caractéristique mor- 
phologique, d’autant plus notable qu’elle fait défaut à la catégorie 
correspondante de l’indien et ne se retrouve qu’en grec : le voca- 
lisme réduit de la syllabe radicale coïncidant en grec avec le 
Ion suffixal ; c’est le type grec Sexvjp, en face de SoiTiop, qui se 
trouve ainsi authentifié décisivement. 

A vrai dire ce groupe de formes — une douzaine — à voca- 
lisme radical réduit n’avait pas encore été reconnu. Elles appa- 
raissent sous l’aspect de nominatifs en -ta que Bartholomae et 
Reichelt avaient enregistrés comme « infinitifs ». Ce sont en 
réalité, nous l’avons montré ailleurs I. 2 3 , des noms d’agent. Ils sont 
employés comme prédicats avec cette valeur de destination qui 
signale le tvpe védique à ton suffixal. Que Bartholomae les ait 
pris pour des infinitifs de but , l’erreur même est instructive. 
Les voici maintenant restitués à leur véritable fonction : 

mdratar-, baratar- dans une formule métrique deux fois répétée 
d’un récit qui porte, d’autres traits anciens (Yd II 3, 4): vïsataha 
me ...maratô barataca daênayâi litt. «tiens-toi disposé comme 
gardeur (en mémoire) et propagateur pour la Religion », et la 
réponse de Zarathustra : noit dâtô aluni nôit cistô ma rata barataca 
daênayâi « je ne suis pas créé, je ne suis pas élu pour observer 
et propager la Religion ». S’il restait un doute sur la nature et le 
rêle des formes maratô (qui a la finale d’un nominatif théma- 

I. On laissera de côté, comme peu net, le substantif daoitirï « parole, discours» 

en vocabulaire daivique (de dav- « parler »>), transposition d’un nom d’agent te 
que « discoureuse ». — Nous n’essaierons pas non plus d’interpréter le nom de 
région et de ville Bü'/lrï, av. bâ/dï. 

3. I.cs infinitifs avestiques, ig35, p. 35 sq. 



NOMS D’AGENT 


24 

tique) et barata, il tomberait devant la construction pareille 
de vaês- avec un nom d’agent comme prédicat, p. ex. Yd. Il 5 
azam tê visâne gaêbanqm b ratai: a haratâca « je veux me mettre à 
ta disposition comme gardien et surveillant des créatures » (cf. 
Bartholomae, Wb. i32Ô); 

yuxtar- aiwisastar- ni')axtar- donnés ensemble en construction 
prédicative : ma buyâ aurvatqm yuxta aurvatqm aiwisasta aur va- 
lant nibaxta « puisses-tu ne pas être atteleur, monteur, brideur 
de coursiers » (Yt XI 2) ; yuxta ca 0 w ara-asp a h e « atteleur du 
quadrige 0 (F. 4) ; 

aipi-karatar- (leçon de ,1 2 et partiellement K a ), discuté dans nos 
Inf. avest., p. 34, est plus vraisemblablement nom d’agent : 
vlspaêca vâcô mazdô .fraoxta yazamaide roi hanti dusmatam (resp. 
duzüxtam , duzvarstam ) jaunis ta, yôi hanti aipi.karata dusmatahe 
(duzûxtahe, duzvarstahe (Y. LXXJ, 7 ) « nous faisons offrande à 
toutes les Paroles mazdéennes qui sont celles qui frappent le 
mieux la mauvaise pensée (parole, action), qui sont celles qui 
tranchent (litl. les trancheuses de) la mauvaise pensée (parole, 
action) 0 ; 

avi patita, vanta, vixta dans un texte de basse époque (Yd. 
Y i), formes examinées dans nos Inf. avest., p. 35, doivent être 
aussi des noms d’agent : upa tqm vanqm vazaite ...avidim vanta 
avi dim irita avi dim paitita » er fliegt auf einem Baum, ...ihn 
zu bespeien, ihn zu bekacken, ihn zu bekoten » (Bartholomae). 

Ces lormes s’ajoutent à celles que leur formation et leur sens 
ont fait reconnaître comme noms d’aaent : 

O 

g. paityastar- a qui répète (un enseignement) », nom d’agent it 
vocalisme radical zéro de *pati-â-dâ- (Y. XXXV 9 ) accompagné 
de fradaxstar- « qui enseigne » : 0 wam at aêsqm paityastârarn 
fradaxstüramca dadamaidê « nous te commettons comme répé- 
teur et enseigneur de ■ ces paroles » pour les répéter et les 
enseigner) ; 

â-baratar-, fra-baralar -, désignations de prêtres, contrastant 
par leur vocalisme avec véd. prâbhartar dont le degré plein 
coïncide avec le ton radical. Il y a une différence nette entre les 
deux langues dans la manière de concevoir l’activité des desser- 
vants. Le contraste se montre en avestique même entre ce -bara- 
tar et le fém. barabrï (ci-dessous). 

On mentionnera encore le fém. g. dusaraDrl (Y. XLIX 1 ) que 



NOMS D’AGENT EN INDO-IRANIEN 


a 5 

su forme placerait ici ; mais l’interprétation en est très incer- 
taine (cf. en dernier lieu Lommel, Gôtt. Nachr., ig 35 , p. i 4 o). 

Là se bornent les exemples dénoncés par leur forme. Des 
autres, plus nombreux de beaucoup, c'est l’emploi qui décide de 
leur appartenance. En fait leur sens doit les faire ranger ici. 

Une série complexe se trouve incluse, en position prédicative 
dans des phrases que gouverne vise (de vacs-, cf. plus haut, 
p. a4) : âfritar- aibi-jaralar- zbâtar- staotar- zaotar - yastar-, 
tous noms de desservants religieux (prêtre, chantre, sacrifica- 
teur, etc.) dans Y. XIV 1 et Yr. Y i. Ces noms reparaissent 
séparément ailleurs, plusieurs d’entre eux fréquemment, notam- 
ment zaotar- et staotar-. Certains coïncident avec des noms 
védiques à ton sulïixul et se trouvent par là justifiés déjà dans 
leur fonction; ainsi staotar — v. stotâr-\ aibi.jaratar « louan- 
geur » : v. jaritdr- ; upasraotar = v . upasrotâr- ; yastar- — v. 
yastar (à côté de yastar-). On peut hésiter sur zaotar- en face de 
v. hotar- ; ce peut être, comme en védique, une forme à valeur 
de participe (cf. p. 16) ou un nom d’agent qui correspondrait 
à *hotdr-. Au point de vue avestique en tout cas, zaotar-- est sur 
le plan de staotar et des autres noms d’agent ; 

yaozdâtar- « purificateur » — Vd XIX 21 gaomaêzam... yaozdâta 
frabarôis « tu dois apporter l’urine de bœuf en purificateur 
(= pour purifier) ». La valeur intentionnelle très nette, qui est 
liée à la fonction d’agent, explique l’erreur de Bartholomae qui 
a pris yaozdâta pour un infinitif (Wb. 1 a 35 ) ; — Yt X 92 yoi 
Oivâ vaënan . . .yaozdâtar a ni ârahqm dâmanqm » ceux qui t’ont vu 
comme purificateur de ces créatures » ; 

pâtar- « protecteur » : Yt XIY 07 baorna/n ...pâtüram lanuye 
baire «je porte sur moi ce hauma comme protecteur (= poul- 
ine protéger) » ; 

g. 0 râlar- « protecteur » Y. L 1 ka moi pasaus nü 0 rata vistô 
« qui m’est connu comme protecteur du bétail ? » (— qui connais- 
je qui puisse protéger... "?) ; — Y. LXXI i 3 zarat)ustrô urvat)am 
(irâtàram isôit « ZaraOustra doit solliciter l’ami comme protecteur 
(= doit demander à l’ami qu’il protège l’ami) » ; — Vd II 5 azam 
të vïsâne gaêt)anqm Orâlâca. haratâca aiwyâxstaca « je me mets à 
ta disposition comme protecteur, gardeur et surveilleur des créa- 
tures » (cf. p. 20); cf. aussi Yt I 12 et ci-dessous ; 
janlar- «tueur» (cf. v. hantdr-'): Y. LVII i 5 sraosarn . . .yo 



26 


NOMS D’AGENT 


janta daêvayâ drujd « Srausa tueur de la druj démoniaque ». 
c’est-à-dire « qui a mission de la tuer » ; le nom indique son rôle, 
il ne rappelle pas un exploit ; 

framaratar- « réciteur de prières », aibi. jaratar- « louangeur », 
donnés avec une série d’autres noms de fonctions dans l’énumé- 
ration Y. XIY i, Yr. Y i, citée p. 25 ; 

frasâ-caratar- « qui est chargé d’accomplir la frasâ-karati, rôle 
nécessairement futur, dévolu aux Sausvants (Yt XIII, 17 ; cf. XIX 
22 et Y. XXIV 5 ); 

haralar- « gardien », aiwyâxstar- « surveillant » : Yt X io 3 
mi.f) ram ...yim linrathram aiwyâxstâram fradaQal ahurô mazdâ 
« Miôra qu’Ahura Mazdàh a créé comme gardien et surveillant » ; 
— Y. IjVII i 5 sraosam ...yô harotd aiwyâxstaca vïspayâ fr avais 
gaëbayâ « Sraosa qui doit (= est chargé de) garder et surveiller 
tonies les créatures » ; 

baoxtar- « libérateur » : Vr. Vil 3 nairyqm hqm.varaitim . . y a 
narqm vïgaraptacit tanvâ baoxtârom dalâiti « la Vaillance Guerrière 
qui donne aux guerriers même eu captivité un libérateur de leur 
personne » ; libérateur signifie ici « chargé de libérer » ; 

fradaxstar- « enseigneur » (avec paityâstar- ci-dessus p 2 4) 
employé seul en plusieurs exemples: Y. XXXI 17 zdï na mazdâ 
ahurâ varahaus fradaxsta manaialiô « sois-nous, ô Ahura Mazdàh, 
l’enseigneur du Bon Esprit » ; — Y. El 3 ... yaësam tu paouruyô 
mazdâ fradaxsta ahi « desquels tu es, ô Mazdàh, le premier 
enseigneur » ; — la valeur du nom d’agent ressort de l’exégèse 
qui est attachée à l’expression dazdâ mana/ahâ (ci-dessus p. 22) : 
Y. XIX i 3 dazdâ manaiaho para im iZa manatalie cinasti raUa 
fradaxstâram manatalie «* (les mots) dazdâ manatalw signifient 
ici qu’il existe en vue de l’esprit, en tant qu’enseigneur pour 
l’esprit » ; 

fravaratar- « qui fait profession de foi » : Yt I 3 o (texte mal 
assuré) a dût anyaësqm asaonqm ( (fravasis ) ...yazâi fr avorta, «je 
veux faire offrande aux Fr. des autres fidèles, en tant que pro- 
fessant la foi (?) ». Également incertaine est l’attestation de 
pairyaêtar- « Taglôhner, Handarbeiter » (Bthl. 870) dont le sens 
ne s’accorde pas à celui de v. paryetâr- « Überwinder » ; autre- 
ment les formes se recouvrent ; 

hamaestar « soumetteur, chargé de soumettre » : Y. XLVIII 12 
loi zi dâtâ hamaèstâro aêsamahyâ « car ceux-là sont créés comme 



noms d’agent en indo-iranien 27 

soumetteurs d’Aisma » ; — Yt XI i 5 sraosam yim dfifjat, ahurn 
.. .aësmahe hamaêsfâram « Srausa que Ahura a créé comme sou- 
metteur d’Aisma» ; Vd. X 17 ime acte caca ydi hanti avairahfi 
drujo . . .hamaëstâram «voici les paroles qui doivent soumettre 
la Druj » (emploi incorrect de l’ace, hamaëstâram ) ; cf. encore 
Yt X 26 et Y. XVI 8, et ci-dessus p. 19; 

bâsar « porteur » et x y âsar « mangeur » sont l’un et l'autre 
noms de fonction comme yastar- qu’ils suivent (Yt XI 2 - 3 ). 
Andréas et Wackernagel ( Gôtt . Nachr. iq3i , p. 3 o 8 sq.) prennent 
avec raison la graphie -s- pour -rt- et restaurent les formes en 
haralar et avatar (cf. phi. burtâr, np. burdàr). Il est intéressant 
de voir ainsi le vocalisme zéro postulé justement dans les condi- 
tions où l’emploi le ferait attendre ; mais on 11e peut encore 
compter sûrement ces formes dans le groupe de baratar-. Indé- 
cise est également l’appartenance de vahtar- « bête de trait » ; 
le védique a les deux formes volhdr- et ilstar - où le ton contredit 
le vocalisme radical ; — et aussi spastar « -spector » dans 
l’unique exemple Yt I i 3 spastar nqma ahmi. «je me dénomme 
voyeur », bien que la valeur d’agent soit vraisemblable au 
moins. 

Il est donc établi que l’état iranien concorde exactement avec 
l’état indien. De part et d’autre nous avons la même distinction 
entre deux types de noms d’agent, employés dans les mêmes 
conditions et opposés par les mêmes particularités sémantiques. 
La simple confrontation des faits autorise déjà à reporter cette 
double catégorie à l’indo-iranien. En fait c’est bien plus haut 
qu’il faut la faire remonter si elle se retrouve semblable dans 
d’autres langues encore. 



CHAPITRE II 


LES NOMS D’AGENT EN GREC 


Noos procédons maintenant à l’étude des formations grecques 
en -xwp et --ivjp sur la base d’un dépouillement assez large, mais 
qui, au moins pour -r/;p ne saurait être exhaustif 1 . Tous les faits 
homériques seront énumérés et un bon nombre d’exemples pris 
aux Tragiques et à la poésie et à la prose ancienne s’y ajouteront. 
Nous avons voulu non décrire l’histoire des suffixes, mais en 
éclairer le sens et les fonctions. Tout est subordonné à cette 
démonstration. Examinant la signification et les emplois des noms 
d’agent, nous avons tenu, toutes les fois qu’il était nécessaire, à 
citer et traduire les passages notables. Les questions de mor- 
phologie n’interviendront que dans la mesure où elles intéressent 
la valeur des mots considérés. 

Cette valeur peut être déjà indiquée par anticipation : -rap 
répond au type skr. ■Ur, et -r au type skr. -tr. 

I 


Les noms en --wp. 

Voici les noms d’agent homériques en -tup : 

â|ri'm.>p « qui vient au secours, auxiliaire » : S 44g ™ 3’ 1x4 
HokuBâp.aç br/brSt.oz tyJh't âp.jvTOjp | TIxvôcIsïjç. — jü 326 r t vivot; 
|y. II 6 /.su âijsi àp.ûvTopzç •rçp.aOoevTOç. — t: aôl r t é tiv’ à'XÀov àp.ùv-opa 

i. Il est à peine besoin de répéter que l’ouvrage de E. Fraenkel nous a été du 
plus grand secours pour la collection des faits. Voir aussi P. Chantraine, Forma- 
tion des noms en grec ancien , p. 3a i sq. 



LES NOMS d’agent EN GREC 


29 


lAEpmpuw. On y joindra ÈTtap.ûvriop de sens à peu près identique 
qui suit àpûv-wp dans ce dernier passage 7 : 263 scQXw toi -rsikw 7 ’ 
ÈTcap.üvTopc « Athéna et Zeus aident certes bien (, mais ils siègent 
dans les nues) ». Le mot indique un état de fait. 

à~’.6ïjTü)p « qui monte » dans deux acceptions : <7 203 utemn x’ 
ùxuitéSwv krMr.xspxp « (on dit que les Troyens sont bons guerriers) 
et montent des chevaux rapides ». La notion d’état de fait appa- 
raît aussi dans l’autre emploi : X i3i (— i 278 ) au SW x’ èniê^xopa 
xotitpov « un verrat qui couvre (déjà) les truies » ; indication 
générique d’âge 1 , non de destination. 

(3toTG)p est certes le « berger ». Mais pour distinguer (3ok(i>p de 
^crijp, d faut observer que (3<,'raüp s’emploie comme adjectif avec 
àvVjp et désigne celui qui, en fait, se trouve garder le bétail, non 
celui qui fait métier de le garder. M 3o2 sursp yxp y ’ & : jpr t v. ~y.p ' 
xixoy, (3rikapuc: âvîp a; | ...su Xasaîvcaç xspl jAîJ/.a « (comme un lion 
qui attaque une bergerie,) même s’il y trouve des hommes veillant 
sur les moutons » ; de même p 200 (îw-eps; âvSpe; et - 102 (3sax.ouffi 
ÇtTvo: x= y. 'A akou [üokspe; àvSpsç. Pareillement employé est ÈxtSwxup 
v 222 âvîpi oip.y; sty.uta véw, ètz'.Swx spi p.rpaov « un jeune homme qui 
garde les moutons ». 

5(.kwp, dans la qualification d’IIermes invoqué comme hoxop 
lâwv 0 335, est « celui qui donne ». L’influence de oîtvjp, dont la 
valeur précise sera indiquée (p. 35, 46) a transformé îtikwp en un 
hybride Sœx-ijp que son vocalisme radical dénonce comme secon- 
daire, dans 0£o't Bwrîjpe; Idonv (0 325). 

Si le sens exact de yfidv.xtûp, épithète du soleil, demeure incer- 
tain (« le brillant ? »), il n’est du moins pas douteux que c’est une 
qualification de nature, conservée dans la formule irap.çxLtov w; 
rjXéxriûp (Z 5 1 3 , T 3g8). Même observation pour àçVj~o>p, dési- 
gnation d’Apollon (I 4o4) qu ’011 traduit diversement (« décocheur 
de flèches » ou « émetteur d’oracles » ?). 

■/.xX/jïojp est « celui qui appelle » ; la location xîjpu; VLxX-rjXwp (U 577 ) 
où y.yj.-^XMp est simple épithète, montre que xaXrjtwp spécifie xîjpu; 
et n’indique pas une fonction propre. Cf. p. 4o, la remarque 
sur y.XïjTïjp . 

tsTup qualifie « celui qui sait (pour avoir vu) », d’où le « témoin » 

1. Cf. Pseudo-Theocr., XXV 128, 7:avxsç 8’ èwiSrjxopes oty’ sarav rjSyj « tous (ccs 
taureaux) étaient déjà en âge de saillir », comme traduit bien Pli. Legrand. 



3o 


noms d’agent 


et plus généralement l’« arbitre», sens spécialement homérique : 
— 5 oi à';j,ip(o 3 ’ Uœ6y)v k-Tt'i ïmopi ; — *F 486 ïoropa 8’ ’AipâtSyp ’Aya- 
pipvova Osîopev à'p.c».) ; mais Hymnes, XXXII 2 : ïmopeç <»8 ÿ;ç. Le 
composé èiuwTwp est à traduire « auteur » d’après o 26 çû0’ 
'lIpay.Aÿja [AS'fx/M'i zmls-topx l'pyiav, la liaison avec ïcTiop s’établissant 
par « celui qui a vu (= vécu) les exploits », cf. X 61 y.xZx tic A A ’ 
h ctSivxa. 

Le terme de flexion archaïque p/rçcTiop « conseiller, maître, 
inspirateur », d’emploi fréquent dans diverses formules, se relie 
par son sens à un groupe de noms du « chef » qui, constitués sur 
base dénominative, doivent être pris ensemble : fiy^Toip, dans les 
locutions ■fjy^TopE XaàW, fj-pjTcps? avSpeç, Yiy^Tops? rçSè ;j.éoovtsî, etc. ; 
y.caiAyjnop, généralement avec Aawv ; <jï)|j.âvT<op « chef, conducteur ». 
Ce sont tous des noms à valeur participiale : « celui qui conduit, 
dirige, etc. ». 

èittTip.^Twp « qui venge » : 1 270 Zebç 3 ’ Èrnup.ïjTwp Ixstcéu jv te ^eîvojv te. 

•/.é»T(»p « piqueur » : Kaîp.Eïsi (resp. Tpws;) y.ÉvTopsç tTtitwv « qui 
piquent leurs chevaux ». Forme en -Ttop au point de vue grec, 
-/.ÉVTwp est en réalité -/ivT-wp, cf. Fraenkel I, p. 18 et KZ., XLII, 
p. 1 18, n. 1 . 

0 ï)p^".(op (( qui chasse », avec àvvjp : 1 544 0 r ( pr ( Topa; âvSpaç 
xyzipxq. Sur le sens différent de OYjpYjTr ( p, cf. p. 37, 46 . 

),Y)tffTo)p « qui pille », avec àvVjp : s 427 T «9101 XïjisTopsç avopeç. 
Sur ‘/.YjiaTVjp, cf. p. 37. 

Enfin ivr/.Twp, employé par les Tragiques, esl déjà supposé 
dans la langue homérique par le dérivé àvay.Tcpioç « qui appartient 
au maître » ( c 397). — Sur 'iravScq.iyTwp « qui dompte tout » (épi- 
thète du sommeil), cf. plus loin p. 46. 

Après Homère, la poésie ionienne ne fournit, en dehors du 
nom propre ’ApfuTwp, que deux mots : 

Kpiraop « qui a fait, auteur » (cf. spy.co>p' -px/.v.v.iq Etym. Magn. 
375, 4 o) chez Antim., fr. 5 ci twv \ i . z yaXwv Ipy.TcpEç sic. xx/.wv « ceux 
qui sont les auteurs de grands maux » , et cixvjTwp dans un oracle en 
hexamètres cité par Hérodote, VII 20: w SirapTr,!; otx^TOpsç sipu^opoio. 

Ajoutons que Théognis emploie SwTwp avec un sentiment juste 
quand il écrit (v. i 33 - 4 ) : oùSs'iç, Ivjpv’, dxr,q xat xÉpSso q xhioq 
aùxôq | xaaz 0 Eci tcütwv BwTcpsç àp.çcTspwv « personne n’est respon- 
sable etc. mais ce sont les dieux qui ont donné... ». Tandis que 
les hymnes offrent, au singulier, SÙTop ézwv (XVII, 12 ; XXVII, 8), 



LES NOMS D’AGENT EN GREC 3l 

Hésiode préfère dire, au pluriel, ouTîjpêi; àâwv (Th. 46, m, 633, 
664). — De formation plus récente est zôXuaTjp.zvxiop « maître de 
beaucoup d’êtres » ( H . Demet. 3i, 84, 377 ). 

En revanche, la formation en -xwp — comme du reste celle en 
-xr,p — est largement représentée chez les Tragiques, où l’emploi 
de ces noms d’agent devient caractéristique de la langue des 
chœurs. Voici, quitte à reprendre quelques mots déjà homériques, 
rénumération des principaux termes en -xwp : 

ày^xci) p « qui conduit » : Eur. Med. 426 'I'ofêo; âyvjxwp p.sXéwy 
« Ph. conducteur des chants ». 

«ztojp « chef » Esch. Per s. 5 . r > 7 , Eum. 3gg. Cf. p. 3o. 
aXs^^Tup, » qui protège » : Soph. Oed. Col. 1 43 Zeü âXsiftxop. 
ivâxxwp « qui régit » Esch. Choeph. 356. 

àp.ûvxwp » qui venge » est pris en fonction de participe : Eur. 
Or. 1 588 c zaxpôç àp.'jvxoïp « qui a vengé son père ». 

âpp.éctwp a qui commande » : Esch. Eum. 456 Ayapi^vov’ 
àvopiov vauîaxwv àpp.si 7 xopx « Agamemnon qui commandait à ceux 
qui s’embarquaient ». 

vEvsxwp « qui a engendré » : Eur. Ion i36 c l>oï 66 ; p. s>. ysvéxu jp 
zaxr,p « Phoebos est mon père géniteur », cf. yevr^xw p, Esch., 
.Suppl. 206 Zsù; yevv^xoïp. 

SfzTwp « qui accueille » : Esch. Eum. 2o4 di\>.%zc^ cév.-oyp vécu 
<1 qui accueille un nouveau meurtre » ; Esch. frg. ig4 èx.3sx.xopa 
-6 vwv ; Eur. Ion 478 SiaSfxxopa zX süxcv « une richesse transmise à 
un nouveau possesseur » (cf. Fraenkel I, p. 77 n.). 

èçàzxwp » qui touche, qui saisit» : Esch. Suppl. 3 12 èpaz xtop 
yeipt 91 XÛS 1 yôvov « en la touchant de sa main il fonde sa race » ; 
ibid. 535 ysvo 3 -oXup.vyjaxwp, ïçazxop ’Io3ç « souviens-toi (litt. 
« sois bien-souvenant »), toi qui touchas Io » ; 728 £u<rùov èæaix- 
xopsç, litt. « en tant que saisisseurs de reprises ». 

OéXzxwp » qui enchante » : Esch. Suppl. io4i OéXxxopi IIsiOî; 
» ;i Persuasion enchanteresse ». 

t’y.xiop. àîtzxwp, zpiatx.x(i)p « qui supplie » : Esch. Suppl. 653 
Ztjtôç fy-xapaç àyvsü « ceux qui supplient Zeus saint » ; ibid. 1 Zeù^ 
hfUztop ; 253 y.eXâSoi ...oap izxspiov «les rameaux des suppliants » ; 
44 1 asp.voç zpsuîzxup « suppliant respecté » . Dans tous ces exemples, 
izxwp désigne les gens d’après un acte ou une attitude actuelle. 
Au sens passif ibid. 119 icpsoi xxopsç « ceux qui sont l’objet ^de 
supplications ». 



3a 


noms d’agent 


tuTwp (û-sp-) « qui sait » (cf. p. 29): Soph. El. 85 o y.àyM tcGS’ 
ïa-iop CiTcep'c JTwp « je le sais, oui, plus que personne je le sais », 
sert à reprendre et à renforcer 846 o! 3 ’ 010a ; — s-uvîtr: top « qui 
partage la connaissance » : Esch. -Ag". 1090 (« complice ») ; Soph. 
A ni. 5/|2 M't Tsilpycv "AiSïj? */ol y.xT<» Çuvfircopeç « qui a agi, Hades et 
les morts le savent ensemble » ; Phil. 1293 wç Oeot ijimatopeç « les 
dieux m’en sont témoins ». 

Y.pâ-1-Mp litt. « qui accomplit, achève » : -/.prnopeç « les chefs » 
Hur. Andr. 708. 

p.ixjiwp « qui souille » : Esch. Choeph. g44 Sucïv p-tastopciv « les 
deux qui ont souillé... » ; Eur. Or. 1 584 tïjv 'EXXâoo; [j.io hxop(z) 
« celle ([ui a souillé l’IIellade ». 

gsXsTwp « qui prend soin » ( spécialement pour venger ) : 
Soph. El. 846 kçirr, ...gsXÉtwp <« un vengeur est apparu ». Le 
contexte montre que ge/.stwp signifie « celui qui a vengé». 

gviQGTup » qui se souvient»: Esch. Sept. 180 ôpyiwv pv^rcsps; 
£gtî (« memores estote ») « gardez la mémoire des mystères ». 
Cf. TtoX'jp.vijsTwp s. v. ioxr.-.wp. 

p.xîTi/.Ti» p « qui flagelle » : Esch. Eum. 1 59 . 

»ô;j.ÉTojp « qui venge » : Esch. Sept. 485 Zeùç vspitwp « Jupiter 
vindex », correctement rendu parle scholiaste b xav oiavégwv. 

o!y.r,T(»p «qui habite»: Esch. Suppl. Q02 xpaivxç... -rijuSs vvjç 
ci/.v5Tspaç « les hommes qui habitent ce pays », cf. Pnom. 35i ; 
Soph. Trach. 1161 crc.ç "Ascj ç0i[i.evoç siy.^tojp xsXsi « quelque 
homme qui, mort, fût habitant de l’Hades » ; Oed. Col. 728 avspjç 
•/Ôovgî -f^b ’ sùyevsïç ctx.r j rcpsç « hommes généreux qui habitez cette 
contrée» ; ;uvs:z-(j"«p « compagnon de demeure » Esch. Eum. 833. 

7tcp0v;-(op « qui ruine » : Esch. . 4 ». 907 tgv ssv tgôS’ ...’IXîso 
xs pO^tspa (< ton pied qui a renversé Troie ». 

-pr/.Twp <« qui réclame (le prix), qui venge » : Esch. Eum. 3 1 9 
•xpx/.Tcpcç aip.aTsç « qui réclament le sang » ; Suppl. 646 A ïcv 
xpsbuop ’ èxiV/.5~sv « le vengeur vigilant de Zeus » ; ,ly. 111 jii y 
^îpi xpixTcpi « avec un bras vengeur ». Le sens devient conforme 
à l’acception usuelle de xpzGGî'.v dans xpxy/rwp « qui a fait, auteur » 
chez Soph. Trach. 201 Z=ùç ïto’j xpdty.î <op çavij « (il ne faut, pas le 
blâmer d’une infortune) dont visiblement Zeus a été l’auteur » ; 
861 Ivüicp',: ...œavEpi im 3 ’ isi'ir, -pxy.xwp « Aphrodite s’en révèle 
clairement l’auteur » ; Oed. R. 116 aupxpdntnop iîou « compagnon 
de route ». 



LES SOMS d’agent EN GREC 33 

pÜTwp « qui protège » : Eseh. Sept. 3 i 8 txsXîw; pixopsç « qui 
protègent lu ville ». 

aixxwp « qui emplit » : lîsch. P ers. 92.4 "Aîou aaxTopi Ilspcav 
« (à Xerxès) qui remplit l’IIades de Perses (tués) ». 

auX^xwp « qui pille » : Esch. Suppl. 927 oi yiip ijsvjup.at tc ! j; 0 'wv 
( juX^xspzç « je n’accueille pas ceux qui ont pillé les dieux ». 

suXXv^ixxwp « qui aide, auxiliaire » : Esch. A g. ibo'j mxxpoOev îà 
auXXvj-xwp v£vî tx’ âv àXabxwp « le génie vengeur do cette race peut 
bien être ton complice » (Mazon) ; Eur. Or. i 23 o zsüds cuXXvjTtxojp 
yi'/s'j « viens à notre aide » . 

wiszhwp « convive » Esch. Hum. 35 1. 

Tapxy.Twp « qui trouble » : Esch. Sept. 572 xsv -s/.ew; xapâzcspa 
« celui qui trouble la ville ». 

ptXriTwp « qui aime » : Esch. Ag. 1 4 A 6 çOrpup xsDcs « celle qui 
l’a aimé ». 

çpxsxn) p « qui indique, qui guide » : Esch. Suppl. 492 o-âîvap 
Sà œpâxxîpa; x’ èyytopiu)'/ 'cùp.zzip :) sv « envoie avec nous des ministres 
et des guides » *. 

La langue de là lyrique dorienne ne fournit qu’un petit nombre 
d’exemples. Outre yvii-Mp, relevons les suivants : à;j, 3 vx(üp « qui 
repousse » : Simon, frg. 86 13 sbo'i àp.ûvxspz Suffïpojuvav ; — wxwp 
« peritus » : Baccliyl. VIII 44 iyyéort i Vtxps; -/sapai « les Amazones 
expertes au javelot » ; — y.xLxuip « qui fonde » : Pind. frg. io 5 , 3 
ixaxep y.xtxxsp Atxvz « pcrc qui as fondé Aetna » ; — ôcyrpMp « qui 
commande » : Terpandre fr. I, i Zej . ..itstvxtov àyvjxop ; — ’iâxtop 
« qui guérit » : Alcm. XXIII 89 r :svwv yip âp.tv tzxwp ’éyvns « elle 
nous a guéris de nos maux » . 

Parmi les prosateurs, Hérodote emprunte à la langue épique 
certains des mots en -nop — très peu nombreux au total — dont 
il fait usage. D’autres mots ont trouvé accès dans la langue tech- 
nique et se sont maintenus. Tous ont la signification que nous 
avons reconnue à cette classe de noms d’agent : cv/.rpMp « habi- 
tant » fréquent chez Hérodote, Thucydide, etc. ; — ysvÉxwp 
« ancêtre » icç ysvsxiop Ildt. VIII 187); — xxpsîÉ/.xwp « qui 

fait connaître l’avenir » (Ildt. VII 37 : Xîyo'ix sç vjXisv sTvxi 'EXXvj- 
v<i)v ixpssÉzxspy, nikrprp os c rçswy « ils disaient que pour les Grecs, 

1. Sur àXéxtcop et àXàaTcop qui n’appartiennent plus aux noms d’agent et 
deviennent des noms indépendants, cl*. Fraenkel, I, pp, 1 55 , 216 sq. * — pr^Two sera 
considéré à part, p. 5 a. 


3 



34 


NOMS D’AGENT 


le soleil fournissait les présages, mais pour eux, la lune »); — suij- 
lïoxy.xwp « associé, compagnon » : Ildt. VI 125 ’Aa-/.[j.ei»v. . . xcïsl 
èx, Sapîîwv AoSstai... èxt xs ^pïjax^pisv xi Èv Aî'açosci a'jp.xp^x.xwp xe 
èyi'vîxs y.xt <jjveXâp.6avs xpsQViuç. L’expression crjy.xpvy/.xoïp b;vi=~o 
a il se joignit à eux » est parallèle à a-j vsXâp-îaye « il les prit 
avec lui » et énonce aussi l’acte qui a eu lieu une fois. Cf. 
xrpây.xtop ôSaü chez Sophocle (ci-dessus p. 3 a). 

Rares sont les dérivés, et pour la plupart d’origine ionienne. 
Ils relèvent tous de la signification fondamentale des noms en 
-:wp. De «vây.xtsp viennent àvay.xspisç (hom. yesstv àix/.-opvpavi s 397), 
àvay.xspîa « maîtrise, conduite (des chevaux) » h. Apoll. 234 , et 
à'/â y.xepov « temple d’un dieu » (Ildt. Trag.) et aussi, en dorien, 
akarn. ’Avr/.xipisv et ’Avâxxspov (Paus. II i 4 , 4 ). De ày.loztùp, 
l’abstrait ày.îtrxopia « art de guérir » (Hippocr.). De isxwp sont 
issus les termes qui ont connu une si large fortune ic-opix (Ildt.), 
isxipisv « témoignage » (Ilippocr.). Auprès de Itmàxwp « celui 
qui offre un banquet au peuple à l’occasion des jeux » se rangent 
ion. wx’.âxapsr, nom des Essenes (Paus. ^ III i 3 , 1) et tax’.ïjxipisv 
(Ildt. IV 35 ), att. èsxiaxspiov. En outre : iaxspu « art du médecin » 
(Bacchyl. I 1/19 et Sopli. Trach. 1001), dor. y.axOïjpaxôp , .(o)v « sorte 
de jeu de chasse chez les Spartiates », dor. 'Ay^xopia nom de 
fête. Il y a eu, spécialement en ionien, une création de féminins 
en -x;p£; attestée par un petit groupe de mots : ày.sxxspîç, féin. 
de à/isxwp (Ilippocr.), ’Ay.xspt; nom d’une 0zAzp.r,x5Asç chez 
Homère (6 228); à/.sxxcptç « poule » (Hippocr. et Aristote cf. 
Fraenkel I, p. 1 56 ) ; y./.sixo pi; plus tardif, formé sans intermé- 
diaire d’un *y.A={xa >p ; lac. y.ac-xoptÎEç, nom d’une race de chiens ; 
a'jxoxpoxoplç « résidence royale » chez Josèphe. Jusque dans ces 
dérivés rares ou de sens très particularisé se manifeste le sens 
de -x(»p qui les a produits. 


II 


Les noms en --. r , p - 

Nous donnons, en une liste suivie, tous les noms homériques 
en -xr,p et la plus grande partie de ceux que fournissent les plus 
anciens textes, surtout poétiques. Les exemples ont été partout 
cités pour que, d’un mot a l’autre, on voie se dégager une valeur 



LES NOMS D’AGENT EN GREC 35 

qu’on aura ensuite à préciser sur la base des emplois pour l’op- 
poser à celle de -xioo. 

D’abord les mots homériques : 

àXs;r,xr,p « secoureur, défenseur » : Y 396 luOXov àXîçr ( xî;pa 
y.iyr^ « vaillant défenseur au combat ». 

àX y.xrjp « qui est chargé de repousser » : E /1 84-5 xiô -/.al v.é xtç 
Ejysxa 1 . àrrjp | yvwxsv èvt p.îyàpîiatv àpijç aKv.-.^pa XixésQai « chacun 
souhaite de laisser dans sa demeure un frère capable (ou : chargé) 
de repousser le malheur » ; Y 100 èp.sïo cà ctjcsv àpvjç àXxxtJpa 
yevécrôai « je n’ai pas été capable d’écarter de Patrocle le 
malheur » (litt. « il m’a manqué d’être écarteur... ») ; ibid. ai 3 
aï v.i'i xwç c'uv vyjusiv àpÿjç v.'hy-'qpîç ïy.wvxai « peut-être les peuples voi- 
sins viendront-ils pour écarter le malheur » ; \ 53i (=Y 348) 
cIAstî 3’ i \rt «y.îvia, y.uv<ov àXy.xfjpa xat àvBpiov « il prit une 
pointe aiguë, capable d’écarter les chiens et les hommes ». 

àp.r ( "ôp a moissonneur (de métier) » : A 69 <3<rx ’ à;«;t^p=ç èvav- 
xîci àXXirçXewiv « comme des moissonneurs qui, les uns en face 
des autres, etc. ». 

ap:x r ( p « laboureur » : Y 542 xoXXoi 0 ’ àpo— vjpsç èv aux 1 ?) y.xX. ; V 
835 où ;j.àv yàp... TOt|Av;v cùS’ àpixvjp y.xX. 

[33T-^p (' berger » : 0 5o4 aixàp èywv àypîùç èx'.sfccp.ai -qSs Pox^paç 
« moi je vais vers mes champs et mes bergers ». 

Spvxrçp (féni. -ïtpa) « serviteur » x 248 , 7 76 , u 160 ; fém. y, 
3 ^ 9 , x 345 ; ûxsSpr ( sx-4p a le même sens (0 33o). 

èXaxVjp (i conducteur d’un cheval » : A 1 45 y.oGy.oç 0’ ïxxw èXaxîJpf 

Te y.’JOGÇ. 

èxay.x'4p « rabatteur » : P i3 (Xswv) 1 » pi. xs... uuvavxifai ovxat èv uXyj 
| âvSpss èxay.xïjpcî « comme un lion que des rabatteurs affrontent 
dans une forêt » ; x 435 ol 0 ’ è; [jïjysav «avsv èxay.xîjps; « les rabat- 
teurs arrivèrent dans la vallée ». 

Ssxïjp « donneur, chargé de donner » : T 44 xapdai xapà vy]u<7Ïv 
ssav, aïxoto csx'ïjpîp « les intendants (qui) étaient à bord des vais- 
seaux pour distribuer le pain » ; h. Ar. 9 3sxv;p siGapaéoçvjêYjç «(Ares) 
dispensateur de la jeunesse pleine de courage » (Humbert). Sur 
Sa )xr,p cf. p. 29 . 

cXsx-^p (i destructeur, meurtrier » : Y 1 1 4 v 3 v S’ eïp.’ cippa ipïXrjÇ 
y.:xaXï;ç cXsxîJpa y.iysii» « maintenant je vais rejoindre le meurtrier 
de cette tête (qui m’était) chère ». Le sens « professionnel «jus- 
tifie -xvjp. bien que le mot soit employé en valeur aoristique. 



36 


NOMS u’àGENT 


cæv^P, StOTcr^p a chargé de surveiller ou d’espionner » : ç 26 1 
(= p 438 ) cxxïjpaç Sà y.axà av.zrJ.zz taxpuva visafja 1 . (var. HaOai) « j’en- 
voyai des guetteurs aux postes d’observation » ; K 56 a (ay.susv) 
tîv p» Bio~xîjpa axpaxoS Ip,p.£vat Yjp.sxépsio... ftpssTjXe « un éclaireur 
qu’Hector et les Troyens avaient envoyé pour espionner notre 
camp ». 

■jcpYjv tx-çp « capable d’accomplir » et pyjrçp « capable de dire », 
employés ensemble I 443 p.jOaiv tî pr ( x ?jp ’ £p.p.ïva'., xpï)-/.xjjpâ xs è'pywv 
« (il m’a chargé de t’enseigner à) être capable de prononcer des 
discours et d’accomplir des exploits ». IIpr ( y.xïjp a le sens de 
« commerçant (professionnel) » 0 162 àpysp vauxâuv ef xs icpvpixîjpïç 
latat « commandant de marins qui sont aussi commerçants ». 

paxVjp « capable de tirer à l’arc ; archer » ; o 172 ci yâp xsi as 70 
xsTov Èyeivaxs “ixvia p/çxr,p | oïov xs pjrfjpa x’ à’p.ïvai -/.a; ctaxwv, lit L . 
a ta mère ne t’a pas enfanté capable de tirer à l’arc » : a 262 
puxyipaî o’iaxûv « (on dit que les Troyens) sont des archers accom- 
plis ». Le mot est employé II 4 y 5 comme nom d’instrument, 
« trait d’équipage » (litt. « tendeur »). 

paxVjp >< chargé de garder » : p 186 üj a’ z-i s ya> y s a-jxaü ^suXoIprjv 
axa6p.aW puxijpa Âi-saGa; « je voudrais bien que tu restes pour gar- 
der les étables » ; ibid. 223 xs v •/.’ d p. si c:îy;; axaGp/üv .^uxfjpa ysvsa- 
Gai « si tu me le donnais pour garder les étables ». 

Sont tirés de verbes dénominatifs : 

ataup.vïjx-çp Ü 347 s ‘ l ;i forme est assurée (var. aiaur,xvjp) et s'il 
s’agit bien, ce que le contexte ne permet pas d’affirmer, du 
titre bien connu sous la forme a!a'jp.vçx^ç dans la tradition ionienne 
(cf. Fraenkel 1 p. 2x4 sq.). 

àpïjXTjp « prêtre (de métier) » : A 11 Xp'jaçv ip-çxîjpa ; E 77 Z/.x- 
p.avBpou àpsx-çp. 

àÔ)a]x-/;p a lutteur (professionnel), athlète » : 0 1 64 oà S’ àOX-çxîJpt 
fotxaç a tu n’as rien d’un athlète ». 

àcaar,x-ç p a chargé d’assister, auxiliator » : O 254 xsïsv xsi àsa- 
ar,x-?;pa Kpoviwv | è; Isr,; xpairp/.e rcapsaxap.svai -/.al àpüvsiv a il t’a 
envoyé de l’Ida un défenseur pour t’assister et te secourir » ; 
735 rjé xi va; ©ap.ev sivai àozar^Tjpaç CTrîaaw a croyons-nous avoir 
derrière nous des gens pour nous aider? », vers qui se complète 
par le suivant : a ... ou un mur qui puisse repousser, etc. (xsîyaç... 
àpyvai), ce qui met en relief la valeur a intentionnelle » de isx- 
aYjxr ( p ; 3 1 65 -t.c. . . « p.r; aXXci âsaaïjxîjpep l'oxaiv a un enfant qui n’a 



LES NOMS d’agent en grec 


3 7 


pas d’autres défenseurs (que son père) », cf. 119; X 333 xossr,- 
~r,p... b(tù psxôxwôî ÀsXs?p,|AYjv « je suis resté en arrière pour te 
secourir ». 

axsiAv; xr,p « menaccur » : II 96 i-r.vXr-.r^e: pris comme injure : 
<t menaceurs (de métier) ! » = vous qui ne savez que menacer et 
11’osez pas attaquer. 

àxcXup.avxr 1 p « destiné à ruiner, fléau » : p 220 iruojjbv àvngpôv, 
îaixwv àxoXt>|j.x>xïjpa (plur. 377) « un mendiant, fléau des festins ». 

.àpvEux^p « plongeur » (acrobate): M 385 (= Il 7/12, p. 4 i 3 ) àpvsu- 
x/jpi èoc/.(»î « (il tomba) comme un plongeur ». 

àpxx/.xqp « ravisseur » employé comme injure Ü 262 àpvfiW rfi’ 
èpiçw» èmor, p.ioi ÿ.p-y./.-'r l pi; « ravisseurs d’agneaux et de chevreaux 
dans votre propre pays ! » . 

Oïjqx^p (? var. Or,pv;xr ( p) « spectateur (?) », mal assuré par l’unique 
exemple ç 397 r, xi; 0 -q-q- qp -/.y). ÈxtxXcxs; sxXsxs xâxwv « voilà un 
connaisseur qui sait jouer de l’arc » (Bérard). 

Oqpqxqp « chasseur (de métier) » : <I> 252 , Il 3 i 6 akxoç ôvjpvjxijp 
(i aigle chasseur » (nom d’espèce); A 292 <»; S' oxe xoé xiç 6rjpr ( - 
xi;p kj'ixç... (jsûy; « comme un chasseur lance ses chiens » ; M 170 
pivsvxsç avSpa; Qr.prrfpxç « (des abeilles ou des guêpes) résistent 
aux chasseurs (= à ceux qui sont chargés de les chasser) ». 

’.qxrjp « capable de guérir, guérisseur » : nom de fonction B 372, 
A 190 « médecin » ; A 835 -/prJZo'/zx y. 21 aùxov àp.ûp.ovo; iqxîjpoç <1 (un 
médecin, ’taxpsç, blessé) qui a lui-même besoin de quelqu’un qui 
le guérisse » ; p 384 !ï)xîjpa xaxwv « un guérisseur de maux ». 

y.'jSspvqxqp a chargé de gouverner, pilote » : 0 55 j où yip 'batf,- 
y.zooi y.'jSs pvvjxYjps^ sax. « les navires Phéaciens n’ont pas de 
pilotes ». 

•/.u 6 wxr,xvjp « plongeur (de métier, acrobate) » : II 750 r, pa y.a't 
èv TpwîGïi xuSiîXïjxîjpE; ïxoi « il y a aussi des acrobates parmi les 
Troyens •» ; de même X Go 5 = B 18. 

Xvj'.xxYjp « pirate » : y 7 3 = 1 254 cia xs Xr/.xxqpîx « comme des 
pirates » ; p 4 a 5 ap.a Xy.cxvjpx'.v xoX'jxXâyxxsistv « avec des pirates 
errants » ; x 426 XnpjxfSpaiv ï~i-r.b i i.v)o- Taçioixtv « suivant des 
pirates Taphiens ». 

A’.y.[j.r l xr t p « vanneur » : N 5 90 xvcvïi ùxo A’.yjpq y.at Xi'/.p.ïjxïjpcç lp<»q 
« sous un souffle léger et le branle du vanneur ». 

/.uî-ïjxqp « rageur » : © 299 xoüxcv 3 ’ où BBvap.x. fixhiv.'i y.ûva Xux- 
crçxîjp a « je ne puis atteindre ce chien enragé ». L’emploi d’une 



NOMS D’AGENT 


38 

forme en -r r,p décrit cet état comme « fonctionnel » en quelque 
sorte. 

A(i>êï)Tr,p « insulteur », terme injurieux par ce qu'il implique de 
« professionnel » : B 275 0 ; tsv '/MÔr t v7,p<z Ixïîoi Asv izy ’ xysp xwi 
« (Ulysse a bien fait) de chasser de l’agora cet insulteur » ; cf. 
A 385 et O 23g. 

\virpvtip « prétendant », très fréquent, a une valeur « fonc- 
tionnelle » trop manifeste pour qu’il soit utile de l’illustrer par 
des exemples. 

ôp.oy./.ï)TYjp litt. a semonceur » : M 273 ip.o-ù.r-.ypoq ày.oâïa; « (que 
personne ne s’en retourne), entendant un grondeur » ; 452 xsïo 

S’... c[Aox.XïiTÎjpoç ày.sûjaç. 

hpyrpjp « danseur » : Z 4 q 4 xoüpîi ôp'/r, arvjpsp « de jeunes dan- 
seurs ». 

«pyAay.rpp <1 chargé de garder » : I 66 a'jAav.rîjps? oà szastot A i\xz- 
0 (ov « et que chacun, à tour de rôle, soit désigné pour la garde » ; 
80 b. oà çuXaxxŸjpsç... âsaîûsvxs « les hommes de garde s'en furent » ; 
Q 444 ot 3à vàov icept Sôpxx p’j'kxv.bpsq ixovîovto « les hommes de 
garde s’affaii'aient autour du repas ». 

s0e)voyTijp « volontaire » dans l’expression éxaîpsu; èOêXo'nîjpa; 
([3 292 ) n’est qu’un arrangement d’une forme de participe (cf. 
Fraenkel I, p. 11 sq. et Schwyzer, Gr. Gramm. p. 48i, 1. 1 ). Il 
reste néanmoins significatif qu’on ait choisi cette formation pour 
un nom qui qualifie une fonction. 

Les composés en -x-qp sont chez Homère très rares (cf. Fraen- 
kel I, p. 65 sq.): à;j.xAAoîeTî)pîç « lieurs de gerbes » (2 553, 554); 
avSpzç c’ivo-OTYjpy; « buveurs de vin » (0 456); [Ar,XoêoxÿJpaç » ber- 
gers » (Z 629 ), tous noms de métiers ou assimilés ; fém. yjhù'i 
xoX'jêétetpa (fréquent) et Xr/.cêbv.px « truie dévoreuse de mois- 
sons » (j 29 ). 

Autrement n’apparaissent qu’au féminin : Ip.r-.t'.px « domp- 
teuse », épithète de la Nuit (Z 269 ) et le nom de métier x'Asxpi: 
« femme chargée de moudre » (■_> io5). O 11 n’insistera pas en 
détail sur les féminins en -xsipa, -xp'.x, -xpsç, dont E. Fraenkel 
(IF. XXNII, igi3, p. 3g5-4i3) a soigneusement colligé les 
exemples et décrit l’histoire externe. Ils n’apportent à une étude 
sémantique rien que les masculins en -~r t p n’indiquent déjà. 

La formation en -i-r t p est largement développée après Homère, 
dans les Hymnes, chez Hésiode et chez les Tragiques. Nous 11 e 



LES NOMS d’ AGENT EN GREC 


30 


reprendrons pas les mots qui, d’IIomcre aux autres poètes, 
deviennent le bien commun de la langue poétique (àpsrijp, ( 3 orr,p, 
[AVïjTT^p, etc.). Seront seulement mentionnées les formations 
nouvelles et aussi celles qui, quoique étudiées chez Ilomère, 
confirment par quelque emploi significatif les observations aux- 
quelles elles ont prêté. 

SjMjTirçp « capable de dompter » et aior^p « chargé de sauver » : 
h. Poseid. (XXI) 5 cr/Oz tgi, ’Evvsat-fais, OesI tijj.yjv sBâszvTO iktcwv te 
S p-ïjT^p’ Ep.îvzi o-WTfjpa te vYjwv « les Dieux t’ont attribué, Ébranleur 
delà Terre, le double privilège d’être dompteur de chevaux et 
sauveur de navires » (Humbert). 

OeXxtTjP « chargé d’apaiser (par un charme) » ; h. Askl. (XV) 4 
tov èyel'iono Six Kspcuvl;... y.xy.wv OeÂ'/.t^o’ oBuvâwv « la divine Iv or on i s 
enfante Asklepios pour être le magique apaiseur des souffrances 
pénibles ». 

pE'/.T’i;; « accomplisseur » avec y.r/.wv Iles. Op. 191. 

sy.atT.ri "p « fouisseur du sol » ; vers du Mar pi tes cité par Aris- 
tote Et h . Nie. \ l 11 /il a: tgv 3’ îjt’ âp ay.a-Tîjpa 0=o’t Oéctxv gjt 
àpîtïjpz « les dieux ne l’ont pas fait pour creuser ni pour 
labourer ». 


En outre, comme dérivés de verbes dénominatifs: Xr/.Tr(p, 
àAXT-(p, G—o)— YîT-^p employés ensemble dans V Hymne à Hermes i 4 -i 5 
pour souligner les fonctions permanentes du dieu : y.xl.TGT ’ IfEivxTo 
Traïoz TTGA'jTpGîrov, /.sp,r,T»;v, | /.r/.TTpp è/.aTvjpa (üoûv, rf;r ( Tcp b')v- 
piov, vjy.Ts; GirwiCïjTÎJpa... « elle mit au monde un fils ingénieux et 
subtil, le Brigand, le Ravisseur de bœufs, l’Introducteur des 
songes, le Guetteur nocturne » (Humbert). Il est probable que 
t wp, qui rompt la suite des mots en -Ti"p,ne doit sa forme 
qu’à la tradition épique. 

y.'.yïjTï^p « ébranleur » : h. Pos. 2 yjci’r.ç •/.vrrpffix y.zi . . .Qx'/.xerr,: . 

vE'.y.sa-T-(p « chercheur de querelles » : Iles. Op. 716 ètjfJXwv vei- 
y.saT^pa « le querelleur des grands » (Mazon). 

E'jO'jVT'(p « chargé de redresser » : Theogn . . 4 o oiov.v.x 8e jj.-rj ts/t; 
dcnpx | c'jOuvTvjpa y.z/.pç 'j6pnç vip.ETspr,; « je crains que (la ville) 11e 
mette au monde un homme chargé de corriger notre insolence 
vilaine ». 


TpuyïîTvjp « vendangeur » Iles. Sent. 293. 

Fém. SÔT-'.pz Iles. Op. 356 (Qxvxtc'.o SÎTEipz), v.rp.rpv.px ibid. 464 : 
7 :aE (» v eu ■/.rp.rp.s'px « qui apaise bien les enfants ». 



4o 


noms d’agent 


Chez les Tragiques : 

(Spwrôp « rongeur » : Esch. Eum. 8 o 3 gpMxîjpa^ a-/vaç c-zpp .dttwv 
(( une écume rongeuse de tous germes ». 

s zz;j.êzrr,p « chargé de monter à l’assaut » : Esch. Choeph. 280 
'isJO'j; orapxwv è-ap.êxx?;pa; « les maladies qui montent à l’assaut, 
des chairs » . 

èXarr ( p « entraîneur » : Esch. Pers. 32 - ’ èXax r,p 

— oaôâvyjç. 

èvsu-vjp « qui doit envelopper », qualifiant un peplos Soph. 
Trach. 674. 

ÔJïïjp « sacrificateur » : Esch. . 4 »-. 224 exXa 3 ’ ouv Oar/jp ysvéaOat 
ôj^arps; « il osa donc devenir le sacrificateur de sa fille » ; ibid. 
24o s'vujtcv 0’jTr,p(ov « chacun des sacrificateurs » ; de même Soph. 
Trach. 61 3 , 65 g, 1192. 

>.*TYjp, b.zvr t p « chargé de supplier » : Esch. Suppl. 479 Zîù; 
î/.'/jp J Soph. Oed. R. i 43 Utî|pa; -/.Àâoï'j; (cf. Eur. Suppl. 10 r/.Tvjp! 
OiXXw) « rameaux suppliants » (= qui manifestent une ‘suppli- 
cation) ; Soph. Oed. R. i 85 wsvwv [y.ïTîjps; dxsvays'jj'.v « elles 
gémissent pour implorer (la fin de) leurs maux ». 

y.Xïjr^p « appeleur en justice; héraut » : Esch. Suppl. 622 aveu 
xXïjTîipîç « sans (attendre) l’appel du héraut » ; Sept. 674 Epivâo; 
vSKr^py. (rie témoin instrumentaire d’Erinye ». 

Xsuaxvjp « lapideur » : Esch. Sept. 199 Xsuurîjpx... [J.ipo'i litt. « le 
sort lapideur » (— la mort par lapidation). 

Xuxr;p (àvx-) « chargé de dénouer » : Esch. Sept. 941 Xux^p vsi- 
y.îtov « arbitre dos disputes » ; Choeph. 169 àvaXuri) p Si p.wv « (quel 
guerrier viendra) pour délivrer cette maison ? » . 

p.a 7 x' 4 ? « chargé de rechercher » : Soph. Oed. C. 455 Ivpisvxa 
7 tîpiï 6 vT(üV s;j.î 3 [/.aoxfjpa « ils envoient Créon pour me rechercher » ; 
Trach. 733 p.azzqp nxzpic 0; ~p\'i w-/îxs « il était parti à la recherche 
de son père ». Avec un sujet féminin, Ivarkinos frg. 5,5 (Trag. 
frg. Nauck, p. 799 )- V-rplpx... p.aov/jp ’ i-sXOssy r.ÿ.cx') sv y.û/.Xw -/ 0 ôva 
« parcourir toute la terre pour chercher... ». 

cwtvjp (km- y. oc ta-) « chargé d’examiner » : Esch. Suppl. i 85 àpyyj- 
yé-roci otît tjps; etsv « sans doute des chefs viennent-ils nous exami- 
ner »; « témoin » chez Soph. Aj . 29; — Esch. Sept. 63 g- 64 o 
Oîsù;... xaXsî. .. èwîTxrîjpa; Xitûv « il supplie les divinités de veiller 
à l’accomplissement de scs vœux » ; — ibid. 36 oy.o-îîi; 8à yjyw 
y. ai y.aTî-xÿjpaç ortpaxsü iicejjuju « j’ai de mon côté envoyé aux lignes 



LES NOMS DAGENT EN GREC 4 l 

ennemies des guetteurs et des éclaireurs » ; mais ibid. 4 o = 
« témoin oculaire ». 

kixz-.a-qp « dévastateur » : Esch. Sept, ioio m; l-r.’ àvxa-axîjpa 
Kjî|jie!u'i yüs'd; «■ (on jettera aux chiens le corps de Polynice) 
qui eut été le dévastateur du pays cadméen » ; Choep/i. 3 o 3 Tpsia? 
ivwwcîjpjiç a les destructeurs de Troie » (cf. Ag. 1227 TXîav x’ 
i:rxQ-.y.-r i z). 

àva^u'/.xvjp « chargé de rafraîchir » : Eur. frg. i 40 (Ath. XI 
477 c) TAÛtpoç -îvgjv àva'Vjy.xvJpa « une coupe (de lait) pour rafraî- 
chir les peines » ; cf. drj'/.Tvjp « vase à rafraîchir ». 

xi oxv-p « sauveur » sera examiné à part, p. 5 o. 

Sont constitués sur thème dénominatif : 

à-y/ur/jp « qui doit rapprocher » : Soph. Trach. 206 xàv ày/w- 
x^pa xcusx xoa r.x 0;uç, litt. « (il s’est juré d’asservir) le rapprocheur 
de cet affront » (= celui qui s’est voué à rapprocher de lui cet 
affront). 

ahyjji-fc (y.axa-) « déshonoreur » : Esch. Ch. 990 ’éyv. yàp aix- 
7'jvxYjpo;. . . S'.y-v « il porte la peine de l’adultère ». A g. 1 363 ûxs{- 
;op.îv Ssp.wv y.axaicr/jvxïjpxi xîtîS’ r ( yeup.Évsiî « nous soumettrons-nous 
à des maîtres qui veulent souiller ce palais? ». 

àxssxïip <« qui' doit dompter »: Soph. O ad. C. 714 î-“oimv xàv 
àx.E<;xv;py -/a/.tvsv... y.x’ffa; « tu as inventé le frein destiné à dompter 
les chevaux ». 

«’ivixx^p « chargé de mettre en énigmes » : Soph. frg. 704, 2 
alvty.xîjpx 0î3îâxwv « énigmatiseur des paroles divines ». 

àp.i).Aï]--(p « émulateur » : Soph. A/U. 1060 -xpoyz'j; àpuXXvjxîipaç 
T,)isu litt. « les courses émulatrices (= les révolutions) du 
soleil ». 

àx'.p.asx r t p « qui prive de ses droits » : Esch. Sept. 637 àxtjj.a7- 
x?jpa... xsvSî xstsasOai xp6x::v « payer de retour celui qui l’a privé 
de ses droits ». C’est un des très rares cas où le nom en -x-(p 
semble pris avec valeur d’un participe aoriste. Toutefois àxipacx^p 
pourrait être en quelque sorte un nom de « profession », sans 
référence particulière à la situation du personnage. 

8a'ty.xïjp « déchireur » : Esch. Sept. 916 ox'txT^p y 2:;, litt. 
« gémissement déchireur ». 

îtyAAay.xvjp « conciliateur » Esch. Sept. 90g. 

eùOimïjp (ou IOuvt^p) « régulateur » : Esch. Suppl. 717 cïaxoç 
sàQuvxîjpsç (var. t0jv-) « de la barre régulatrice ». 



42 


NOMS D’AGENT 


eùvxr^p « époux » (litt. coucheur ») Esch. Pers. 187. 

(< chargé de guider » : Soph. Oed. C. 1021 aOr/.-s^ •Jjvi;- 
Ttjpoç litt. « non touché de personne (jui puisse me guider » ; 
i 588 ■bprp;r l xf l pzp eùSevsç çü.mi « sans qu’aucun de scs amis se 
charge de le conduire ». . 

Ostva-t^p « inviteur » : Esch. Ag. 1000 b zxamcç zp'.'pj; à'/J.ax a>p 
’ÂTpss; -/aXsîtou OsivaTîjpo; « l’antique, l’âpre génie vengeur 
d’Atrée, du cruel amphitryon » (Mazon). 

Opvjvv;Tvjp « pleureur » : Esch. Pers. 987 ; de môme xxEvOnjTrçp 
« pleureur, cuse (professionnels) » Pers. g 46 , Sept. 1062. 

ta xr t p « guérisseur » : Soph. Trac/l. 1209 taxîjpz 7 &•> sp.( 7 r> y.ay.cov 
« (je te convie à être) le guérisseur de mes maux ». 

7 .z/;'j[].ôr-.r t p « plongeur » : Esch. Suppl. 4 o 8 . 
zapavwrijp « décapiteur » : Esch. Eum. 186 xapavwriîpsç sty.at 
« une justice coupeuse de têtes ». 

X(» 6 r;Tïjp « destructeur » : Soph. 1074 '/Mbr-.r, p£î « (les divi- 
nités) chargées de faire périr ». 

puxm^p litt. « allongeur » : Esch. Pers. 978 p,ay.wr?Jpa p.îOcv 
« un discours qui nous retarderait ». 

y.op.wcïjp « chargé d’accompagner » : Eur. liée. 222 •/.sp.isTlJpaç 
y.ôpyjç « ceux qui doivent amener la jeune fille ». 

[AztmxT^p « fouetteur » : Esch. Suppl. 466 p.ajr.y.rïjpa y.apotaç 
/.iyjv « un discours destiné à cingler mon cœur ». 
p.ïjvur^p « dénonciateur » : Esch. Suppl. 245. 
siy.r ( r 4 p « destiné à habiter » : Esch. Sept. 19 àOpstJ/av’ zlz.rp^py.z 
(var. s’nuîrTjpa;) m xxsbç « (la Terre) vous a nourris pour faire de 
vous de loyaux citoyens »; Soph. Oed. C. 627 v.zb-ox' Oîîéccuv 
èpeïç | â^peïsv oW,‘tîJpa SÉçaîOat xztjù-i « jamais tu ne diras que tu 
as reçu en Œdipe un inutile habitant de ce pays » (Masqueray). 

"cîrrTvjp « destiné à empêcher » : Esch. Ch. 1000 TrîîiaxtJpaj 
xéîa; (var. r.lxù.zzz) « des liens (ou : un vêtement) destiné à lier 
les pieds ». 

xpiay.TYj? « vainqueur » : Esch. Ag. 171 Tpuy.-.ÿjpc; vr/rn « ayant 
trouvé son vainqueur ». 

Dans la lyrique dorienne, il suffit de mentionner un certain 
nombre de noms en -xr;p qui sont ou connus par ailleurs (■j.zxzxqp 
« prétendant », xwrijp) ou employés clairement avec valeur de 
« fonction » : ày rpr# « guide, chef », k\xxr,p « conducteur », Oarijp 
« spectateur » (Bacchyl. IX 23 ), z.vrrpx-^p « ébranleur », o\i.y.xr t p 



LES NOMS D AGENT EN GREC 


43 


« dompteur », y.aj xr ( p « brûleur », àXsxïjp « destructeur ». Mais 
plusieurs ont un emploi qui illustre la signification du suffixe et 
qu’il faut signaler : 

àXy.Tïjp « chargé de repousser » : Pind. P. III 7 ’A r/./.rmiv, yjpw a 
xavxosarà» àXy.xîjpa vsjswv « (il instruisit) Asklepios, héros guéris- 
seur de toutes les maladies ». 

p.vaiiïjp « chargé de rappeler » : Pind. P. XII, 'à!\ v;p.îv . . ■■ jj.vzj- 
Tîjp’ ây (ôv(i)V « le nome qui doit évoquer les luttes » ; 7sZ//. II 5 
’AçpiSiïa;. . . p.vaîT'i.pav âv.a "iv> ixwpxv « la jeunesse charmante qui 
fait penser à Aphrodite » ; sens réfléchi N- I 16 xîXîjasj javaat^pa... 
Xaov « un peuple qui pense toujours à la guerre ». 

’ia-ïjp « chargé de guérir » : Pind. P. III 65 ta-r^pâ toi y.sv vw ot'Oîv 
xaî va v âsXstsi xacpacr/eTv àvspâsiv (teppav viauv « (si Chiron était 
encore dans son antre), je le persuaderais de procurer encore il 
ces nobles héros un guérisseur do leur mal ardent (= quelqu’un 
capable de le guérir) » ; IV 270 =77; 5’ ixtvjp àmy.a'.pîtaTsç « tu es 
le médecin que réclament les circonstances » (Puech), c’est-à- 
dirc, comme la suite du passage le montre, « tu es qualifié pour 
guérir ». 

y.uëspva r^p « chargé de gouverner » : Pind. P. IV 71 et p.q Ose; 
aYsp.ôv£77i y.jSspvarYp yi'irpz ai « si le dieu ne vient pas pour gou- 
verner les rois »;Islh-. IV 71 -/.‘jSspvar/jps;. . . yv<»;a a -s-iOoiv « obéis- 
sant aux avis du pilote » . 

cpOan^p « chargé de tenir droit » : Pind. P. I 56 ijtio 2 ’ 'Iépaivt 
6sb; opOtoxYjp xéXoi « ainsi puisse la divinité maintenir droit Ilic- 
ron » (Puech). 

o’.y.ia xvjp « chargé de coloniser ; fondateur de ville » : Pind. P. 
IV 6 lépta ypîj7 sv cbwrîjpx Bartsv y.apxcçipu AtêJa;... •/.-J.ggv.vi . . . 
xiXtv... « la prêtresse prédit que Battos, chargé de coloniser la 
féconde Libye, (devait quitter son île) pour fonder une ville ». 
La même forme a vcc la même fonction et concernant le même 
personnage reparaît dans un oracle chez Hérodote IV 1 55 a/a; 
§s as «Liïoo; ’AxiXXwv | èç A'.êâvjv xép.xïi ;j.r ( Xo7ps5CV s\y.i 7 xf,px « il 
t’envoie pour coloniser... ». Cf. Pind. frg. 186 Schr. (=64 
Puech) : xjxiy p.s xptoTicra ffuvsiy.'.arxijpz yoex; siS^at Tsp.sv:uyîv 
« reçois-moi, qui dois le premier coloniser cette terre, dans 
l’enclos sacré ». 

Dans la prose ionienne, les mots en -xr,p qui s’offrent chez 
Hérodote proviennent, comme l'a montré Fraenkel (I p. 212 



44 


NOMS D’AGENT 


sq.), de la tradition épique, notamment p.vr ( s rr,p dans le récit de 
ton homérique VI 126 sqq. Il est d’autant plus utile de souli- 
gner que ces noms sont pris dans leur exacte valeur et désignent 
des titulaires de fonctions : àp"V;p « laboureur » ; 'kiuvrfi « lapi- 
deur», ti p,(opv;-^p « justicier », y.a.~ xpv.azr,p « conciliateur, arbitre » 
(IV 16 1, V 28), terme technique connu d’ailleurs par les inscrip- 
tions/ En revanche, il ne paraît pas nécessaire de reprendre, 
après Fracnkel qui les énumère en détail (I p. 167 sq.), les 
noms d’agent que fournissent les inscriptions, surtout en pays 
dorien. Il y a prédominance considérable des noms en -r^p, du 
fait que ces textes font mention fréquemment de magistrats qui, 
à des titres divers, interviennent dans les accords ou en garan- 
tissent les stipulations. La catégorie en -- r,p est ainsi enrichie de 
nombreux termes qui résultent du môme principe de désigna- 
tion : àp;j.ccrr,p, xp-'jr^rj :, àçïTr/j?, SixzffTvjp, 8s‘/.ip.«j:vjp, (Jsôzuot r,p, 
•/.p'.Tvjp, etc. 



CHAPITRE III 


CONFRONTATION DE -ro.p ET DE -vr„ 


Four mieux faire ressortir la difl'érenee entre les catégories 
dont -xotp et -xr,p sont les signes respectifs, confrontons systéma- 
tiquement, dans tous les mots qui portent la double formation, 
Tune et l’autre valeur, et l’on verra partout s’opposer l’auteur 
d’un acte à V agent d'une fonction 

àxîŒTup est, comme qualification d’Apollon, « celui qui guérit » ; 
mais ày.îGvr,p dénote le « frein » en tant que « destiné à calmer 
ou à dompter (le cheval) ». 

obraop désigne « celui *qui conduit, le chef » ; mais izxy.zr, p, 
« celui qui est chargé de guider (le gibier), le rabatteur ». 

àXsv.tup, nom du coq, est proprement « celui qui combat, qui 
défend » ; mais à/.xTqp, chez Pindare, « celui qui a mission de 
combattre (les maladies) », à propos d’Asklepios. 

àXe'ïÿrup qualifie Zeus « qui repousse (le danger) » ; mais â/.=- 
çïjt-^p « celui qui a mission de repousser (l’ennemi) ». 

àp.'jvx(»p se dit de « celui qui vient en défenseur » ; mais àp/xi- 
■tîjpeç sont les « défenses » du cerf, les andouillers (Aristote IIA 
IX, 5, 6), l’organe qui a pour fonction de repousser l’attaque. 

ap;v.ôiTT(iip est « celui qui organise une (entreprise) » ; mais dor. 
âpp.ocrrrçp, att. âpp,:trx^ç, litt. « celui qui a pour fonction d’orga- 
niser » est un titre qui répond à peu près à « gouverneur d’une 
colonie ». 

(3wt<»p est « celui qui garde le troupeau », même occasionnel- 
lement et s’il n’en a pas la charge ; mais govrçp est le bouvier de 
profession. 

i. Les références do chaque forme, données en détail dans les précédents cha- 
pitres, ne sont reprises ici que si la démonstration l’exige. 



46 


NOMS D’AGENT 


YevsTMp est le « géniteur », celui qui a engendré ou enfanté ; 
mais yîvÉTsipx -îv. un appliqué à la déesse Eleithyia (Pind. Nent. 
VIII, 2) signifie nécessairement « celle qui a mission de faire 
naître les enfants, qui les amène au jour ». 

*éap.aTtop « celui qui dompte » figure dans le composé (jtüvîç) 
-xvîa;j.rr(.>p (unique exemple de composé en -voip que Fraenkel, 
1 , p. 69, interprète douteusement par *tc 3 v Sap.x-riiip comme un 
vestige, unique aussi, de la rection verbale des noms en *-tor ) ; 
mais 3 p.Y)tvjp « dont la fonction est de dompter ». 

ciy.Ttop est « celui qui accueille » ; 2 u 8 sz,T<i>p par enallage 
« (l’héritage) qu’un autre reçoit par transmission directe » ; mais 
XTrsîîZTïjp (Xén. cf. p. 49) désigne le fonctionnaire « chargé 
de percevoir » les revenus. 

SwTOjp qualifie « celui qui donne », p. ex. Hernies ; mais les 
akc.o osTvjpîj (Hom.) s'ont les intendants « chargés de donner » le 
pain. 

èmê-fj-zup « qui monte » se dit d’un cavalier, et aussi d’un mille 
en état de saillir; mais jîxTvjp est le « seuil », nom d’instrument 
mettant en relief la fonction ; e^ap, 6avr,p, épithète poétique des 
maladies « monteuses à l’assaut ». « 

ifj YViap désigne « celui qui guide, le chef » ; mais -t^r^p, 
i'ÇVf' i xv /P> (( celui qui est capable ou chargé de guider (un 
aveugle) ». 

ôïjp^-wp, dans l’expression Oïjpvj-sps; avSpeç, désigne des hommes 
qui chassent ; mais OïjpyjTvjp est une qualification spécifique atta- 
chée à une espèce animale : hom. 0Y)pr;ri)p aieTCç « aigle chas- 
seur ». 

ixtoip est celui qui accomplit ou a accompli une guérison ; très 
net est l’exemple d’Alcman, frg. XXIII 89 -ovwv yàp ap.iv Idtviop 
s'ysvts (’Awtiç) « elle a guéri nos maux » ; mais iztvjp, Ivjtyjp est le 
guérisseur professionnel, le médecin, aussi bien en cypriote que 
chez Homère. 

é/.Twp désigne le « suppliant », celui qui est en posture de 
supplication ; mais îz/njp, « qui a charge de supplier », en parlant 
des rameaux qui ont cette fonction. 

y.a 7 .r,T(i>p « celui qui crie, annonce » est une qualification du 
héraut ; mais y.AïjTVjp chez Eschyle et en attique est un nom de. 
fonction judiciaire, le « témoin instrumentaire ». 

y.pav-wp est « celui qui achève », qui mène à chef ou est chef ; 



CONFRONTATION DE -TCOp ET DE -ir ( p 47 

mais xpocnîjps; chez Aristote (IIA. II 4 ) dénomme les « dents 
màchelières » avec une valeur de fonction évidente. Par le même 
procédé Hippocrate employait déjà ŒtoçpsvwTtjpEç comme nom des 
« dents de sagesse ». 

Ar/oTfop ne paraît pas différer de ayj'.tt r ( p « pirate », et d’autant 
moins que les formules sont à peu près pareilles : entre Tâoisi 
\r,’!jzcp£ç avops; (s 427) et Àïji<rrtjp«v ...Ta pistai (- 426), des conve- 
nances métriques semhlcnt avoir guidé le choix du poète. 
Cependant, à la lumière des autres oppositions, on peut distin- 
guer entre Tastii AYjiTiîps; avSpsî « des gens de Taphos en expé- 
dition de piraterie (m’ont enlevée) » et Xr/ffTîjpo's i-ij-sp.svc? 
Taçlowi « ligué avec les pirates de Taphos » *. 

[AV^Tiwp signifie « qui se souvient, memor » : p.vrjrcGpcÇ £cr:s 
« souvenez-vous » ; mais p.v aru/|p veut dire chez Pindare « destiné 
à rappeler », ou a qui doit se souvenir ». 

0 hv/jiüip dénomme celui qui, en fait, habite un pays : yQsvo; 
Trjao’ cl zVjTîpEç « vous qui habitez cette contrée » (Soph.) ; mais 
cixr,T^p, « celui qui doit y habiter », comme se qualifie Œdipe 
quand il demande asile à Thésée : « vous n’accueillerez pas en 
moi un habitant (sber, r/jp) inutile de ce pays » (= quelqu’un qui 
l’habitera sans profit). 

-pr/.Twp a deux sens distincts, mais qui relèvent l’un et l’autre 
de la notion d’« acte » ; ou « celui qui a fait, l’auteur » (Soph. 
Trach. a 5 i, 861, etc.) ou « celui qui réclame, qui venge » : ab-i 
-/s pt r.pb.-.zpi « d’1111 bras vengeur » (Esch. Ag. 1 1 1). Mais r.pav.zqp 
dans ses divers emplois marque toujours l’idée d’une desti- 
nation : TcpTiz-T-Jjp É'pywv « capable d’accomplir des exploits » 
(I 443 ) ; ou d’un métier : zp ïy/.rrçp « marchand » (0 662) ; ou d’une 
fonction administrative : zprg.zr# « agent chargé de recouvrer les 
amendes ». 

1. Le problème prend à peu près la même forme, faute de données explicites, 
pour dor. Xihoyp et XflTrJp « prêtre », connus par quelques témoignages épigra- 
phiques et par des gloses (cf. E. Kretschmer, Glotta, XVIII, p. 83 sq.). Nous ne 
connaissons ces noms que dans une signification consacrée qui ne laisse plus 
reconnaître les raisons de la préférence donnée, selon les parlers, « Tune ou à l’autre 
forme. Il est normal, dans la mesure où le « prêtre » assume une fonction, qu’il 
soit désigné par un mot en -xr|p. Mais on peut aussi le dénommer, en vertu de 
l’acte qu’il accomplit habituellement, par un mot en -xtop. Ainsi, dans le même 
vocabulaire religieux, ày7jTtop, qu’Hésychius définit justement par un participe : 
ïo twv ’Açpo8tT7|ç OurjXojv rjyoup.£voç tepeùç èv Kfocpct), et dans la langue judiciaire, 
<rurop « témoin ». Gf. ci-dessus, p* 16. 



48 


NOMS D’AGENT 


opxrrwp est « celui qui explique » ; mais apxcr r,p chez Xénophon 
(cf. ci-dessous p. 49) désigne « celui qui a mission d’expli- 
quer ». 

Prolongeant cette enquête dans le vocabulaire des institutions, 
on pourrait trouver à confronter plusieurs formes doubles qui 
ont vécu côte à côte à l’époque classique et dont la différence 
tient à la diversité des traditions dialectales. Par exemple Istu-wp 
« qui offre un banquet au peuple » caractérise bien celui qui 
assume occasionnellement une liturgie, mais n’accomplit pas une 
fonction ; et le dérivé b-cuTspisv, ion. kv.rpspi:'/ <1 salle du ban- 
quet » (Hérodote 1 \ 35 ) est régulier. Mais on a aussi la forme 
plus récente Irt lavrçsisv qui trahit une assimilation — justifiée 
d’ailleurs — aux noms en -Tvjp'.ov, à moins qu’on doive supposer 
un £jt « r/jp équivalent de kczizziûf, qu’à vrai dire la glose d’IIé- 
sychius ksv.scrfip ' 0 5 î-/.i| 7 .<sp,£vsç ne garantit pas absolument. — 
Mieux assurée, et conforme au principe général est la distinction 
de zpoirp atwp « celui qui fait une vente pour un autre » (Isée) et 
de zpxvr t p «vendeur (professionnel) ». D’autres mots connue 
-pxv.ztop ont déjà été cités, ou, tel le terme prpMp, seront examinés 
plus loin. 

Il est un prosateur qui emploie les deux catégories avec un 
sentiment exact de leur différence ; c’est Xénophon. O11 a 
observé dans sa langue des influences doriennes (cf. Fraenkel, 
II, p. 55 sq.). Mais pour la présente démonstration il importe 
seulement d’établir que cet auteur utilise à bon escient les noms 
en -Twp comme ceux en -zr,p. Presque tous les exemples se trouvent 
dans la Cyropédie, et nous les considérons successivement. 


-Tüjp. Astyage dit à Cyrus enfant: r.y.ilaz zi a:i àyw s-j\i,-y.'.s-.CGZ^ 
TTzpî-o) « je te donnerai de petits compagnons de jeu » (Cyr. I, 
3 , 1 4 ) ; les j'j;«rz:s7spsç sont « ceux qui jouent avec... », non 
« ceux qui sont chargés de... ». De même s-jy-px/r.opiz, yavésOai 
« aider » (« être ceux qui aident »), III, 2, 29 ; r,pu,xç yr,: 
or/.ij-wpa; « qui habitent la Médic », formule solennelle (III, 3 , 22). 


-vr t p A I 2, 3y yv(»3 ~ÿpx: s|j.ot -pïaxya-j-wv '/.ai kyyjrpxg p.rp ~:ps6- 


gz<jQxi tsb'i ty; szpzztà « amenant des gens chargés de garantir qu’ils 


partiront... » ; II 3 , 4 


Z'JT. EJOTO'.C 


x<772îts'.v sxttovs'v 


TzyaOà scXàsj; xbzcîç kznzav.zf,pxç BISarjt « à ceux qui ne veulent pas 
gagner les biens à grand effort, le dieu donne d’autres hommes 


qui les commanderont (charges de les commander) » ; VI 5 , 17 



CONFRONTATION DE ~T(up ET DE -T/jp 4 9 

xîp.'iâvrwv Sà '/.y.', hrr.^pyp wv ~py.~~z-j.vi y.x. çpaaxîjpaç wv âpwTwp,£v 
« qu’ils envoient donc des gens pour voir ce que nous faisons et 
pour répondre à nos questions » ; V, 4, 4o /ai tcv ij.Iv Tasaxav 
sù0ùv b K’jpxç . £ F /(i)v -/.ai 63-7)v (ppaix^pa /ai ûîdxoïv « ...pour lui 
indiquer la route et les points d’eau » ; VIII I, 9 f ( axv a-j-tiu /ai 
irpssîSwv àzîîîziïjpsç /ai cazav/)|j.âTwv SsTôjpsç « il avait des fonction- 
naires chargés de percevoir les revenus et d’ordonner les 
dépenses » ; VII 5, 65 xîàç —spi to iauTSa crüp.a OïpaxïUTŸjpa; « les 
hommes chargés de veiller sur sa personne (scs gardes du corps) » ; 
Hier. III 3 / u;j.avr?;paç aùisùî (seil. tw; [J.cr/cùç) vî[aîÇouo*. tîjç tûv 
- puvaizwv ®i/ea; xpîç tsv; avîpa; sivai « ils considèrent que les adul- 
tères sont les mineurs de (= se vouent en quelque sorte à ruiner) 
l’amitié des femmes pour les hommes » ; Econ. IV 3 zazoi . . .Tau 
xatpisiv yXûr-.r,pi: « de mauvais défenseurs pour leur pays » ; 
dans le même traité revient plusieurs fois èpyaax^p « cultivateur 
(professionnel) ». 

* 

* * 

Dans l’ensemble jusqu’ici cohérent des faits soumis à une 
opposition dont on s’est efforcé de justifier la constance, d 
subsiste certaines anomalies apparentes, que nous avons réservées 
pour un examen détaillé. Il y a quelques formes ou mots qui 
sont exclusivement en -xv-p ou exclusivement en -xAp depuis l’ori- 
gine et paraissent ainsi échapper au principe de l’alternance. Il 
y en a d’autres qui ont reçu une extension telle qu’elle offusque 
parfois le sens propre à leur catégorie morphologique. On doit 
les considérer un à un. 

O 11 a vu plus haut dans maint exemple la différence entre 
oiô-cop « qui donne » et Bjrijp « chargé de donner ». Eschyle offre 
cependant de o:xr,p un emploi où l’on attendrait owxwp et qui 
trouble la répartition des formes : Pro/n. 612 , Prométhée dit de 
lui-même : xjpè; gpsrsTç So-rijp’ cpS; IIps;j.y;Oc'a, qu’on traduit « tu 
vois celui qui a donné le feu aux mortels, Prométhée ». Mais je 
ne crois pas que telle soit l’intention du texte. Ici aussi Borijp est 
employé à bon escient et en sa pleine valeur, selon le rôle où 
Prométhée se voit. Car il se représente lui-même historiquement, 
et en vertu de sa prédestination, s’accorde la qualification que 
lui décerneront les hommes. Toute sa confession respire la 
conscience de sa mission et proclame sa foi dans le destin (cf. 

4 



5o 


NOMS d’agent 


v. 5 io sqq.). Il savait d’avance à quels maux il était voué : Èvà 
sk va39’ âxxvxa 7jxijrâp.7;v (v. 265), ce cri signifie: il fallait que 
cela fût. Prométhée se pose comme fatalité ; fatale était sa mis- 
sion, fatal aussi son châtiment. Sous ce regard historique dont il 
embrasse sa propre destinée, il apparaît tel qu’il s’est voulu : un 
homme investi d’une mission, un « donneur de feu ». 

Un autre mot en -x7}p est significatif, quoique de manière diffé- 
rente, par la constance de sa forme ; c’est le nom de monnaie 
exxx’^p *. Pourquoi n’a-t-il aucun doublet en -xwp ? L’emploi 
s’explique à partir de ïszr,\J-'. au sens de « peser », proprement 
« maintenir (la balance) immobile et en équilibre (en faisant 
contre-poids à l’objet pesé) ». Donc sxxx-^p est l’objet qui, mis 
dans un plateau, est destiné à équilibrer l’autre. La formation en 
-77} p est bien la seule possible ; un * 77 x 7 lop n’aurait aucun sens. 

S’il est un mot caractéristique de la catégorie en -xVjp et qui 
ait fait fortune, c’est a-wt/jp. Comme épithète divine, (avec 

son fém. sû-v.p a), contemporain des débuts de la tradition, s’est 
maintenu dans la langue littéraire et religieuse, mais tôt fixé en 
appellation formulaire. C’est dans les premiers emplois que se 
montrent les raisons qui ont déterminé la forme. On verra du 
même coup pourquoi * 7 ( 1 ) 7 wp, qui n’a jamais existé, ne pouvait 
pas être. 

Lisons d abord h. Pos. 4-5 y.yj)y. xst, ’Evv57Îyx(£, Oeei 7'.;j.f,v 
àîxaavxs | î'-uwv xs Sp.ïjTÎJp’ byt'rjx xwxïjpx 7= vr,wv 2 « les dieux t’ont 
attribué, Ebranleur de la Terre, le double privilège d’étre 
dompteur de chevaux et sauveur de navires » (Ilumhert). Par 
c;j.v}Tr ( p et awr/} p est fixée la mission de Poséidon, qui sera dieu 
des cavaliers et des navigateurs. On trouve coK-^p appliqué aux 
Dioscurcs dans l’ancien hymne homérique (vi*-v e s. av. J.-C.) qui 
leur est consacré : swx-ijpa; zl/.i rcxïîxç sixi^Oa vîuv xvOpw-iav | (l)-/.'jxspwv 
7s vsmv « (Leda) enfanta ces fils pour le salut des hommes de la 
terre et pour celui des vaisseaux rapides » (Humbert). Tel est 
bien le sens de «ox/jp : « pour le salut de... ». La valeur de l’épi- 
thète correspond à une prédestination, une aptitude. Dans ces 
deux exemples, la construction et le sens de jwxvjp vont de 

t. Auprès fie axàxrjp apparaît axaGudç, sur lequel v. J. Holt, Glnlta, XXVII, 

1939, P . 194. 

2. Tour évidemment imité de I 443 : p.uGa>v xê pvjxrjp 1 gp.sva: 7cprjxx^pa xe 
spY«oV. 



CONFRONTATION DE -T(»p ET DE -Tï)p 5l 

pair et justifient la formation : c’est un prédicat de fonction divine, 
el les dieux ainsi qualifiés sont invoqués pour le salut qu’on attend 
d’eux : 3<»-vjp devient ainsi un terme d’invocation qui se tourne 
en appellation permanente Zsù; Siorvjp, ou occasionnelle : ccuTvjp 
ysveu \j.o'. « Hernies, sauve-moi ! » (Esch. Ch. 2) ; awTïjp ïîôt, ...aval; 
"AitoXXov (Ag. 5 12) ; Tir/r, joivijp (Ag. 664 ), etc. Appliqué à d’autres 
notions, awxvjp marque aussi le salut espéré, attendu : Esch. Cho. 
264 w zaTos;, w ŒWTvjpî; istia? 7 Ta:ps; « ô enfants qui sauverez le 
foyer paternel », comme traduit bien P. Mazon ; telle est la 
mission de ces enfants, d’après le drame. — Sept. 224 xss- 
Oxpyta yap àau î'jxpxçix? | g^TTjp, yjvat, aur^ps; « la discipline 
est mère du succès qui, ô femme, nous sauvera ». — Soph. Oed. 
Col. 459 Ttjîs tv) xé Xsi xv | cioTvjp’ àpsïcrGs « vous assurerez à 
votre ville un puissant sauveur (= un homme capable de la 
sauver) », et le chœur reprend, v. 462 : « Puisque tu te proposes 
pour sauver ce pays, awr^pa tv)t;î yf,;... ». — Eur. Med. 36 o v.'ta. 
...yfii'ix T(»T-/;pa v.v.vm') ïc-jjprpv.ç, ; a quelle terre trouveras-tu qui 
puisse te délivrer de tes maux? ». 

Mais le sens du mot veut que s.nvjp, transféré du domaine de 
la qualification divine à celui des hommes ou des choses, dénote, 
après l’épreuve, celui qui a sauvé, non moins que celui qui sau- 
vera. Cela explique qu’on dote de l’épithète, comme d’une 
récompense, ceux à qui on doit son salut. Déjà chez Eschyle, 
Suppl. 982, Danaos rend grâce aux Argiens d’avoir été ses 
» sauveurs » (uwt vjpîf) et Hérodote, YII i 3 g, peut écrire : « On 
ne se tromperait pas en disant que les Athéniens ont été les 
sauveurs de la Grèce, cvoTvjpxç yevis Oxt xvjç 'EXXâSoç. » Par ce 
détour, cvoTvjp a acquis la valeur du mot en -™ p que l’emploi 
premier de l’épithète, dans sa fonction stricte, excluait. 

Parallèlement, mais en sens inverse, le mot tVrwo « témoin » 
n’a pas de forme en -xv)p. Le sens même indique pourquoi : le 
« témoin » ne sait ( *weid -) que pour avoir vu, ce qui est pleine- 
ment conforme à la valeur de -xwp. Et de fait des expressions 
similaires en d’autres langues soulignent que la « connaissance » 
du témoin est nécessairement une connaissance a acquise » : got. 
weitwojjs « témoin » est un participe parfait, et l’on en rappro- 
chera cet exemple de Démosthène : xa pt; 59.00. p.ipxupaç ùp.ïv xoùç 
ï’.ooTa; (Schulze, KZ. LIV, p. 290). - — Néanmoins si cette raison 
explique la formation de fr-wp, elle n’exclut pas encore la pos- 



52 


NOMS D’AGENT 


sibilité d’un *i<jrq? qui signifierait « chargé de voir ou de savoir » . 
Mais ici intervient le sens propre de *weid- qui désigne la 
vision (ou la connaissance) comme passive et subie, en quelque 
sorte 1 . Pour la vision intentionnelle du regard qui se porte 
sur l’objet et le saisit, on se sert de *ok w -. Or cette racine a juste- 
ment un nom d’agent en -v/jp, qui est otrc/jp (avec plusieurs com- 
posés), qui signifie en effet « chargé d’observer ; guetteur ; 
espion », et qui, en revanche, n’a pas de doublet en -Twp : un 
*o-Twp serait aussi peu concevable qu’un *? 3 -cr l p. On pouvait prévoir 
l’apparente dissymétrie de c7tTr,p et de f jxiop, puisqu’on comprend 
qu’une seule des deux formations était possible — et non la 
même — pour chacun des deux verbes. 

Nous avons laissé en dernier le mot p-^nop parce que, à la diffé- 
rence des autres, il est accompagné de pr-.r t p, mais avec un 
emploi qui, pour p r l -.r l p, aussi bien que pour pvjTwp semble contre- 
dire le principe même de la répartition que tant d’autres exemples 
ont illustrée. En quoi consiste la différence puisque prpMp passe 
pour désigner spécifiquement l’« orateur » de métier, et assume 
donc le sens qui devrait revenir à p/jT/jp? 

11 faut considérer plus attentivement qu’on ne l’a fait les 
emplois respectifs. De pïj-vjp un seul exemple, mais clair a souhait, 
est attesté chez Homère, I 44a-3. Phoenix rappelle à Achille, 
pour l’attendrir, qu’il a été son premier précepteur : tsuvsx» \j . s 
npoîV-s ho y. s và [J. vi y. 1 , zioe. izi'nx, | ts pr t -rîjp ’ îp.viy.'. zpr l '/.T9jpcc ~.z 

Ipywv 2 « ton père m’a chargé de te former à la parole et à 
l’action». Il est clair que pïjrr,p qualifie celui qui est apte à la 
parole, ^prp.v^p celui qui est apte à l’action. Les deux noms ont 
la fonction grammaticale des autres noms en ~-r t p et sont 
construits comme « prédicats d’aptitude » et régimes de verbes 
factifs. Tout cela est dans l’ordre. 

Qu’en est-il alors de pyj-ajp ? Il faut ici rectifier une erreur 
invétérée. En donnant à ce mot le sens d'« orateur de métier ». 
on s’est laissé abuser par la signification que l’usage attique a 
consacrée. Mais les premiers exemples, qui ne sont pas encore 
spécialisés, prouvent que pyjxmp a désigné seulement, en fonction 
de participe, « celui qui parle (en public) », nullement l’« orateur 

1. Cf. Vendryes, C. r. Acad. Inscr., i y 3 2 , p. 192. 

2. Vers traduit chez Cic. de Orat.. III, i 5 : k ... uti le edicerem oratorem 
verborum actoremque rerum ». 



53 


CONFRONTATION DE -Ttof ET DE -ri^p 

professionnel ». On en a peu de témoignages, mais tous concluants. 
Euripide, Hec. 125 -:m 0ï;g sîBx S’, oÇw ’AOïjvmv | Sicjûv p.éGwv piycepeç 
« les Théséides s ’ exprimèrent (devant l'Agora) en termes 
différents (bien qu’ils fussent du même avis) ». On voit que prywp 
zhw., c’est simplement « prendre la parole en public ». Euripide 
dit encore (fr. 5 g 8 ) : Tpôxcç è<jt 1 yprp- s; iaifx'/.éazzpc ç vip.cu’ | tsv 
jaIv yàp oiSatç Sv S'.acrr piÿzi xctè | prytop âüvauo, tov S’ avw y.at 
y.âvw | Xsyetç Tapaujwv icoXXâxi; 7 -up.aîvsTaï ci de bonnes coutumes 
sont plus sûres qu’une loi ; car personne ne pourrait par sa parole 
(pvyrwp) subvertir celles-là, tandis que des discours, agitant celle- 
ci en tous sens, la mettent souvent à mal ». Ici aussi p-qxiop ne 
désigne que le fait d’énoncer publiquement un avis. 

C’est ce que confirme le premier exemple épigraphique du 
mot en attique, dans le texte d’une résolution qui date du milieu 
du v e s. (Athènes, IG. P, 45 , 1 . 21): è]àv os v.ç ètiftrstfUlv. xapà 
xè[v fftéXXev £ pc]Tcp àyspstki s Trpscy.aXîaOyf 1 . èy/e psi àfa',|pecOac... La 
restitution partielle est admise comme sûre (cf. Ditt., SylP. I 67, 
1 . 20). Devant l’agora, tout Athénien adulte et en possession de 
ses droits civiques pouvait prendre la parole et discuter les pro- 
positions du prvtane. Ce faisant il était pyj-cap f ; ainsi, dans nos 
réunions publiques, l’ordre du jour appelle les « orateurs » 
inscrits, ce qui n’implique ni métier de la parole ni dons d’élo- 
quence. La loi sur la £ey.ip.*s(a pïjrcpcov qu’Eschine I 26 faisait 
remonter au temps de Solon, ne visait pas les capacités profes- 
sionnelles, mais seulement la qualification civique indispensable 
à quiconque « prenait la parole » devant l’assemblée. Du reste, ce 
sens premier de pvjtwp était bien connu des anciens, qui le défi- 
nissent clairement ; cf. Phot. pyiap ~c xa 7 .sr.cv sy.a7.stT0 6 3 vjp.ii> aup- 
cs'jÿ.ï'jcü» y Mi i sv 3 vjp.it> àyopsuwv, sus îy.av sç sïyj Xéystv site xat a8û- 
vaxoç ; et la Souda, se référant à un passage perdu de Sophocle 
(fr. 982 N 2 .) : pvjxwp, ouvvjycpoç, Si'/.oT.cycç’ y. y), b rjjv i 3 îav yv< npijv àx 0- 
çatvwv, Y.p'.zrfi T.zpz EoçoxXsï. De fait b pvjxicp dans son sens réel est 
l’équivalent exact d’e b 7 ,sywv « celui qui parle (en public) » ; cf. 


1 . Voir pour plus de détails W. Pilz, Der Rhelor im atlischen Staat, Diss. Leipzig, 

i()34- L’auteur décrit bien l’évolution du sens et dit justement des premiers 
emplois : « Wenn jemand in der Volksversammlung spriebt, so ist er prjtiop » 
{p. 11 ). Il interprète en ce sens, comme nous l’avons fait ci-dessus, les exemples 
littéraires et épigraphiques cités et souligne (p. 7 sq.) qu’ils n’ont pas encore le 
sens technique qui a prévalu assez tôt. 



54 


NOMS D AGE1ST 


Hdt. VIII 49 et Plat. Tint . 29 c b X lywv syà) y.it iipiîï; te ci y.ptxa;. 
C’est seulement avec le développement de la vie politique que 
certains brpcpsç, devenus des professionnels des débats à l’agora, 
ont fini par constituer comme une corporation (cf. Aristote, Top. 
VI, 12, 6 et Critias, fr. 597, 4 V 2 .). Puis l’influence de Gorgias et 
des sophistes a fait étendre l’appellation de pfcwp à tout homme 
qui parle en société. Désormais, dans la langue des orateurs 
attiques, une distinction s’établit entre le prjxwp, orateur qualifié 
et professionnel, et I’Limtï;;; qui parle à l’occasion et sans art. La 
technique du p-^twp reçoit alors de Platon le nom qu’elle garde 
depuis : r, pr, xcptyV,. 

Eclairée par ses premiers emplois, la forme p-fjxwp apparaît 
maintenant comme régulière et répondant pleinement à la signi- 
fication des mots en -xwp. C’est, comme toutes les autres, une 
forme à valeur participiale, dénotant seulement l'accomplisse- 
ment de la notion, et n’impliquant pas à l'origine la valeur 
spéciale qu’elle a acquise ultérieurement dans le vocabulaire 
attique. L’anomalie apparente est éliminée 1 . 

* 

* * 

L’opposition établie entre -xwp et -xr,p d’après la signification et 
l’emploi que chacune des deux catégories possède en propre 
permettent d’expliquer certaines particularités de leur histoire 
sémantique. 

La formation en -xwp est la seule des deux à fournir des noms 
propres d’hommes : 'Av.xi.ip, ’AXéxt top, Aaîxwp, Ap.rpiop, "Ex-top, 
0iŒtü)p, KaXr,xwp, Kaa-top, Mâîxtop, Msvxwp, Mr,“top, Néaxwp, ’Ov^xtop, 
Sxévxiop. Mais aucun nom propre en --r,p. Dans l’Avesta, la situa- 
tion est comparable, quoique les témoignages soient beaucoup 
moins nombreux. On a quatre noms d’hommes : Frasrütar, Vis- 
rütar, (Yt XI 1 1 121), Staolar vahistahe asa/te, Ham-baratar vaia- 
hvqm (Yt XIII 1 1 1 ), quatre noms d’origine savante, avec le voca- 
lisme des noms grecs en -xwp, confirmant que *-tor seul était 

1. Dans une note additionnelle à YAltind. Gramin., III, p. 597, Al. Debrunner 
a essayé, en prenant justement pour exemple le couple pT,T/ie/p 7 jxtüO, de déterminer 
la relation entre l’opposition gr. -Tr|p/-x(up et le double type védique en -ir. Mais il 
interprète hom. p'fjxîip’ È'p.EVon par « Redner-sein = reden » et prjxtop par 

« (berufsmâssiger) Redner », c’est-à-dire exactement à l'inverse du sens véritable. 
Il devait nécessairement conclure : « Der idg. Zustand bleibl daher unklar ». 



55 


CONFRONTATION DE -70)0 ET DE -7ï] 0 

aptc à former des noms propres. La raison de cette préférence 
exclusive découle du sens inhérent au sullixe. Dans les noms en 
*-tor est mis en relief le porteur de l’acte. Ces noms sont beau- 
coup plus « personnels », ils ont référence plus étroite à la per- 
sonne que les noms en *-ler qui absorbent l’agent dans la fonc- 
tion où il est voué. De là vient qu’on dénomme des individus 
d’après un accomplissement (réel ou présagé, nomen ome/i'), qui 
leur appartient, non en vue de ce qu’ils feront, qui dépend des 
dieux; on leur attribue un mérite actuel, non une virtualité. 

Inversement, on ne doit pas s’étonner que, pour désigner des 
instruments, c’est-à-dire ce qu’il y a de plus opposé à des auteurs 
personnels, on ait recours exclusivement à des noms en -rr,p, à 
une ou deux exceptions près : Icxtop « cheville unissant le joug 
au timon » (Ü 272), sy.xwp, ay.xwp' è iymsôp, Ip.oie, c/sivîoç liés. Dès 
Homère les noms d’instruments en -vr t p sont bien représentés : 
iop-Tfp, Çoxrs^p, y.K'.'i-.^p, y.pïjTT'p, ~hy.\).T.vr l p, paurerjp, paxy-p, cauptOT’/jp. Il v 
en a beaucoup chez Hippocrate, et la langue commune en emploie 
en attique un grand nombre : xprr,p, ipusvl)p, àp.uvT^p, y.pvjT'/jp, '|uy.- 
r/jp, zîAAYjx-ijp, ao'.y y.xvjp, y.zuj'vjp, y.Xuarrjp, y.a/.u~7-r,p, v.x-s-r^p, -zvr t p, 
r.pr^-rtp, Y.Kiùaviip, sxja ■fjp, “/apay/rrçp \ etc. Il est inutile de reproduire 
tous les exemples soigneusement colligés par E. Fraenkel 1 2 et 
dont l’énumération n’intéresse que l’histoire du vocabulaire grec. 
Citons seulement, pour marquer la persistance et la productivité 
du type en --.r,p dans la langue technique jusqu’à basse époque, 
une série de termes qui apparaît dans une liste d’instruments de 
chirurgie donnée par deux manuscrits des ix e et xi e siècles 3 : 
5 u 77 y; p , <p'j3r ( Tï|p, Ypa;j.p.'.77r l p, Siem-gp, Èv£xr ( p, y.x9srr ( p, (y.z'j/.o)y.Xu7T r ( p, 
o3ovTo;'j77(;p, isbx/.p.sjrrrrçp, -y.py./.vnr t zr l p, TzXvjprzpic-rtf, ÔTîîpêtâaax^p, 


1. Sur co mot A. Korte, Hermes, LXIV (1929), p. 6(j-86 a donné une instructive 
étude qui a échappé aux auteurs récents. Mais il pense à tort que y a par. xr|p « gra- 
veur » a reçu le sens passif de « chose gravée, marque » d’où « caractère ». En 
fait, yapar.rr'p signifie à la fois «(ouvrier) graveur» et « (poinçon) graveur», 
j>ar suite « empreinte » avec le double sens des mots de la même catégorie séman- 
tique, cf. cachai, timbre, sceau, estampille, etc., désignant en même temps l’instru- 
ment et l’empreinte. Le fait important est que yapaxxrjp, comme les autres mots 
en -: rjp, s'applique indifféremment à un homme ou à un instrument : il n’a en vue 
que la fonction. 

1. IF., XXXII, 1 9 1 3 , p. 107-147. 

3 . Cette liste, publiée par II. Schone, Hermès, XXXVIII (igo 3 ), p. 280-284 
(citée par Korte, l. c.), n’a été utilisée ni par E. Fraenkel ni dans aucune des 
éludes ultérieures. 



56 


KOMS d’aGEXT 


etc., tous noms qui devaient être depuis longtemps en usage 
dans la langue médicale. C’est le propre des mots en -x^p, qui 
désignent l’agent d’une fonction, de se spécialiser, par une évo- 
lution inéluctable, dans la dénomination des instruments, qui 
n’existent que pour leur fonction. 

Un troisième fait notable est la substitution progressive qui 
s’est opérée en grec, surtout grâce à la composition, de -zry à 
-xr,p. Le procès a été bien décrit historiquement dans l’ouvrage 
d’Ernst Fraenkel. Mais il reste à trouver la raison du phéno- 
mène. Pourquoi -xr,ç s’est-il étendu aux dépens de -xr ( p? Sans 
insister sur la structure morphologique des dérivés en -ty)ç 1 , il 
faut chercher l’explication dans le sens du suffixe -xï)ç, qui est le 
même pour tous les dérivés, aussi bien îo(xt;ç, ïreÂccr.ç que àyc pr ( - 
ty;ç, cbitiffT c t z, ou tSiuTïjç. Le rôle de -xrjç est « classificateur » ou 
« catégoriscur » : il indique que le sujet fait partie d’un groupe, 
il l’intègre dans un ensemble. Concrètement il qualifie des indi- 
vidus en tant qu’ils appartiennent à une classe. Or on a vu 
(p. 44) que -xijp, forme entre autres, des noms de « fonction- 
naires ». Par là voisinaient les deux catégories, et ces dénomina- 
tions ont pu passer d’une classe à l’autre. Entre à;xoù0.c§xTï;p, 
©ukay.TYjp et àypciumjç, Ocopïjxx^ç le contact sémantique favorisait 
l’échange, qui se marque d’abord par la création de doublets 
déjà homériques: Ô 7 )psux^p -xrjç ; •Auîepvïjxvjp -vqç ; by/rprr# -x-/jç, puis 
par le développement des noms en -xyjç. C’est avant tout à la 
similitude des fonctions sur une partie de l’aire respective des 
deux suffixes qu’est due la substitution du second au premier. 

i. Outre Fraenkel, et. Riscli, XVorlbild. der hom. Spr., p. 28 sq. e( une étude, 
à paraître prochainement, de M. G. Iledard sur les mots en -ittjç. 



CHAPITRE IV 


NOMS D’AGENT EN D’AUTRES LANGUES 


En lutin aucune distinction morphologique ne signale plus les 
deux formations anciennes. Il ne subsiste qu’un type unique en 
-tor. Il vaut cependant la peine d’indiquer que la fonction n’en est 
pas unitaire et que les noms latins en - tor assument à la fois les 
deux fonctions que l’indo-iranien et le grec expriment par des 
suffixes différents. Quelques exemples de Tite-Live font appa- 
raître la différence : 

D’abord le nom d 'auteur : Mettius ille est ductor itineris huius, 
Mettius idem huius machinator helli, Mettius foederis Romani 
Alhanique ruptor « c’est Mettius qui a conduit..., qui a 
machiné..., qui a rompu... » (Liv. I 28, G). La valeur verbale 
de -tor est bien présente ici. 

Mais -tor qualifie aussi le nom d’agent, substitut latin du nom 
en *-ter, employé en prédicat avec fonction de destination : qui 
spectator erat amoeendus, eum ipsum fortuna exactorcm suppli- 
eii dédit « celui qui aurait dû môme spectateur être écarté, c’est 
celui-là justement que la fortune rendit exécuteur du châtiment » 
(Liv. Il 5 , 5 ). A l’expression eum exaclorem supplicii dédit répon- 
drait en grec tsStsv -rpaxTlj px Tipuiipiaç èzîîyjîjî. Ainsi encore : ulto- 
res superbine palrum adesse deos « les dieux venaient pour punir 
l’orgueil des sénateurs » (Liv. Il 2/1, 2). 

On s’étonnerait sans doute de ne pas trouver mention ici de 
l’expression orator iusta qu’on cite toujours comme exemple de 
la rection verbale d’un nom latin en -tor (cf. Hofmann, Lal. 
Synt., p. 3 y 8 ). Mais nous 11e nous y arrêtons que pour l’écarter, 
car c’est une simple fabrication. Dans le texte de Piaule Ampli. 34 
nam iusta ab iustis iustus sum orator dalus, toute la valeur de 



58 


NOMS D’AGENT 


l’exemple repose sur iusta ; mais iusta est une correction de iuste 
que donne la tradition. L’intérêt qu’on a attaché à cette correc- 
tion l’a fait considérer à tort comme certaine. On a cru faire 
apparaître en latin ancien une survivance de la rection verbale des- 
noms en *-tor. Cela procède en réalité d’une conception erronée 
de la fonction du nom d’agent dans la phrase de Plaute : ici ora- 
tor est prédicat et marque la destination : « j’ai été chargé de 
solliciter ». En pareil emploi, qui est celui d’un nom en *-ter, la 
construction n’est jamais verbale, mais toujours nominale. Nous 
avons ici l’équivalent, non de data vasuni, mais de data vasuncim. 
Un iusta... orator, s’il était attesté sûrement, ne pourrait être 
qu’une anomalie. Cette raison s’ajoute à d’autres objections 
qui n’ont pas été assez considérées, pour nous faire rejeter cette 
correction au texte de Plaute. La construction indo-iranienne 
des noms d’auteur en Ltar n’a aucun parallèle en latin 
ancien. 

Seules donc la comparaison avec l’état indo-iranien et grec et la 
distinction des deux types de noms d’agent révèlent qu’il y a en 
latin deux fonctions ramenées à une seule. Les nombreux noms 
de fonction en -tor du type de praetor, c/uaestor, qui sont de 
date italique (osque kvaisztur, ombr. ufttitr), tout en continuant 
directement la fonction de véd. hdtv, gr. àyvpcop, recueillent 
aussi l’héritage des noms en *-ter. Il serait vain de chercher à 
classifier d’après leur sens des mots qui, synchroniquement, 
appartiennent à la même série. 

M ais il subsiste un indice de la relation qui a contaminé certains 
des noms latins en - tor avec la fonction de destination ou d’apti- 
tude qui était propre aux noms en *-ter : c’esl la formation latine 
en *-lïra, dont les particularités seront étudiées (p. ioi) avec 
l’ensemble morphologique dont elle dépend. 

* 

* * 

La distinction ainsi tracée entre les deux classes de noms 
d’agent est, dans l’histoire de l’indo-européen, d’une antiquité 
et d’une constance que l’ampleur des faits engagés montre assez. 

I. Cf. Bôgel, Jahrb. Kl. Phil., Suppl. XXVIII, p. 84 sq. et Fraenkcl, I, p. 70, 
11. I. K. Lôfstedt, Syntactica, I, p. ig8, n. 1, écarte aussi, avec raison, le iusta de 
Léo au profit de iuste mss. ou de iustae (scil. rei ) de Lindsay. De même l’éd. Ernout. 



noms d’agent en d’autres langues 


»0 


Mais est-ce là une particularité de l’indo-européen '? ou l’expression 
du nom d’agent est-elle nécessairement et par nature assujettie 
aux deux types que nous avons distingués ici ? On ne pourrait y 
répondre que par des preuves de fait, qu’il est très diiïicile de 
rassembler. Dans la plupart des descriptions linguistiques, quand 
on fait état des « noms d’agent » (ou des noms d’action), c’est 
comme d’une catégorie uniforme dont seule la définition est 
posée. Les auteurs ne donnent en général aucune attention à des 
différences possibles d’emplois, même quand ces noms d’agent 
se signalent par des formations distinctes ou par une syntaxe 
particulière. On souhaite que la présente étude incite les 
descripteurs de langues peu connues à des investigations 
nouvelles. 

Dès à présent on peut signaler, sur d’autres domaines, des 
oppositions semblables à celles que nous constatons en indo- 
européen. 

En arabe, S. de Sacy (Gramm. arabe II, p. 1 88) a bien décrit 
une variation significative dans la syntaxe du nom d’agent, du 
’ismu 'l-fa’il : « Si le nom d’agent est employé sans article, il 
faut qu’il exprime un événement présent ou futur; s’il exprime 
un événement passé, il ne peut plus être qu’en rapport d’an- 
nexion à la manière des noms, et il gouverne son complément 
au génitif. » En d’autres termes, le nom d’agent a deux construc- 
tions : nominale quand il est le prédicat d’une action passée 
(= a celui qui a fait »); verbale quand il désigne l’agent d’une 
action présente ou future (— « celui qui fait ou fera »). C’est à 
peu près la distinction établie pour l’indo-européen, au moins 
sous le rapport du temps, entre -tor (auteur d’une action accom- 
plie) et -ter (agent d’une action à accomplir) bien que cette dis- 
tinction se réalise, à travers des structures linguistiques diffé- 
rentes, par des procédés opposés : à l’encontre de l’arabe, 
l’indo-européen emploie une forme à valeur verbale pour le 
passé, à valeur nominale pour l’éventuel et le futur. L’essentiel 
est que les fonctions du nom d’agent se trouvent soumises 
en arabe à une différenciation qui évoque celle de l’indo- 
européen. 

Nous l’observerons mieux dans une langue amérindienne, en 
takelma (S. W. de l’Oregon) où nous disposons de la précieuse 
description de Sapir ( HAIL . II, p. 208-9). O n a dans ce parler 



6o 


NOMS d’agent 


plusieurs formations de noms d’agent, notamment en -(afs 
et en -sü a . Certains verbes fournissent les deux formations 
à la fois, mais non avec le même sens. Sapir dit à ce propos : 
« Not infrequently there is a distinct feeling of disparagement 
in a -sâ a - agentive as compared with one in -'s ; e. g. hog w d’s 
« good runner », but hdk'sâ a « one who always runs (because of 
fear) ». Il faut noter en outre le « strongly verbal colouring of 
the agentive in - S s » qui le fait employer avec valeur finale : hoi- 
da l s di me’-ginigàt' « did you corne to dance? (i. e. as dancer)». 
Ces emplois permettent de reconnaître le principe de la différence. 
Le nom d’agent en -sü a - marque l’action habituelle passée ou 
présente : /idk'së 11 « celui qui court toujours, qui ne sait que 
courir » (d’où le sens méprisant de « fuyard ») ; mais avec -‘s on 
obtient un nom indiquant capacité, aptitude ou destination : 
hog w d l s « apte à courir ]> bon coureur », xuma-k !emna‘s « fai- 
seur de nourriture > cuisinier », et par suite le substitut d’une 
forme verbale marquant intention : « (il est venu) boulât 1 s comme 
danseur > pour danser ». C’est exactement le principe de la 
distinction entre i. e. *-tor et *-ler, le premier indiquant l’auteur 
d’une action habituelle ou non, passée ou présente; l’autre, le 
porteur d’une capacité, souvent chargé d’une valeur « finale » 
qui l’amène à remplacer une forme de futur ou d’infinitif. 

Mais ne cherchons pas si loin. On peut retrouver cette dis- 
tinction à l’état diffus en français, où les noms d’agent en -(t)eur 
tendent à se répartir en deux classes. Un premier ensemble est 
constitué par des noms à valeur participiale, accompagnés d’une 
détermination : le libérateur du territoire, Y inventeur du phono- 
graphe, le fondateur de Rome, le vainqueur de Troie. Ce sont 
des noms d’ « auteur » qui hypostasient dans le sujet un acte 
particulier et qualifient un homme d’après un accomplissement. 
Cette classe comprend aussi des noms qui se rapportent il une 
activité momentanée, mais actuelle : un promeneur, un consom- 
mateur, un spectateur . Mais il se forme aussi une seconde caté- 
gorie, très abondante et qui va s’enrichissant, de noms dénotant 
un sujet d’après la fonction à laquelle il est voué, même s’il ne 
l’exerce pas. Un électeur est habilité à élire; il reste électeur 
même sans participer à aucune élection ; on peut être inspecteur 
et ne rien inspecter; un tailleur sans emploi reste un tailleur. De 
même un aspirateur garde son nom même s’il n’a jamais été en 



noms d’agent en d’autres langues 6i 

usage. 11 faut et il suffit qu’on soit destiné à une fonction, modelé 
en vue d’une fonction, pour que le nom d’agent se justifie. La 
différence entre ces deux classes reproduit en somme celle qui 
a été ci-dessus établie pour l’indo-européen. Elle s’accentue 
môme à mesure que les besoins renouvelés de la technique 
créent des désignations toujours plus spécialisées. Il importe peu 
que ces mots en -( i)eur désignent des hommes ou des instru- 
ments, c’est là affaire de « parole », de nécessités locales et 
imprévisibles. On ne devinerait pas, si on ne le savait, que 
chauffeur s’applique à un homme, brûleur à un appareil, et il est 
d’ailleurs inévitable, dans une civilisation de plus en plus méca- 
nisée, que les tâches humaines s’assimilent à des fonctions d’ins- 
truments. Au point de vue sémantique, seule compte la distinction 
entre les deux catégories de noms. Parfois l’usage permet le 
même mot en deux sens : vendeur dans un acte de vente, et ven- 
deur de magasin; auditeur d’une représentation et auditeur au 
Conseil d’Etat; lecteur d’un livre et lecteur d’Université. Mais le 
sentiment de la différence fait utiliser des formations distinctes, 
notamment l’opposition de -eur et de -ateur : on qualifie de 
donateur celui qui a fait un don, mais il se crée un mot donneur 
dans une acception nouvelle et de caractère professionnel, « don- 
neur de sang » ; — un sauveur est tel parce qu’il a sauvé ; mais 
sauveteur devient un nom de métier ; — un dègusteur occasionnel 
est autre chose qu’un dégustateur de vins, etc. 

L’existence de deux types de noms d’agent n’est donc pas liée 
à une certaine famille de langues ni à une structure linguistique 
définie. Elle peut se réaliser dans des conditions historiques très 
variées, chaque fois qu’on veut opposer, dans la désignation du 
sujet agissant, des modes d’action sentis comme distincts. L’ob- 
servation faite pour les noms d’agent en français vaut aussi pour 
l’anglais, à peu de choses près. Angl. shaker est un nom d’ins- 
trument, comme gr. /.pa-vjp et pour la même raison, ainsi que 
quantité de noms de la même série, drawer, counler, container, 
seater, etc,., qui se distinguent par le sens de ceux qui indiquent 
l’auteur d’un acte, maker, founder, giver etc. Mais ail. Sleiger 
désigne d’une part l’homme, qui grimpe, de l’autre le sentier qui 
grimpe. 11 manque ici un moyen de différencier plus nettement 
les deux aspects sémantiques, alors que fr. -eur et -ateur y 
servent en quelque mesure. 



Ô2 


NOMS D 1 AGENT 


CONCLUSION 

Pour conclure ces analyses successives, il sulfit de reprendre 
ce que chacune d'elles nous a appris et que tour à tour les autres 
ont confirmé. Les trois principales langues anciennes ou si l’on 
préfère, l’indo-iranien et le grec ont hérité, conservé et partiel- 
lement développé une double formation suffixale : * L tor et *-tér, 
qui permettait de former deux types de noms d’agent, contrastés 
par leur structure, leur sens et leur emploi : 

1 ° *'. tor indique 1’ « auteur », désigné à partir de l’acte qu'il 
a accompli, et caractérisé par la possession de cet accomplisse- 
ment. Expression quasi-participiale, fortement attachée au verbe, 
et signalée par une rection verbale. Adjectif ou substantif, le nom 
en *-tor transforme en prédicat personnel la performance d’un 
acte, unique ou répété, intériorisé dans l’auteur et qui devient 
sa propriété ; 

2 ° -ter, à l’encontre, indique 1’ « agent », voué par destina- 
tion, aptitude ou nécessité à une certaine activité. Il importe peu 
que cette activité soit ou non pratiquée : le nom en -tèr caracté- 
rise l’ètre comme voué h une fonction, et en quelque sorte 
enfermé dans sa fonction. Il se construit donc souvent comme 
prédicat de futurité, d’intention, d’aptitude, et dans le vocabu- 
laire, il manifeste sa valeur comme indice de noms d’instruments. 

Autant *-tor est « personnel » et « singulier » par définition 
(c’est un certain acte qui est souligné comme prédicat possessif 
d’un certain sujet), autant -*ter tend à abolir l’individualité dans 
la fonction qui l'absorbe et à l’uniformiser dans une classe. Un 
*dotor est défini comme « celui qui a donné ou donne », le sujet 
possède et domine son acte. Mais un *dotér est « voué à don- 
ner », par fonction, aptitude ou prédestination; il est intérieur 
à son activité. Le premier se caractérise par son « avoir » ; le 
second par son « étre-à... ». 

Il apparaît donc que la relation de 1’ « agent » à 1’ « action » 
donne lieu en indo-européen à deux représentations et à deux 
expressions distinctes en ce qui concerne 1’ « agent ». Il reste à 
voir comment, de son côté, est conçue et exprimée 1’ « action ». 



DEUXIÈME PARTIE 

NOMS D’ACTION 



Les classes de noms dits « abstraits » constituent en indo- 
européen une des catégories les plus intéressantes, en apparence 
les plus claires, et dont l’étude pose des questions intra- ou 
extra-linguistiques de haute portée. Mais en réalité la descrip- 
tion et l’analyse en restent si insuffisantes qu’on no saurait 
encore embrasser le problème dans toute son extension. 

Nous avons donc choisi les deux suffixes *-ti- et *-tu- comme 
susceptibles de représenter valablement cette catégorie. Ils sont 
dans la plupart des langues employés conjointement à la forma- 
tion de dérivés parallèles et demeurent longtemps productifs. 
On les classifie l’un et l’autre, sans autre différence que celle de 
leur forme, comme suffixes de « noms d’action ». Ils ont concouru 
à créer une grande partie du vocabulaire abstrait et permis l’éla- 
boration de concepts essentiels aussi bien que de nouvelles espèces 
grammaticales. Comme « noms verbaux », ils ont constitué une 
large portion des infinitifs et des supins. Cette position centrale 
leur confère une signification en quelque sorte exemplaire. 

Nous tentons ici de les définir, c’est-à-dire d’abord de les dif- 
férencier. Comme pour les noms d’agent, nous procédons à une 
confrontation des deux types et à une analyse des valeurs res- 
pectives dans les principales langues. Des raisons de commodité 
nous font commencer par le grec; les faits homériques se prêtent 
à un examen synchronique et exhaustif d’où se dégagent les grands 
traits d’une opposition constante, précise, et que les autres langues 
confirmeront. 



CHAPITRE V 


LES NOMS GRECS EN -xûç 


Nous avons eu l’occasion dans une autre étude ( Origines , p. 71) 
d'insister sur le caractère fortement verbal des noms grecs en 
-tu-. Cette définition a été reprise et développée par d’autres 
auteurs 1 . Tout en la maintenant, il nous paraît maintenant pos- 
sible et nécessaire de la préciser, car il y a d’autres formations, 
celle en -aie particulièrement, auxquelles un sens verbal pourrait 
aussi être reconnu. De même que la langue dispose de plusieurs 
manières d’exprimer la notion verbale, de même se différencient 
les noms qui y portent référence. 

Pour accéder à une définition, nous procéderons à un examen 
de tous les mots en -xùç, sans souci du type de formation dont 
ils relèvent, qu’ils soient tirés de verbes primaires ou de déno- 
minatifs, en vue d’en éclaircir la signification 2 . L’analyse peut 
procéder par deux voies, que nous suivrons concurremment. 
L’une consiste à confronter -xù; avec d’autres suffixes, notamment 
-v.c, dans les mots dont le radical a fourni plusieurs dérivés. On 
établit ainsi des oppositions d’où ressort la valeur respective des 
suffixes. L’autre est de rechercher la nature du rapport qui 
associe -xâç au nom en -x-rçp. On remarque en effet que très sou- 
vent les abstraits en -tù? font couple avec des agents en -xrjp ou 
en -x-qç: pour ne citer que quelques exemples : [Bpwxjç: gpojx^p — 
p.rrpxùç : p.rrp-.-fip — Ar/.axùç : Xr,iaxV;p — cp/^xxûç : ipyr^vqp (-tv*;) — 
ày.ivxwx'jç : àxs-msx^ç — ôapwxuç : captax^ç, etc. Plusieurs autres 

1. Cf. pour le sanskrit, Renou, Monographies sanskrites, II ; pour le grec, 
J. Huit, op. cit., p. 80, 89. 

2. Le relevé qui suit inclut tous les mots en -xé; attestés (féminins et oxytons), 
à l’exclusion (les mots d’autre genre ou de catégorie différente : asxu, txuç, txîxuî, 
etc., etc. 


5 



NOMS D ACTION 


66 

seront cités par la suite. Le fait n’a pas échappé à E. Fraenkcl 
qui le signale au passage (I p. 32, n. 2) mais sans en rien tirer, 
et il n'a pas été relevé depuis, sauf une mention incidente chez 
Riseh, Worlbild. derhom. Spr. p. 36. Ce rapprochement, demeuré 
stérile, parce qu’on s’est borné à juxtaposer des formes, est de 
haute portée; entre l’une et l'autre série une liaison fonction- 
nelle se révèle, que l’examen analytique confirmera. 

n'est pas le fait de discourir, ni le discours en tant 
qu’il est prononcé, mais X aptitude à parler, le don de parole : 

0 168 Txâvxîaa'. Ôssl. . . 3;8 suî;v... «vspVÜv (l ^ es dieux n’accordent 
pas à tous le don de parole ». Ici s’affirme aussitôt une valeur 
subjective d’aptitude, de capacité, qui, on va le voir tout au long 
de l'énumération qui suit, est inhérente à la formation en -xu; 
comme sa propriété fondamentale. Mais àyipaTi; « achat » (Plat. 
Sop/i. 219 d), dérivé de àyjpaÇo), est un autre mot, et ne peut être 
confronté à zyzprpû:. 

« bienveillance » dénote une capacité affective, non une 
notion réalisée : «fi 3o6 aù yap xeu àvv.ôsX^astç | Ÿ;;j.£Tîp(;) èv; 

cvjp.w, <1 tu ne rencontreras chez personne dispositions bienveil- 
lantes ». 

iXsïjxû; indique de même une disposition subjective à la 
« pitié », non le fait de. s’apitoyer : p 45 1 eux;; èwayssiç où3’ â/.sr,- 
x'j: | àX/.îxpuüv yapûraaOx'. « ils n’ont pas de retenue ni de pitié a 
faire largesse du bien d’autrui ». A noter le contraste de forma- 
tion entre è-icyesiç et s>.£ï)xjç : « ils ne se retiennent pas » (fait 
objectif) et « ils n’éprouvent pas de pitié » (disposition subjec- 
tive); — ; 82 sir/, s-'.oz spsvÉsvxs; oùs ’ è/,er ( xûv « sans un remords 
au cœur et sans pitié d’autrui » (Bérard). C’est bien parce que 
ce verbe 11e se prêtait pas à fournir d’autre abstrait que subjectif 
que un *sXirp’.ç manque. Plus tard, èXenjxiiç a été remplacé par $X-r ( - 
;j,sj'j vr, qui présente deux traits significatifs ; la dérivation à partir 
d’un adjectif en -gwv marquant « celui qui éprouve... », et la 
suffixation en -su vr,, nouveau dérivé de*-tu-, 

sz'.x'j; est rendu par « festin ». Mais le mot ordinaire est hom. 
s a;xr, et il y a en outre l’abstrait Saîffiç. La différence ressort des 
emplois : 3a ivr, est le festin comme réalité matérielle, cf r, 5o 3a;- 
xr,v oaivypisvsu; K 45o èv 8a;xï)<7i •/.a; siXaixivip; rapsaxat ; mais 3a;xu; 
est bien plutôt le droit de festiner et le groupe de ceux qui ont 
ce droit; c’cst pourquoi l’enfant qui a père et mère peut chasser 



LES NOMS GRECS EN -v!)S 


67 


è* Sacrée; l’orphelin que nul ne protège (X 496); l’emploi de Sac- 
ré; souligne cette différence de condition légale. Par contre, oœî- 
ciç est en crétois le « partage (effectif) » : Gort. V 47 a'M v.y. 
y.pl\i.y.-.x SaTioiJ.îVct zu'fy\p)tzy.zy~t. àvw ràv Sataiv « si, partageant 
l’argent, ils ne s’accordent pas au sujet du partage » (cf. IV 25 ). 
Et îa'.Oixs; attesté épigraphiquement plus tard (IG. XIV 3 ü 2 , II 
23 , 75 Halaesa) signifie « portion de terre louée » par opposition 
à y.ASpi; « portion attribuée parle sort », ou « mode de partage » 
(IG. XII, 5 , 5 o Naxos). 

ZpMzûç est mis en valeur dans un passage où, à quelques vers 
d'intervalle, il est opposé à (3pà>siç : T 2o5 ûp.sï; 0 ’ èç (SpwTÙv spé- 
vsti» « (nos compagnons gisent, abattus), et vous, vous nous 
exhortez à manger! ». Mais un peu plus loin (v. 260) irpiv 3 -’ 
x'i '{[).?.'{ 1 ©0,sv v.y.-.y. Aaip.iv ’iïiyj | jj Tzbziq oà 3 È ppwnç « (tant 
que nos compagnons 11e seront pas vengés), ni boisson ni nour- 
riture ne sauraient passer mon gosier ». Le contraste est frap- 
pant entre le « manger » comme disposition subjective (^pwTàç) 
et le « manger » comme réalité matérielle (Ppoie’.;). Dans un 
autre exemple de , 6 p<oxé; (a 407), le sens est discuté : z'r/.îv. y.S'j- 
()ete ÔujjiM jüpio-rjv cjSk «TtjTa « vos cœurs 11e portent plus le man- 
ger et le boire » (Bérard), mais en tout cas la valeur de (âpioré; 
<c disposition à manger » est nette et soulignée par fbp.ù. Elle 
s'oppose encore à celle de fipwziç qui désigne toujours la a nour- 
riture » concrète: y. 176 espx h vy;'’ 0;Ÿj flpüziq te -oz\z te « tant 
qu'il y aura sur notre vaisseau nourriture et boisson » ; £ 246 
3 ét(s)... pp< 7 )î:v te r.sisin te; 248 sOe zti (Spwaiv te zo îiv te. 

Êor,T'j; fait partie du môme groupe sémantique que Sr.rjç et jjpw- 
T'jç et en partage la signification. L’emploi le plus fréquent est la 
formule A 469, etc. (et h. Apoll. 5 i 3 ) stteI tcuisç y.xi ïlrpùzç è; ïpz't 
evt; « ils satisfirent le désir de boire et de manger » ; avec des 
verbes tels que « jouir », A 780 ir.ei zi.pr^T , ;;.sv ïlrpùzq r { iï ttît'^tte ; 
ou a penser » T 23 1 p,ep.v?j<îÔai r.imoç zai il rpùoq) ou « se rassa- 
sier » p 6 o 3 ~'/.r l zoc\j.viz: l’ apx 9 'jp.ov ÈïvjTéoç rçSs 'ïtctïjtoç, ou au 
contraire a être à jeun » T 820 ip.iv xijp... r.iaizz y.m s 3 r,- 

t'j : ç; 3 788 et h. Cer. 200 i-xz-.oq ilrpùoq irç 3 è xot-^tc;. Ainsi lié à 
des substantifs et verbes de sentiment (spoç, ôup.sç, v.f,p, TipirsaOa!, 
etc.), è3y,t3ç marque la disposition subjective à manger, et même 
Y envie de manger. 

■fpx~TÛç est dans l’expression <» 229 yponTtiiî «’aeeivwv (a évitant 



68 


NOMS D ACTION 


les égratignures ») l’équivalent d'une forme verbale médio-pas- 
sive (« évitant d’être égratigné »), et donc 1’ « égratignurc » 
comme ressentie, alors que *ypx(J/i; indiquerait la réalisation 
matérielle (= « évitant d’égratigner »). 

-avuîTÛ; « fait de tendre (l’arc) » : <p 112 p.r ( o’ ’éx t tsEsj | Svjpèv 
àitsTpwKàésOs xavimiisî « ne tardez pas plus longtemps à tendre 
l’arc ». Malgré la liaison — exceptionnelle — du mot en -~.ùç 
avec un génitif « objectif » (mais comment se serait-on exprimé 
autrement ?), tavac-wç montre les caractères inhérents à la forma- 
tion. 11 a ici une fonction quasi verbale de nom d’ « intention », 
déterminée par la forme moyenne àxsxpioxxuOz, et marque que 
l’opération est conçue comme exercice de celui qui l’accomplit ; 
on verra en elfet plus loin que des dénominations d’exercices 
physiques sont de forme en -~ùç en tant qu’elles impliquent dans 
la notion la « subjectivité » de l’agent. Au contraire -tivuai; (Ilip- 
pocr. Art. I 833) est la « tension », objectivement constatée, d'un 
organe. 

•/.Xerajç (à lire ainsi au lieu de y.M-éç, cf. Wackernagel, Sprachl. 
Untersuch. p. 73 sq.) est détourné dans l’acception concrète de 
u pente, colline » (II 3qo, s 470 ). Mais la relation à -/.)dvw est 
visible ; c’est proprement la « disposition inclinée, l’être-en- 
pente » du terrain; « inclinaison » et « inclination », ne l'ou- 
blions pas, ne se sont différenciés en français que tardivement. 
En regard, -ûJ.a\ç désigne le « fait de fléchir (un membre, ou le 
sens de la marche, ou les formes d’un mot) ». 

xAaw-ü; « privation (de la vue), cécité » a un emploi caracté- 
ristique (î. 5o3) : aï vAi tic es... èçOxAp.oü sïpïjvai is'.v.sArq'/ à’kxuxù'i 
ic si quelqu’un t’interroge sur la cécité malheureuse de ton reil » 
(— « te demande comment tu as eu l’infortune de le perdre »). 
Il est en liaison « subjective » avec op0a).p,;3 « le fait que ton œil 
est crevé » et décrit le fait comme une disposition, un état de 
l’organe. 

[ixqexjç est, significativement, l’abstrait de \i.rqevqp « préten- 
dant » (cf. p. 64); les deux formations ont en commun une 
fonction qui apparaît clairement ici. On a vu (p. 38) que [vrqe-.-qç, 
a valeur de nom de métier ou de destination. Or [xvïîffTÜç indique 
a le courtiser » comme exercice de celui qui le pratique, comme 
disposition subjective; c’est proprement a la pratique du métier 
de prétendant, de l’état de p.rqevqp » et \i.rqevjc sert de régime 



LES NOMS GRECS ES 


«9 


grammatical à des verbes de sens « interne » : 299 où yxp xph 
TrsosîsOa'. ois|j.at ulaç ’Ayaiôw | p/or ( <jxiJsç xpyx'hér,: « ils ne cesseront 
pas leur cour irritante » ; - 294 — x i 3 ;j ;'r t moç... y.axawyûvïjX£ Socxa 
y.M [xvyja-TÛv <( (j’ai redouté que vous ne souilliez ma table) et vos 
projets d’ hymen » comme traduit bien Bérard. A ;j.vyj<jxijç « condi- 
tion du prétendant » s’oppose [i.rrpiv.x, qui définit objectivement 
le « fait de rechercher en mariage » ; Platon dit métaphorique- 
ment d’un sujet qui est à traiter (d’un sujet vierge, dirions- 
nous) : sixl èv [AVïjaTêîjs « il est ouvert à la compétition » ( Menex . 
23 q e). 

Sans égard à la chronologie, comparons à g,VY;<jxjç/p.vr ( !TXs!a les 
deux abstraits Xyjwxÿç et 'rrpr.zix « brigandage » . Arjiaxùç (qui va 
évidemment avec Xvjisx^p comme [j.rr^-jq avec p.vïjcx^p) est chez 
Hérodote \ 6, 2 Çwîtv xr.b xo'tÂp.o'j y. *1 Xyjgxijo: ; donc c’est X exer- 
cice du pillage, le pillage comme conduite du pilleur. Mais Thuc. 
I 5 , 3 « l’usage de porter les armes est une survivance xxb vr,q 
xxrx'.x; Xyjs-csi laq, des temps anciens où chacun pillait » ; rrp-v.x 
est seulement l’action de fait, hors de celui qui l’exerce. Le paral- 
lélisme des significations se vérifie ici aussi. 

Tout aussi nette est celle de •/.iQapwtüç qui désigne la « capa- 
cité, X art de jouer de la cithare » : B 600 xl Sà yo'/Msxp.z'ixi... 
àzXiXxÔ o'i ziOapirniv « les Muses courroucées firent oublier à Tha- 
mvris l’art de la cithare » (où il excellait). Par contre yJlxpi'S'.q 
(Plat. Prolag. 325 e) est le fait de jouer de la cithare, l’accom- 
plissement du y.tOzpîÇs'.v ; et zt 0 zpw[ xi; indique le déroulement 
même du jeu : Callim. Dél. 3i2 <jov rcepl $b>p.ov sysipopivou y.'.ôzpijp.îj 
y.jy.Xtsv ùp-/-(j"avT3 « ils dansaient en cercle autour de ton autel au 
son de la cithare » (Cahen). 

bpyrp-ûq est clairement Xart de la danse: N 731 (cf. 0 253 ) aXXw 
S ’ àSw/.s Osée ■ . • ‘épyx, àXX< : > 0 ’ ipyr^-jy ; ou la disposition à danser: 
a 1 02 xste'.v p.àv èvl opsatv aXXa p.ip.rj/.z'. j [J.î'/Ævj x’ bpyrfliùq xs ; ou 
l'exercice de la danse, source de plaisir : x 4 a 1 = s 3 o 4 ci S’ à; 
àpyrp-.b'i -pz'l/xp.s'/oi xàp-ovxî, cf. p 6 o 5 , toujours la danse comme 
pratique, aptitude ou disposition. Tout autre est 'ipyr t T.q qui 
dénote X acte même de danser : Hérodote I 202, 2 iq 0 iq cpyrp’.'i 
àvîjxaaO ai a (ils s’enivrent de plus en plus) jusqu’au moment où 
ils se dressent pour la danse » ; VI 129, 4 S'.à xyjv xs cpyïjtuv -/.ai 
àvaiSîiav « (il refusa de l’accepter pour gendre) à cause de la 
danse impudique (que celui-ci avait effectivement dansée) ». — 



7o 


NOMS D’ACTION 


Encore différent est bpyrfi\i.iç qui définit les mouvements mômes 
de la danse. 

%Psji. 3 jcaixtcû; « bruit de castagnettes » (h. Apoll. 162) est une 
forme suspecte à laquelle il faut probablement substituer, avec 
J. Humbert, ^ajASaXiaoriç qui donne un meilleur sens : gîxvtmv g’ 
àvôpwmov qpwvàç y,xi (3xpia/aa3Tyv | gip-sTsO’ îîxîiv « les langues de 
tous les hommes et leur parler confus, elles savent les imiter ». 
En tout cas, l’emploi du mot en -rùç est justifié ici comme dans 
les exemples qui précèdent ; il s’agit d’une pratique où se 
manifeste une capacité. 

a-/.îv tisTÜç « lancement du javelot » est spécifié par le contexte: 
’P 622 oàâs xxov-cigt^v ègîggîxi « tu n’entreras pas dans le tour- 
noi dos javelots ». Nous avons ici une épreuve, où s’affirme la 
capacité do lancer; àxovTwrûç fait groupe avec *a-ujtù? (p. 68) et 
d’autres noms d 'exercices corporels. 

Mais la technique du lancer, l’acte même, s’exprime par xy.dv- 
tw.Ç : Xen. Anal). I 9, 5 ... -gwv clç ggv -gaejj.gv Ipyiov, tg|v/.ï)ç te y. xi 
xy.îVTtîîi»;, 5'.AG[xxOe5TXTGv « très désireux d’apprendre les métiers 
de guerre, le tir à l’are et le lancement du javelot » ; xy.Gvt’.î:; 
est en quelque sorte une réalisation objective, une chose, qu'on 
peut s’approprier; mais àxGVTiotâ;, une aptitude, qu’011 démontre 
par la pratique. Enfin à-/. ovt(g;j.gc (Xen. Ma g. Equit. III 6) est la 
« iaculatio » comme procès visible, un des a morceaux » du pro- 
gramme d’un carrousel, décrit au cours de son exécution. 

?g vjïû; « cri » semble synonyme de ( 3 o Mais go r, indique seu- 
lement le cri comme fait perçu, l’émission de la voix; tandis 
que jSGr/ciç est le cri comme émanant du crieur dont il réalise 
une disposition intérieure. « Livrons-nous aux joies du festin, dit 
Télémaque aux prétendants (x 369), mais écoutons l’aède, et que 
personne ne crie, \j.rpl fizrgûç ëg - oi . » 

ixp'.Giàç qu’il se rapporte à la réunion des guerriers (N 291. P 
228) ou au rapprochement amoureux (Z 216), traduit pareille- 
ment une inclination, un état affectif; c’est un terme éminem- 
ment « subjectif », ce que confirme la liaison grammaticale -gg- 
1 ax/mv ôapisTÜ; (N 291 ; iîoaÉ|ag'j g. P 228 marque la circonstance). 
Par contre ixptGii.oç (Hes. Op. 789 y.puçtGuç ôxpicr[AGÜç « les furtifs 
babillages » Mazon) dépeint le développement de l’entretien. 

p'jGtxy.TÛ; « mauvais traitement, fait d’être traîné rudement » 
(g 29.4 si gi çeïvGç... (» 2 e t:x6g'. gj7-xv.vjoç à; xA=Y£('^ç « quelle honte 



LES NOMS GRECS EN ~VJÇ 7 I 

cc serait si un hôte subissait ici une vexation douloureuse ») se 
trouve dans son contexte précisé comme indiquant 1’ « affec- 
tion » ; c’est la vexation éprouvée (jzxQsi), tout comme ypzr.-;ù;, 
aXjcwT'jç. 

s-p'jVTÛç « élan, incitation » en tant que disposition intérieure, 
avec gén. subjectif : f a 34-5 prfié tiç akkrp | Xawv oxpimùv txîtiîév- 
[j.î'/oî i3-/avàa"f)(i) | rpt yap ÔTpimûç' xaxcv ssaexai /.ta. 1 a que personne 
ne reste | dans les pleurs à attendre une incitation (spontanée) 
des guerriers ». Bien que le sens soit discuté, la valeur de ixpsv- 
-raç n’est pas douteuse : » exhortation » comme disposition propre 
aux Xa;{. 

Le texte do la loi do Gort.yne nous offre, de l’opposition -xjp/ 
-7’.;, un exemple si clair qu’il suffirait à en fonder la réalité 
sémantique et fonctionnelle. Dans les dispositions qui règlent les 
modalités de l’adoption, on observe que la notion d’ « adop- 
tion » est exprimée, à quelques lignes de distance, par deux 
termes distincts, à'v-avsiç et àvxavTv;, chacun avec son sens 
propre. D’abord X 34 avicavotv tp.lv o -h z» tiX XIi a l’adoption peut 
avoir lieu de qui on voudra » (= « on peut adopter qui on veut »); 
mais XI 21 siràt tiç r/si e àgravTuï I ràp àp.-avxs... « si quelqu’un a 
reçu de l’argent soit en qualité d’adopté, soit d’un adopté... ». 
On 11e peut souhaiter opposition mieux marquée : à'v-av3iç (— àva- 
fx'/siç) “iv 0^ est 1’ a adoption » effective, le fait d’adopter quel- 
qu’un ; mais àvxzvrjç est la qualité d’adopté, sa condition juri- 
dique, c’est-à-dire l’adoption comme fait a subjectif ». — Deux 
autres exemples de mots crétois en -xik sont malheureusement 
en contexte mutilé : àmszùç (S G DI. III, 2 n" 4976, 6) : ... r. [;,= q’ 
iix’jTTiH vrsr/iv s... probablement a condition d’homme (ou de 
femme) marié » ; l’abstrait orcusté ç est en relation morphologique 
avec *b- ï jarrip ou *iz'javr l ç qui, sous l’influence du présent, a été 
remplacé par ir.w.rpr^, dont 011 a le pl. bTzwrpxi a les maris » 
Ilerond. IV 84 (cf. Fraenkel I, p. a 3 o sq.). — Plus mal attesté 
encore est -m; dans le môme fragment de Gortyne (n° 4976, 
35 , 2): ... su toc v.xjpoç..., qui devrait signifier a condition du 
■ctïiç », d’après le sens de ti'ty;; a magistrat chargé de requérir 

1. Je suis ici la ponctuation de Gauer et Van Leeuwen, qui me paraît préférable 
à la leçon ordinaire otpuvxùç xa/.ôv ecraetat... 



NOMS D’ACTION 


7 2 

contre d’autres magistrats » (ef. Schwyzer 175, i 83 et la glose 
xixar sîixopoi y; y.ztr,vop:i xwv àp)rsvxicv Hes.). Au contraire v.~>.q 
est le fait de tirer vengeance ou d’infliger une peine. 

Outre Xvjwtüç déjà mentionné (p. 69), Hérodote fournit y.axa- 
xXasxuç « enduit, crème de beauté » (IV 75, 3 ), proprement « le 
fait de s’enduire » (pour le sujet) ou « d’ètre appliqué » (pour la 
pâte). Mais y.axxrcXaaxç chez Hippocrate est le fait d’enduire ; cf. 
«vaTcXaaiç « action de remettre un membre ». — Le troisième 
exemple de mot en -xâç chez Hérodote est y.xiax'jç « fondation » : 
èzi MtXvjxou y.xioxâv « pour la fondation de Milet » ; la rection 
« objective » du génitif est anomale, mais il n’est pas fortuit que 
le mot, dans son unique exemple, vise une action projetée, un 
accomplissement futur. Il est intéressant d’opposer le èxi y.x’.axâv 
d Hérodote au ij.e.xi tyjv xxfsiv de Thuc. I 18, 1 ; p.cxà Eupaxoujwv 
y.xts'.v VI, 5 , 4 qui se rapporte à la fondation accomplie, et de 
confronter ainsi le « devoir-fonder » (v.v.z-.'j;) à 1’ « avoir-fondé » 
(xTi'm;). Que zxtatç est le concept de la réalisation, Pindare aussi 
le montre ( 01 . XIII, 80) : xsXst... Oc mv O'jvzp.tç v.x\ - rp y.x!<r.v... 
« la puissance des dieux réalise même l’accomplissement (de 
l’inespéré) ». 

Incertaine, mais possible, est la forme ®XsYp.avtâ; <1 inflamma- 
tion » chez Hippocrate dans un passage où Littré préfère la 
leçon <pXéy|ji,avfftç ( Maladies des femmes, I, 4 o ; VIII, p. 96 L.) : 
... è®Xs'Yjj.ï)ve xxpxa y. zi xi yîü.zy. ûxs x?jç s-Xïv;j,zvaioç (var. çXeYp.av- 
xus; FGIII 0., Aid.) çuvéxsxs xp'oç dcXXï)Xx xz’t âXaêsxî àXX^Xwv « l’in- 
flammation fut forte, et les lèvres [de la matrice], par l’inflam- 
mation, vinrent au contact et contractèrent adhérence l’une avec 
l’autre ». La signification du mot « état d’inflammation » et non 
» fait d’enflammer » justifierait pXeYI-izvxu; ; mais Hippocrate 
emploie en nombre considérable les mots en -ziq (cf. les listes 
chez Ilolt, p. 112 sqq.) et forge beaucoup de dérivés en -vsiç 
pour répondre à des verbes en -3.vuù(ibid. p. 1 36 sq.). 

Nous relèverons chez Callimaque, poète savant, plusieurs mots 
en -xù;, imités de l’épopée, mais employés avec le juste senti- 
ment de leur valeur : Apoll. <)5 p.vw6;;.svcç xpoxépï)ç âpxzxxûs; « se 
souvenant du rapt d’autrefois » (dont Apollon avait lui-même été 
l’objet); Artem. ig 4 six àvfx auas Suoxxâv « il ne cessa pas sa pour- 
suite », également rapporté au sujet lui-même; cf. les expres- 
sions homériques avec xâustdtsr. (p. 69); Dél. 324 x AçXùç eupsto 



LES NOMS GRECS EN -TÔ; 7 3 

vûjAçv;... ’AiréXXom yîXxs-tâv « la nymphe Délienne inventa un 
amusement qui fit rire Apollon », litt. « une disposition à rire 
pour Apollon » ; Aitia II 3 ’lxxpfsu y.x'i zai 3 s; aywv szsxstsv àyiaxûv 
« célébrant le rite annuel de la fille d’Icarios » (sur ce terme cf. 
Malten, Hernies LIII, iç)i8, p. 102); frgm. 277 p.artüoç âXXéx ’ (ou 
àXX’ st’) sy.ap.vcv àXïjxéï (cf. Maneth. III 379 âXXoTpér ( ç y aér;; ‘/.a! àXr ( - 
xàc; lp.s!psvxs;); ârîtasxû; Soud. (ed. Adler I 388 ) : ... r.txpz 3 i KaX- 
'/ap.«yw àx-acriùç, âairacrxûsç, xîuxécjxi Tpssïjyopta, si/.ia, tous mots de 
valeur « subjective ». 

Quelques autres mots survivent dans des fragments poétiques : 
ce sont tous des termes de sentiment : s à y. àp.<ps?v àxaXavxov sy;v 
p-splxavx; -cOyjxûv (Oppien Cyneg. II 609); irwpTixùv âXiys'.tr. */.al cl; 
Tsxssmv sy.asxo; ôsvxc (fragment d’Antimaque cité par les schol. ad 
Soph. Oed. C. i 4 et ad Eur. Or. 382); cysxXixt âvÔpw'ïxwv àœpas- 
xùsç (Callim. cité Soud.). 

On sait que -xû; a disparu têt de la prose. Platon seul en 
donne un exemple, unique et qui, figurant dans les Lois (XI, 
q 33 e) où l’influence de la législation crétoise est sensible, est 
peut-être pris au vocabulaire crétois (cf. Arend, K Z., LXY, 
p. 2 44 , n. 7). « Le coupable doit payer ij<i>®povt,(jxuoç Ivey.x, en vue 
de son propre amendement » : cwspsvwrj; est la « disposition à 
s’amender » et le mot est employé, comme nous l’avons si 
souvent constaté dans cette énumération, avec valeur verbale et 
en tant que marquant une destination. Pour la forme, il est en 
liaison avec swçpcvtcxïj; (xwv ÈçrjSojv, etc.). 

Bien qu’un contexte soit nécessaire à l'appréciation dune 
valeur sémantique, on peut utiliser quelques gloses éparses, sans 
prétendre en donner un relevé complet qui n’est pas l’objet de 
cette étude. Quelques termes consacrés dans la langue reli- 
gieuse : (JxXXyjxuç, fête éleusienne où avait lieu le lancement 
rituel des pierres (Ath., IX, 4*>fi-7 et L. Deubner, Ait. Peste, 
P- 69 ); *apaxijç « temps propre au labourage », d’où le nom de 
mois ’Apxxuc; (cf. Schwyzer, Glotta, XII, p. 1 sq.); cf. ci-dessus 
ày.jxj;. Termes indiquant des dispositions affectives : àpru;’ <p.'/J.ix 
tj vxx|s; Iles. (cf. lat. nrtus') ; axcsc-Tii;’ à-cytipYjar; ; — èïjxâ;' 
àyaOsxir;; J — çpacxû; - c/.siiç, svvcia, ^o'jKr, (cf. àçpxcxû;,) ; — 

yaXsTtxû;' yaXsTOxr,; ; ou des dispositions matérielles : dor. Oxxà; 
employé avec valeur « finale » dans s; 0axûv si; Oswpiav, cf. Oxxv;- 
px;‘ 0 sxxa; Iles. — siop.Yjx'j;' y.xxxay.s’j <j ; — *èvx'j; « équipement » 



noms d’action 


74 

attesté par èvti3(v)w « équiper » (cf. àptj; : xpey/co) ; — 
\uxya-.p3[Layl.x, pxyq I/. yv. p<ôv Hes. (cf. àxs'mcrTÛç, p. 70 ). 

Tous les dérivés énumérés jusqu’ici sont de formation post- 
verbale. Nous avons réservé un groupe de mots- en -vie constitués 
sur la base des numéraux que, faute de pouvoir l’expliquer, on 
laisse à part. Si l’interprétation proposée est valable, elle doit 
rendre compte aussi de cette catégorie. Ce sont : xpivetip en 
attique (t pv/.vjç à Délos, ipizvjç à Ceos, cf. Fraenkel, 1, p. 20 Ô) ; 
— TpiTTÜa, Tpineia, groupe de trois animaux du sacrifice, cf. 
■tpiviç' Tpistç Iles. — Ts.Tpr/.rjç, nombre pythagoricien ; — iz&vvr,- 
y.îffT'jç, groupe de 5ô hommes, quart d’un Xsyoç Spartiate, terme 
corrélatif h xs vxrp/.cuT-ijp « chef de 5o hommes » (normalisé d’après 
le numéral en xevcïjxovrrjp) ; kv.xxsavi ç, yOe.eexip (ion. yûvxxxi;, 
éol. ^ëXXïjOTiiî, cf. jjiXiosn^p), p/jpisjT'jç Thuc., Xén. 

Il s’agit toujours de groupements fixes, qui ont une fonction 
précise, et c’est par là que leurs dénominations se rattachent aux 
noms en -vjç en vertu d’une extension du suffixe que sa valeur 
rendait possible. Un mot tel que xpv/.xùp est proprement la « dispo- 
sition à être trois », d’où « l’ensemble de trois », le groupement 
défini à partir de ceux qui le composent, tout de même que av. 
zanlu- désigne le « clan » à partir de ceux qui ont même origine, 
comme l’ensemble de ceux qui sont « nés ». Ici la « naissance » 
comme disposition commune et fondement du groupe, là, la 
« trinité ». L’ensemble est caractérisé comme de l’intérieur et 
au point de vue du participant, devenant ainsi le nom d'une 
fraction sociale. Et le membre de ce groupement se dénomme 
en grec par un nom en -vr t p ; cl. .yyXuaîû; : yiXuwT^p, par quoi se 
vérifie encore la liaison organique entre -viç et -vr t p. 

Ainsi est assignée à tous les mots en la signification qui 
assure l’unité de la formation. Ils marquent la disposition et 
l’aptitude, l’exercice de la notion comme vocation et capacité de 
celui qui l’accomplit, en un mot la « destination » subjective et 
en général la « fonction » au sens propre, l’exercice de la notion 
étant considéré comme la « fonction » de celui qui la pratique. 
Ces traits qui caractérisent la valeur de ---jç l’opposent, sur le 
plan du sens et de l’emploi, à -ziç dont il y a lieu, d’étudier 
parallèlement les formes homériques. 



CHAPITRE VI 


LES NOMS HOMÉRIQUES EN -<n Ç 


Nous avons, à l’occasion des mots qui ont la double formation 
en -ouç et en -siç, marqué brièvement dans le chapitre précédent 
la différence de valeur entre les deux suffixes. On trouvera ici 
l’examen parallèle de l’ensemble des mots homériques en -oiz. 
Le seul procédé est ici encore de les énumérer tous en illustrant 
d’exemples leur emploi. 

La liste qui suit est complète, à l’exception d’un petit nombre 
de mots de formation peu claire ou dont le sens a dévié : vîJoti; 
adj., u.y.'iv.ç masc., xüstiç « vessie » (cf. skr. évas-f Wackernagel, 
Sprachl. Unters., p. 227 ), etc. 

avuciç « action de faire aboutir, achèvement » : B 347 av uc.ç où'/. 
sccsTat auciiiv « ces projets ne seront pas réalisés » ; — 3 544 or/. 
a vu civ c.va s-^cgî/ « nous n’arrivons à rien (en pleurant) ». 

apc et; « labourage » et « (terre de) labour » : 1 58o yjgicu 
Sà Ç/iayjv apcc.v r.zcio'.o xapicOai. « et la moitié du champ en 
terre à blé » ; — 1 1 34 sv 3’ apcctç küt, « et le labour y est 
facile ». 

ï-a/.îjiç « rempart, parapet de défense », litt. « action de 
secourir » (M 38i, 397 , 4o6, etc. ; X 3) ; 

uitâXuçiç « action d’éviter » ; tp* 287 ÈÀTCiopr, toi àicecoa y.a xwv ù~a- 
Auç;v ïcsc 0 a; « espérons que tu éviteras (effectivement) ces maux » ; 
— X 270 ou toi Éo 0 ’ ÙTaXvçiç où la négation ne modifie pas le sens 
propre de l’abstrait qui indique l’action effective ; 

à;v.o!êaciç « défense autour d’un corps » : E 623 Seücs o’c y’ àp.çi- 
gactv y.paTspr ( v fpwwv « il craint, autour du corps, une vigoureuse 
défense des Troyens » ; 

îv.êacrç « point où l’on débarque » : z 4 10 ly.gac.ç eu ccvj oafvstai 



7 6 


NOMS D'ACTION 


â'Acç ito/dois ÔapotÇî « pas une sortie en vue, hors de cette mer 
d’écume » ; 

■xpsêaa;; litt. « fait d’avancer» et par une modification de sens que 
nous étudierons ailleurs, « fortune meuble » dans l’expression 
y.ï'.pivjXiâ tî irpséaslv tî (B 75, cf. Eust. « xi ircâwv lïpcSalvovTa »); 

âvdtôXYjCTtç « fait de retarder » : B 379 sjy.ii’ ît:e'.t:z Tpaigiv snx- 
SXvjo-iç -/.ay.oa saGîTa; « et la ruine de Troie alors ne souffrira pas 
le moindre délai » (Mazon), c’est-à-dire wiâ&\rp'.ç y.azoO = « fait 
de retarder (effectivement) le malheur ». Q 655 y.a! y.îv àviêXr.a cç 
Xyataç vsy.psts yérr^ai « ce serait un retard pour la délivrance du 
mort » avec àvi6Xr ( <ri£ et ajt:ç indiquant l’un et l’autre l’action 
effective ; 

jjpioa’.ç « nourriture » et usai; « boisson » ont déjà été relevés 
à propos de jSpwTÛç et définis par leur opposition aux mots en -tû;. 
Ils portent la signification claire de l’action effective, qui déter- 
mine dans la « parole » leur acception concrète ; 

£ ss<.ç appartient au même groupe sémantique : T 268 7 sv |pv ... 
pï'i ’ i-ilwrpaz, [îst’.v ’t yOteri « nourriture (accomplie et prête) pour 
les poissons » ; 

yivsmç dans U 201, 3o2 ’üxsavsv tî, Ôîmv yîvsgiv et 246 ’Qy.îr<: 3 , 
iç 775p yévssis xâvTîGar Tîiuy.xai est nécessairement une « naissance » 
effective, réalisée (l'Océan a donné naissance à tous les êtres), 
non une possibilité ; 

5 ;r?jctç « fait de dompter » : P 476 i~"M v zOavzTwv ïysp.îv sjj.Yj'iv 
ts p-évîç tî « pour maintenir à la fois la conduite et la fougue des 
chevaux » (= pour les garder à la fois dociles et fougueux) ; 
SjMjG'.ç marque bien l’action effective, qui se transposerait en un 
prédicat adjectif S «]t 5 ç ; 

Son; est le « don » matériel, qui suppose le « donner effecti- 
vement », non la capacité de donner du donneur : K 2i3 si oo?'.- 
îggît»'. sjQ/.t, « il recevra un cadeau de prix » ; 0 65 1 (cf. s 287) 
yaXsijov y.ïv àvvjvacOat oôgiv î“y; « il eût été malaisé de refuser le 
don » ; Ç 208 (= 7 58 ) s:s:s s’ s X(yr, tî si, kr, te « petite aumône, 
grande joie » (Bérard) ; 

Ïûvegiç « (lieu de) réunion » : K 5 i 5 irîTpv; tî sù'usis, tî cûoj 
7:sTâ;j.(i)v « la pierre, confluent de deux fleuves » (où, de fait, ils 
se rencontrent) ; 

s-iy.An ; j 1? « appellation », avec xxXsïv (Il i 38 , 1 487, X 29, 5 o 6 , 
etc., etc.) ; 



LES NOMS HOMÉRIQUES EN -<JtÇ 


77 


v.'irpxiç a dù signifier d’abord « action de gratter (y.vvjv) » pour 
prendre le sens concret de « grattoir » ; 

xxîja'.ç « acquisition (effective) » abstraite ou concrète: E i 58 
Sii viTîjaiv SavesvTo « ils se partagent le bien » ; 3 49 1 xtfjffiv cxasas 
« il avait octroyé des biens » ; O 663 xrifaioç p.VïjoaaOe « rappelez- 
vous votre domaine » ; etc. 

sy.Xrjotç « action d’oublier » : io 485 çôvoio êxXïjoiv 0 £(j>p,ev, litt . 
« nous réaliserions l’oubli du meurtre » ; 

Aûai? « action do délivrer » déjà cité sous àvx6Xi;(ji; a encore un 
exemple: jSoûXeuov ... eï Ttva ... 0 avaxo'j Xùai v ... sùp o'vprp litt. « je 
délibérais si je trouverais la délivrance (hors) de la mort ». Le 
fait que AÙatg est employé en proposition hypothétique n’implique 
nullement que ce mot possède une valeur « éventuelle » de 
par sa formation. 11 suffirait de poser Xùoiv 0 ép,svai « réaliser 
la délivrance » pour faire réapparaître la notion d’action 
accomplie (s 42 1) ; 

p.vŸjou; « fait de penser » : v 280 oltoé nç vjpwv oopxcu p.vfjax;ç ’érp 
« nous ne pensions pas au repas » ; 

p/îjTtç « sagesse, prudence » n’est pins sur le plan des noms 
d’action et 11’est rappelé ici qu’à cause de sa formation ; 

cv*r ( a , tç « action de profiter » : œ 4o2 ai yàp 3 v) to<joo 3 tov 10; 
àviiaustsv « qu’il puisse obtenir autant de réussite » ; 

xaXf w;:ç « fait de contre-attaquer » : O 601 Ip.eXXs xaXîwi;iv xapà 
v»;à iv 0 ï)aép,=vat Tpwwv « il doit livrer, à partir des vaisseaux, une 
contre-attaque vers les Troyens » ; O 69 xaXfioijiv « je 

provoquerais une contre-attaque » ; M 71 si te ... waXi'w^iç yévrjta’. 
« s’il se produit une contre-attaque » ; 

Tcp-ïjçtç « réalisation, profit » : U 524 où yâp xtç xptjçio xsXexai 
yôoio « on ne gagne rien à se plaindre » (cf. aussi y 72, 1 253 , 
h. Ap. 397, 453 ) ; 

àvàxvsja'.ç « fait de souffler, de se reposer » : T 801 (=11 43 , 
3 201) iXtyï) lé x’ avxxveoîiç xo/ép.oio « il faut si peu de temps pour 
souffler à la guerre » (Mazon) ; 

otiiç « vue » toujours effective, « aspect » objectivement dessiné 
ou perçu : Z 468 xa-epiç çiXou oiiiv àrj-/_ 0 £'.ç « il s’épouvante à 
l’aspect de son père » ; fl? 1 2o5 c'^îi 0’ aux’ ap xu où sp.oùç ïleç aux’ 
àp’ kyù ooùç « bien que de nos yeux nous n’ayons encore jamais 
vu, toi mes parents, ni moi les tiens » (Mazon) ; Q 632 s’taopéwv 
061V ... àyx0vjv « contemplant son noble aspect », cf. 6 g4 ; 



NOMS D ACTION 


78 

p^cr'.ç « action de parler, propos » : o 291 z'jrzp ày.oôîiç ;v.û6o)v 
ïjp.îTîpwy y.«l p'fci:; ; 

r/Âlav.z « action de disperser » : a 116 — u 225 pr^sr^pwv tSîv 
; j.sy 5/sSaaiv y. 7. 7 y oûp.aTa Osé/; « comme il disperserait ces préten- 
dants à travers le palais » ; 

• i-iaye - tî « action de (se) retenir » : p 45 1 î» t;ç àx^ayscnç lie’ 
îXîy;t'jç « ni retenue ni pitié », avec un contraste bien marqué de 
î-(<7-/£îiî « action de se retenir (effectivement) » et îXsy;tûç « capa- 
cité de pitié », cf. p. 66 ; 

•j^os/ect? « action de promettre » : B 286 cltîé i:i Èy.-îXso us'.y 
« ils n’accompliront pas leur promesse » ; B 34 g yvtôpe va: 
sï tî 'iîüss: âxsiyîTi.; sers -/.a: sr/.( « savoir si la promesse esl 
mensonge ou non » ; 

tIsiç « action de tirer vengeance » : X 19 ï-û eîi xi xtaiy y’ 
îîSî’.t a; br.lasto « puisque tu ne redoutes aucun châtiment à venir » 
(cf. » 1 44 ) ; a 4 o |y. yàp ’Opérra: tBiç lo-îETai ’Axpîüao « la ven- 
geance de l’Atride aura lieu (= il sera vengé) par la main 
d'Oreste » ; 

wpÔTp.ï)7tî litt.. « action de retrancher le haut », d’où « partie 
supérieure du corps », A 424 ; 

saTip « parole (prononcée), renommée » : I 46 o par.» y.ai ovîlSîa 
-aXXà àvOpwxwy ; — œ 323 ais^uvéjASVîs oiv.'t. — 'F 362 îîa'.v 
... àvSpfiiv |/.vy;5r/;pa)v « le bruit sur les prétendants » ; 

xapaipas'.?, xâpsass? « action de conseiller » : A 793 = O 4 o / l 
àya f)-}; 5 s xapxîoaa!; èru'.y sTaîpcu « le conseil d’un camarade a son 
prix » ; « séduction » E 216-217 ; 

xpspaîtç « action d’avouer » : 'F 262 sùyÿjç xpôpaatv xr/pr.p.îv:; 
<( par désir avoué de son lit » ; « propos avoué, prétexte » T 3o2 ; 

çu;cç « fuite », toujours avec ( 3 ouXsû(» « méditer (de prendre) la 
fuite » (K 3 1 1 , 398) ou igîa/.Xsi y 6up.fi) « mettre la fuite (= l’idée 
de fuir) dans la tête de quelqu’un » (K 447 )- L’observation faite 
sur Xjjiç vaut ici aussi ; la liaison fortuite avec un verbe de pensée 
n’implique aucune détermination subjective de la notion, c’est 
affaire de contexte. 

ç'jcfiî « constitution (accomplie), nature effective » : y. 3 o 3 y.a! 
gît p’jtny aùxou îîsipe o et il me révéla la nature de cette plante ». 
lie terme si important se définit bien à l’intérieur de sa caté- 
gorie comme 1’ « accomplissement (effectué) d’un devenir », et 
donc comme la « nature » en tant qu’elle est réalisée, avec 



LES NOMS HOMÉRIQUES EN -Jiç 


79 

toutes scs propriétés. L’idée est tout autre dans lat. naturel , 
cl. p. io3, qui correspond à peu près à ce que serait *z-jïùç. 

•/j-’.ç « action de répandre ; amoncellement (de feuilles) a : = 483 
çj ’/./.tov yyi'.q « feuilles en tas » (cf. 443). 

Le mot asjj.îtjtç crée une dillîculté, particulière il est .vrai, et 
d'ordre seulement lexical, mais qui obscurcit aussi sa relation 
avec les autres mots en -cuç et que à ce titre nous ne pouvons 
négliger ici. Entre vsp.ü> qui indique le a partage » et vsgsci; 
a indignation, jalousie », quel est le rapport de sens ? Malgré 
de nombreuses tentatives ', la lumière 11 ’est pas faite. Pour qu’ap- 
paraisse le sens du suffixe dans vsgsaiç, il faut brièvement 
reprendre le problème entier. 

Tout est commandé par le sens de végu. Si 011 se contente de 
le rendre par « partager » ou a distribuer » (sens que possèdent 
déjà plusieurs autres verbes), on s’interdit de comprendre le 
sens des dérivés comme vsy.sç ou vsg iç et la spécificité du déve- 
loppement sémantique. Il manque peu de chose à la traduction 
de vîj.o), mais c’est l’essentiel : vip.io signifie a partager légale- 
ment ; faire une attribution régulière, conforme au rang des per- 
sonnes ou aux convenances de la situation ». C’est un partage 
réglé par l’autorité du droit coutumier. De là, en des sens diver- 
gents, mais où persiste la signification première, d’une part 
a attribution régulière; règle d’usage, coutume », puis a loi » ; 
de l'autre va;.iàç a attribution territoriale fixée par la coutume 
(> pacage), ou par l’autorité (> province), etc. », et leurs déri- 
vés respectifs. 

Dès lors vlgsî:; se définira comme le a *fait d’attribuer par 
autorité légale », sens non attesté, mais qui doit être présumé. 
A partir d’ici, l’évolution du sens peut s’éclairer par celle 
d’un terme qui lui est associé dans l’usage homérique, a’.cai^ 
(cf. N 122 -/.a; vsgîî’.ç) ; l’un et l’autre désignent des repré- 

sentations collectives. A’tîiii; énonce le sentiment collectif de 
1 honneur et les obligations qui en résultent pour le groupe. Mais 
ce sentiment prend sa vigueur et ces obligations sont le plus 
vivement ressenties quand l’honneur collectif est lésé. Alors 
1 a honneur » de tous, bafoué, devient la a honte » de chacun. 

1. E11 dernier lion, une étude très documentée, encore manuscrite, de 
M. E. Laroche sur l’histoire des dérives nominaux et verbaux de *nem- en grec, 
mais qui laisse subsister le problème de ysussi;. 



8o 


NOMS d’action 


Lorsqu’un chef fait appel à l’alÎMç, il veut représenter qu’une 
atteinte est portée à l’honneur : odStàç, ’Apysïoi' « honte à vous, 
Argiens » (E 787). Proclamer l’alâo');, c’est mobiliser le senti- 
ment de tous contre celui qui enfreint l’aiSuç. Ainsi, chez les 
Romains, celui qui invoque la fides ( vestram fidem /) dénonce 
publiquement que ses droits sont violés ; et pudor désigne ce qui 
blesse l’honneur : publiais pudor « un scandale public » (Liv. IV 
3o, 10). Invoquer I’ « honneur» signifie qu’on a subi un affront. 

De même vép.sst{, qui implique la notion collective d’une 
« juste répartition », a dù servir de mot d’ordre quand on avait 
à se plaindre d’une attribution injuste. Prenons exemple sur 
l’emploi de a!5wç dans ce discours : atâùî [j.àv v3v •/;§£.. . IX'.ov stua- 
vaS^vsu (P 336), littéralement : « notre honneur est (mis en jeu) 
si nous remontons à Ilion » =. « c’est pour nous une honte de 
lâcher pied». Nous pouvons imaginer, dans les mômes circons- 
tances, une locution telle que *'iè\p&alç sort rpAsv; toioô-:’ a'/.vsa 
^âtr/E'.v, litt. « la juste répartition est mise en jeu si nous endu- 
rons de telles souffrances »; on évoque la « juste répartition » ; 
dans une circonstance où cette « répartition » est enfreinte ; 
donc « nous avons lieu de nous indigner de notre sort; nous 
le trouvons immérité ». Il devient alors aisé de comprendre 
cette môme locution, tournée en négation, telle que nous la 
lisons en effet : oj vé;j.e( 7 i; (est'.) « il n’v a pas lieu de s’indigner ». 
De là, issue des tours négatifs, l’acception devenue constante : 
vsiasscç « indignation, colère » (devant toute atteinte à la justice 
distributive). La »é[j.egiç comme sentiment individuel (« jalousie » 
des hommes ou des dieux) suppose une vé|as<j'.ç collective, conven- 
tion d’attribution légitime et conscience de ce qui lèse cette 
attribution. 

On peut borner ici ces remarques, dont l’objet était seulement 
d’établir que l’évolution si particulière du sens de ve[aeu:ç 
s’explique à partir d’une valeur de « juste attribution », et que 
celle-ci s’accorde bien à l’emploi du suffixe. 

La signification générale des mots en -sic est assurée par 
l’examen des emplois homériques : c’est la notion abstraite du 
procès conçu comme réalisation objective. 

Un fait est particulièrement significatif à cet égard, qui sépare 
la formation en -sic de celle en -tûç, c’est la rection objective des 



LES NOMS HOMÉRIQUES EN 


81 


noms en -j'.ç. Les abstraits de cette classe se comportent vis-à-vis 
du nom régi au génitif comme une forme verbale transitive vis- 
à-vis de son régime A'objet, alors que la relation des noms en 
-ri? et de la forme nominale qui en dépend est celle de la forme 
verbale avec son sujet. On peut passer en revue l’ensemble des 
liaisons nominales où le mot en - 71 ? est « déterminé » par un génitif 
(à l'exception de vïp.euiç qui a eu un sort particulier), on verra 
partout que le syntagme « mot en -aiç + génitif » peut être rem- 
placé par une expression « verbe -f- régime » : TpoWi) 

« repousser les Troycns » ; à'iië'Krg'.p xaxîD « retarder la ruine a ; 
àvst6‘AY]aiç Xûgisç vsxpoü « retarder la délivrance » -+- « délivrer le 
mort a ; s»ùr ( aiç ®ovci3 « oublier le meurtre » ; îkitmv 

« dompter les chevaux » ; -dsiç ’ATpsioao « venger l’Atride » ; 
X’jgi: flavàts'j « délivrer (de) la mort » ; Kpiaasip ejvv;; « avouer le 
(désir du) lit » ; aü-ica i? ^ctx;j.(.)v « joindre les fleuves a ; avjstç 
scjtmv « réaliser des projets a ; yjja'.ç ouXXwv « répandre des 
fouilles a ; axéëxa:? p.rijcrrijpojv « disperser les prétendants a ; cty'.ç 
na:p 5ç « voir le père » ; p.v^aT'.ç oop~ou « se rappeler le repas a ; 
çdtT’.ç p.VY)ff-vjpidv « parler des prétendants (= leur faire une répu- 
tation) a ; Tupvjci? ■yss'.o « tirer profit des pleurs a. Emploi intran- 
sitif : £7,6x71? iXsç « sortir 'de la .mer a ; âvdravï'ja'.ç iroXé;j.st3 
« souffler (= se reposer) du combat a ; O-aAupi? xa 7<ï>v « trouver 
refuge hors du malheur a. Dans deux exemples, le génitif 
marque la provenance : icxpxlŒX7iç É-rxipoj « le conseil qui vient 
d’un ami a ; xp,î>(6a7i; Tpwwv « la défense de la part des Troyens a ; 
ce sont des ablatifs d'origine, non des génitifs du procès éprouvé. 
Il n’v a que deux exemples où le sens même a imposé un génitif 
de caractère subjectif: yevEau Osmv et <pji? xùtcü, emplois inéluc- 
tables. On ne voit pas comment *gen~ et *bhü- auraient pu mani- 
fester dans leurs abstraits une valeur « transitive a. Ce ne sont 
donc pas de véritables exceptions à un emploi dont les autres 
exemples ont montré la constance. 

Au contraire, les noms en -tik n’ont généralement pas de déter- 
minant, justement du fait qu’ils se réfèrent au sujet. Dans les 
rares cas où un mot en -tù? est déterminé par un nom, celui-ci 
est un génitif subjectif : cçOxXjli'j xXxwtûç — tivg? krcpvjç — -po- 
[xxywa Gapt7TÛ? — X x<7>v oTpimüç. Transposées verbalement, ces 
expressions auraient pour substitut des énoncés du type « sujet 
+ verbe a, tels que: « l’œil est perdu; — il éprouve de la 

fi 



8a 


noms d’action 


pitié; — les champions s’associent; — les troupes s’ébranlent ». 

Un autre trait souligne la différence de -mç et de -rüç. Ues 
mots en -aie servent souvent de régime à des verbes « factifs » 
(faire, poser, etc.), qui indiquent l’actualisation concrète de la 
notion conçue, sur le plan noétique, comme effective et objec- 
tive. C’est le type de rcaXitoijtv OYjcéjJ-evai, — tntéSaciv 0 str, — OézOs 
véjtsaiv — l/Js-rp'.'i — irpéçaatv */.£-/pï)[idvs; — ût :ôc/s.sv» 

cuai — ï%[*krpv> xakïîuar — t.t-?;<jiv Sitaaae — Sots PpiôffW — '/.ùv.'i 
eupet javjv — âvuaiv S^sjjiev — çûsiv g§îi!;e, etc. Le rôle du verbe 
« faire » est de transférer dans l’actuel la notion posée concep- 
tuellement comme accomplie. Or cette liaison n’est jamais cons- 
tatée de « faire » avec les mots en -vjç, justement parce que -tû;, 
soulignant la notion comme intérieure au sujet, ne peut la poser 
comme réalité hors du sujet. Une aptitude, une disposition, 
une pratique personnelle ne se prête pas à être transférée au 
domaine des objets, comme peut seul l’être un accomplissement. 
On a donc 3pwa;v îiîovat, jamais *(5pwcûv Stsôvat. 

Corrélativement, les mots en -ru; ont une syntaxe particulière: 
ils servent souvent à « compléter » une forme verbale person- 
nelle en prolongeant cette détermination personnelle sous forme 
de complément de but, etc.. Toujours le mot en -xûq se réfère 
•au même sujet que la forme verbale. Ainsi \i.rp ’ à-orpw-SiÔs ravuT- 
tjiç « ne vous détournez pas du tendre l’arc » ; Ypxït-cu; aXsefvwv 
•« évitant d’être égratigné » ; TTa'ja-EuOai [vrr^vjo; « cesser de cour- 
tiser » ; xsépTCYjpsv èoïj-cûsç « nous nous sommes rassasiés de man- 
ger » ; etc. C’est un emploi qui illustre remarquablement la fonc- 
tion quasi verbale des mots en Il reproduit en grec les 

mêmes conditions qui ont abouti en sanskrit aux infinitifs en 
-toli -tave et surtout en -tum (cf. p. 91), aussi bien qu’aux 
supins en italique (cf. p. 100), en baltique et en slave ainsi 
qu’aux substantifs verbaux du celtique : v. irl. imradud « médi- 
tation » (de imradim « je médite »), comalnad « accomplisse- 
ment » (de comalnaim « j’accomplis »), etc. Rien de pareil avec 
les mots en Ceux-ci ne peuvent remplir un rôle pareil, 

puisqu’ils sont essentiellement propres à indiquer des « opéra- 
tions » objectivées et retranchées de tout rapport avec 1’ « opé- 
rateur ». Quand le mot en -mq est en liaison syntaxique avec un 
verbe, celui-ci n’est pas un verbe « subjectif » de mouvement ou 
d’intention, mais bien, comme on Ta vu, un verbe « opératif » : 



LES NOMS HOMÉRIQUES EN -<T!Ç 


83 


faire, poser, etc., et en conséquence ce verbe prend le mot en 
-ci; pour objet. C’est la raison du développement qu’a pris ce 
type d’expression avec « faire ~| — av> »; p. ex. Pindare 01 . XIII 
84 tsXsT. . . ôewv oâva'fUç xiv. . . y.ou <piv v.x'.c’.') « la puissance des dieux 
rend possible l’accomplissement aisé... » Esch. Prom. 46 o sÇïjüpsv 
aÙTOïç ■ypxpp.xTwv . . . auvOsaâiç « j’ai inventé pour eux les assemblages 
de lettres », et surtout le type Ç^tïjaiv TtsteïaOxt Hdt. VI 118, Stoc- 
êax'.v ro'.stv (I 186) etc. avec itotéïv, verbe actualisateur par excel- 
lence. 

Ces différences aident à préciser l’opposition de -siç et de -xûç 
sur la base d’une différence qui, sommairement définie et sur le 
plan synchronique des valeurs homériques, est celle de notion 
objective/notion subjective. Nous insistons sur cette considération 
svnchronique. Dans des phases plus récentes du grec, où la for- 
mation en -nie est éliminée, celle en -aiç assume des valeurs nou- 
velles, que l’on ne peut dégager qu’après étude des moyens 
d’expression dont la langue dispose alors. C’est un autre 
problème et une investigation où nous n’entrerons pas, que 
l’histoire ultérieure des formes. Mais cette histoire aura peut- 
être gagné ici quelque clarté dans ses commencements. 

* 

* * 

Arrivé à ce point et ayant obtenu de la seule analyse directe 
des faits de langue nos définitions, nous devons constater que 
ces définitions ne s’accordent d’aucune manière avec celles qui 
ont été formulées, pour ces mêmes noms homériques en -siç, 
dans un ouvrage récent de M. Jens Ilolt 1 . 

Selon M. Ilolt, « dans le plus ancien texte du grec, la valeur 
du suffixe -aiç s’emploie de trois manières: l’emploi de possibilité, 
exprimant l’action en tant que non-réalisée ; l’emploi gnomique, 
attirant l’attention sur le caractère général du fait, de sorte que 
le suffixe -atç indique une action en même temps non-réalisée et 
réalisée; et ensuite, l’emploi terminologique présentant un sens 

i. Joiis Holt, Les noms d’action en -115 (-xtç). Etudes de linguistique grecque 
(Acta Jutlandica XIII, 1), Copenhague, iç) 4 i. Nous n’examinerons ici que le 
chapitre homérique (p. 67-91) de ce livre par ailleurs très utile et qui se signale 
par d’évidents mérites : celui en particulier de tenter une interprétation vraiment 
linguistique d’une classe de noms à travers toute l’histoire du grec. 



84 


NOMS D’ACTION 


restreint du mot envisagé et, par conséquent, permettant au 
suffixe le sens d’une action réalisée. Nous supposons que le sens 
primitif du suffixe se présente dans l’emploi exprimant la possi- 
bilité, et que les deux autres emplois en sont dérivés » (p. 89). 

Entre cette conclusion et la nôtre, il est vain de chercher une 
accommodation. Il sera utile, au contraire, de mettre à nu les rai- 
sons d’un pareil désaccord, qui porte sur les fondements même 
de la méthode. Il nous est difficile de comprendre : comment un 
même suffixe peut prêter à trois emplois, aussi différents que 
celui de l’action « réalisée », celui de l’action « non-réalisée », 
celui de l’action à la fois « non-réalisée et réalisée » ; — comment 
les deux derniers emplois, celui de l’action « non-réalisée et réa- 
lisée » en même temps, et celui de l’action « non-réalisée » 
pourraient être ensemble dérivés de la notion de « possibilité » ; 
enfin comment cette notion de « possibilité » caractériserait à 
elle seule la valeur d’un suffixe si elle doit dans certains emplois 
s’abolir en son contraire. De fait, appliquées à l’analyse des 
emplois homériques, ces notions se révèlent fuyantes, impropres 
a définir rigoureusement les mots, souvent contradictoires pour 
les mêmes emplois, et vainement subtiles. On ne saisit ni l'in- 
térêt ni même la réalité des emplois dits « gnomique » et « ter- 
minologique », et quand 011 voit, en plus, introduire dans le 
débat les problèmes de 1’ « aspect », les chances d’une définition 
valable diminuent encore. 

Il importe de veiller aux confusions qui risquent toujours de 
s établir entre « langue » et « parole », entre la valeur propre 
d une formation — valeur stable et généralement simple — et 
les acceptions multiples qu’elle reçoit des circonstances de l’em- 
ploi 1 . Quand des noms en -v.~ se présentent dans des phrases 
concernant l’avenir ou annonçant une éventualité, avec des verbes 
au futur ou au subjonctif, ou quand ils apparaissent au contraire 
dans des phrases d’où 1 idée de temps est absente, s’ensuit-il 
qu’on doive attribuer à ces noms dans un cas un emploi de 
« possibilité », dans l’autre un emploi « gnomique » ? Nulle- 
ment, car l’éventualité ou la non-temporalité affecte exclusive- 
ment I événement décrit, mais n’intéresse en rien la valeur du 


1 . M. Carslen Iloeg, Acta Linguistica, II, p. ig6 sq., a produit à ce sujet des 
observations fort pertinentes auxquelles nous souscrivons. 



LES NOMS HOMÉRIQUES EN -J',; 


85 


mot en -uiç. Celle-ci doit être constante et se définira, d’une part, 
par rapport à la forme d’où elle dérive, de l’autre, par rapport 
aux autres suffixes que la même base pourrait admettre. Que 
l'énoncé soit au futur ou au parfait, qu’il soit positif ou négatif, 
la valeur du suffixe demeure pareille sur le plan de la « lang'ue ». 
En particulier, si, en vertu d’un énoncé négatif (type eu toi sœti 
ouï'.ç), le mot en -ou paraît concourir à l’expression d’une possi- 
bilité (« tu n’as aucune chance de fuir »), il faut se garder d’im- 
puter à -ou cette valeur de « possibilité » ; c’est simplement une 
acception occasionnelle (en « parole ») dont la négation est sou- 
vent l’instrument et qui se reproduirait aussi bien avec un subs- 
tantif de n’importe quelle autre formation. Faute de délimiter 
clairement la valeur et l’emploi, de distinguer entre le sens 
inhérent au suffixe et les situations variables auxquelles l’énoncé 
donne expression, on se voue aux incertitudes ou aux subtilités. 
C’est ainsi qu’Hésiode emploierait dans un passage /.ùoiç au sens 
de « possibilité », mais dans un autre, pour marquer une « action 
réalisée », simplement parce que dans le premier cas la phrase 
est négative (où yàp Sv àXAv; aùj'.ç yîvstTo...), et que dans le deuxième 
aùsiç est combiné avec teaeut t, (Holt, p. 73 , n. 1). Ou yivsciç expri- 
merait « le sens de la naissance en tant qu’étant inaccessible à 
l’expérience humaine » (p. 79); /.-fjoic, quoique marquant déjà 
chez Homère l’action réalisée, serait le « droit de posséder », 
impliquant à la fois la notion de possibilité et celle de non-tem- 
porel (p. 84), etc. 

En vérité de pareilles déterminations sont étrangères au pro- 
blème de la valeur du suffixe. Pour atteindre à une définition 
totale de cette valeur, il faudrait confronter -«ç à tous les autres 
suffixes susceptibles de fournir des «noms d’action ». Un pro- 
blème aussi vaste excède les cadres de cette recherche. Nous 
pensons cependant que dans la langue homérique, les traits 
principaux de la valeur de -jtç ressortent déjà d’une confronta- 
tion entre -71; et On exprime par -giç la notion comme étant 

hors du sujet et, en ee sens, objective, et posée comme accomplie 
du fait qu’elle est objective. Dans la « parole », cette valeur 
s'actualise comme objet « concret », en vertu du procès qui fait 
que fr. habitation (= notion d’habiter) s’actualise dans l’objet 
maison. Le sens que prend le mot abstrait dans l’utilisation qui 
en est faite en « parole » n’intéresse que le lexique ; il ne 



86 


noms d’action 


concerne pas la valeur de habitation fjui se détermine seule- 
ment par la relation entre habitation et habiter d une part, entre 
habitation et habitat, habitacle, etc. de 1 autre. Or quand on 
compare -sic à -tsç, on voit que -tjç exprime l’opposé de ce qui 
caractérise -se; : les mots en -tûç portent toujours une valeur 
subjective, et expriment le procès en tant que modalité (capa- 
cité, etc.) du sujet. En termes de « parole », ils indiquent le 
procès comme exercice ou métier de celui qui le pratique. Ainsi 
’épyrpiç est la notion de danse comme donnée objective, comme 
ensemble effectif des mouvements accomplis, tandis que sp'/r,7- 
rjç est la danse comme capacité ou comme exercice de celui qui 
s’y livre. Il semble qu’on atteigne ainsi le principe d’une défini- 
tion simple, cohérente et stable pour l’état de langue considéré. 
Et quand cette même opposition se révèle dans l’usage d’autres 
langues, on est fondé à penser qu’elle est à la fois confirmée en 
elle-même et qu’elle vaut pour l’indo-européen. 



CHAPITRE VII 


*-tu ET * ü EN INDO-IRANIEN 


L’analyse comparative des mots grecs en *-tu et *-ti fraye la 
voie à une étude parallèle des faits indo-iraniens, qui, on le verra, 
se répartissent selon la même opposition. On passera en revue 
les mots, souvent communs aux deux langues, propres à illustrer 
les valeurs respectives des deux formations en védique et en 
avestique. Après l’examen détaillé des formations grecques, on 
peut faire l’économie d’une justification préliminaire, pour donner 
plus d’attention aux différences de sens entre les mots, et pour 
suivre ces différences jusque dans les développements parti- 
culiers (tels que les infinitifs) qui sont issus de ces types de 
dérivés. 

L’abondance des faits est inégale dans les deux classes suf- 
fixales. Moins nombreux, les mots en -tu- ont pu être cités au 
complet'. Parmi ceux en -ti-, qui sont légion, il a fallu faire un 
choix. L’examen plus détaillé de -tu- a pu dispenser d’une longue 
étude de -ti-. 


I 

Mots ex -tu-. 

gâtii- « voie » (voie menant au ciel) est à gâ- ce que av. paratu- 
« pont, passage » est à par-. Dans les deux cas, le suffixe - tu 
met en évidence la disposition-à, la destination-vers ; gain est la 
capacité d’aller, ce qui permet d’aller, non le fait d’aller. « Le 

i. Ils ont été étudiés pour le sanskrit dans leur relation avec l’infinitif par 
L. Renou, Monographies sanskrites, II, 1937, à qui nous nous référons par la suite. 



88 


noms d’action 


mot gâti- au contraire désigne, à date ancienne du moins, plutôt 
la démarche que le chemin » (Renou, p. 7), du fait, ajouterons- 
nous, que les dérivés en -ti- signalent essentiellement la notion 
accomplie. Même valeur dans vahatù- « cortège (du mariage) », 
ce qui y achemine. 

edhatd- une fois RU., VIII, 86, 3 yuvdm ht smâ . . edhatùm 
visnnpvè dadathur « car vous avez donné à Y. la jouissance 
{—la capacité de jouir ] de cette prospérité ». 

dhatu- do sens très variés (cf. Renou, p. 8) offre dans le RY. 
celui de « base, fondement, élément », c’est-à-dire faculté de 
poser ou de fonder, ou ce sur (ou avec) quoi on fonde, non l’acte 
de fonder. 

rtii- « temps prescrit pour le culte » est considéré ci-dessous 
avec av. ratu-. 

tcintu « lice (du métier) » ; puis « tissage » est bien ce qui est 
à tendre, une tension permanente. 

vâstu « lieu d’habitation, maison », où la valeur de destination 
est apparente. 

sétu- « digue » (av. haëtu- ci-dessous) est « ce qui sert à lier 
ou à relier » (cf. sa-, syatij. 

janhi- « créature » et aussi, semble-t-il, « membre d’un clan » 
(cf. ci-dessous av. zantu-') est bien, dans sa première et plus 
générale acception, « ce qui est à naître, ce qui est soumis à la 
naissance », non cette « naissance » même. De cette formation 
relève aussi lut. creatüra au sens de « créature » (Itala, Tert.). 
Pour jantu, av. zantu- comme nom d’une fraction sociale, cf. 
ci-dessous p. yo et le type lat. senatus. 

tn.fi n tu- « conseil, pensée », ce qui est signe ou produit de 
l’agitation mentale, d’où plus tardivement « colère ». 

jatu adv. « en général, éventuellement » s’explique bien aussi 
comme formation en -tu-, par un *jatu- qui signifierait « possi- 
bilité de production, éventualité ». 

Deux noms en -tu-, par le sens fortement verbal qu’ils mani- 
festent, illustrent la valeur à’ aptitude que nous définissons. L’un 
est data- qui fonctionne déjà presque comme infinitif: RV., Y, 
36 , 1 sâ a gatnad indro yo vdsünâm ciketad datum « que vienne 
Indra, lui qui s’entend à donner des biens ». L'autre jivatu-, 
dont nous citons tous les exemples, est non la « vie » réalisée mais 
« le vivre » comme possibilité ou aptitude. Dans l’hymne X, 60, 



-tu ET *-ti EN INDO-IRANIEN 


89 

les str. 7 et suiv. sont adressées à un malade : « (je te donne 
mes soins, je tiens ferme ton esprit) jïvatave, pour que tu vives 
(et échappes à la mort) » ; X, 176, 4 devo jïvatave krtdh « le 
dieu fait pour vivre » ; X, 182, 2 sd no jïvatave krdhi « fais-nous 
vivre, dispose-nous pour une (longue) vie » ; (cf. I, g 4 , 4 ) ; X, 
5 q, 5 jïvatave su, pra lira na ayuh « prolonge notre âge pour 
vivre (— pour que nous vivions) » ; X, 27, 24 sa te jlvatuh « telle 
doit être ta vie » ; I, 91, 6 tvdm ca soma no vdso jlvatum ndi 
maramahe « veux-tu, Soma, que nous vivions : nous ne mourrons 
pas » ; VI, 47, 10 mdhyam jïvatum iclia « assure-moi (la possibi- 
lité) de vivre » ; VIII, 47, 4 ydsma drâsata ksdyam jïvatumca 
« celui à qui vous assurez séjour et vie ». O11 notera la sphère 
« subjective » de jïvatu- qui est le « pouvoir-vivre » de quelqu’un. 

La forme avestique jyâtu-, qui répond à skr. jlvatu- (conformé 
secondairement à jlva-j, a la même valeur de « capacité, moyen 
de vie », non de « vie vécue », qui ressort bien d’emplois ou de 
tours négatifs : nôit jydtïïm vînastl « il ne trouve pas de moyen 
de vie » (Y., XXXI, i 5 ; « Lebensunterhalt », dit bien Bartho- 
lomae) ; môiDat jyâtSus « il le prive de vie » (Y., XLVI, 4 ; cf. 
LIII, 9 avec hdmihyàt) ; jyôtüm môrandan « ils ont anéanti la 
possibilité de vivre » (Y., XXXII, 9, 10, 11, 12). En contraste, la 
forme en -ti- propre à la composition signifie toujours le fait de 
vivre effectivement, de telle ou telle manière : ajyati- « la non- 
vie », contraire de gaya-, la non-vie opposée à la vie dans l’alter- 
native établie lors de la création ; fra-jyâti « destruction (effec- 
tive) de la vie » ; hu-Jyâti (et hujiti-j, duéjyâti- « bonne, mauvaise 
vie », avec l’expression vïspqm hujyâti- indiquant rection objec- 
tive. 

Les autres noms avestiques en -tu- prêtent aux mêmes 
remarques. Certains répondent, au moins pour la forme, à des 
formes sauskrites : haëtu- (cf. skr. sétu-j « chaussée, pont », 
para tu- « passage, pont » (gaul. Ritu-, etc.) se définissent comme 
le moyen de (franchir) ; gdtu (v. p. gà()u- avec -6- des cas obliques, 
skr. gStiî) « lieu » en tant que « but-d’aller » ; ratu- (skr. rtd-~) 
est le « temps », la « période » appropriés à (une cérémonie, un 
acte cultuel); le ratu « personnage protecteur, juge » de l’av. 
doit probablement s’y relier à titre de nom d’agent secondaire 
« ordonnateur », comme av. mantu- « conseiller » en face de skr. 
mdntu- « conseil » ; — av. pi tu- « nourriture » (= ce qui sert à 



9 ° 


sous d’action 


manger, cf. v. si. pitati)-, huzantu- « bonne connaissance » 
comme abstrait verbal, « capacité de bien connaître » : huzantaus 
paiti ... vahistahe aahdiis « parce qu’il est capable de connaître la 
meilleure existence » (Yt., XIII, 1 34 ) ; — vicâtu- « dissociation 
(du corps) » lors de la consommation finale, présentée comme 
destination ou éventualité : â datât vïdâtaot « jusqu’à la disso- 
ciation prescrite » (Yt, XIII, il, 22, 28); le démon Astô vidôtu- 
incarne cette « dissociation des os », loi interne du monde cor- 
porel; au contraire vidâti- désigne le « partage » effectif qui aura 
lieu à la fin des temps, en bien ou en mal, selon les actes ; — 
staratu- « couverture » (dans le composé x” aini-staratu-') en tant 
que « possibilité d’étendre » et « chose à étendre » ; — pareil- 
lement vantu- <( (femme) chère », de van- a désirer », comme 
« capacité de désirer » et « être à désirer » ; zantu- (cf. janlu-, 
p. 88) proprement « naissance » comme destination, marque 
sociale et indice de parenté, appartenance par la naissance ; d’où 
« relation entre co-tribaux », s’oppose à jüti- « naissance » réa- 
lisée comme procès physique ; pareillement x "aêtu- « apparte- 
nance au x’a (skr. svà) », et « celui qui appartient au x v a-, 
proche parent » ; ef. x* aêt(u)-vadaba « mariage entre consan- 
guins » ; — xratu-, véd. krâtn, d’appartenance étymologique 
douteuse, dénote en tout cas une capacité : « aptitude héroïque, 
virilité guerrière » et aussi « aptitude spirituelle » (cf. Rônnow, 
Monde oriental, XXVI-XXVII, p. 1-90). Un mot ir. *partu- 
« dette » est attesté par l’emprunt arm. part-k c (gén. par Luc) 
« dette », cf. part ê inj « je dois » ; ce *partu- litt. « fait de 
devoir payer, obligation de compenser » (de par- « payer, com- 
penser ») s’oppose à av. àparati- « compensation (accomplie) ». 

* 

* * 

La valeur que manifestent les noms en -tu- permet de mieux 
expliquer les développements morphologiques qui prennent leur 
point de départ dans -tu- et qui se prolongent notamment en 
formations verbales par la création des infinitifs 1 en indien. 

i . Pour l’histoire proprement indienne des infinitifs, on se reportera à l’excel- 
lente description de L. Renou, Monogr. skr., II, 1987, p. il\ sq. Nous insistons 
moins sur le détail du développement historique que sur la permanence des valeurs 
linguistiques. 



*-tU ET *-ti EN INDO-IRANIEN gi 

Des noms aux infinitifs, le passage s’établit par l'intermédiaire 
des adjectifs verbaux en -tu- qui, généralement préfixés par su- 
clus-, marquent la possibilité passive du procès : vrtani . . . suhântu 
« les ennemis doivent être abattus » (RY., VII, 3 o, 2); akrnor 
dusUiritu sâhah « tu as rendu ta force irrésistible » (VI, 1, i). 
On voit ici comment l’emploi a été préparé par la valeur subjec- 
tive de la formation de base, et comment par exemple les adjec- 
tifs verbaux sumântu-, durmântu- adj. se relient au nom mdntu-. 

Cette liaison se manifeste à plein dans les particularités des 
emplois casuels par où se fixe progressivement l’infinitif. D’abord 
cet infinitif garde longtemps un caractère fortement nominal — 
de même que les noms en -tu- amorcent déjà un sens verbal. 
Par le génitif en -toh, le datif en -tara/ et en dernier par l’accu- 
satif en -tum, dans des liaisons fixes et qui progressivement 
gagnent en variété, la constitution d’un infinitif s’élabore au 
cours d’une histoire qu’on peut suivre. Mais il y a loin de cet 
infinitif en -tu- aux autres infinitifs, radicaux, en -taye, en -dliyai, 
etc. En particulier un trait important est que l’infinitif en -tu- 
ne comporte pour ainsi dire pas de rection nominale à date 
ancienne. Ceci 11e s’explique pas seulement par la persistance de 
la fonction nominale, mais aussi par la valeur proprement interne 
du suffixe, qui ne le rend pas apte à exprimer le transfert du 
procès sur un objet. Bien plutôt cet infinitif marquera une réali- 
sation en quelque sorte subjective de la notion. 

Qu’on observe en effet dans quelles liaisons se prépare la 
fonction d’infinitif. Dans l’expression de la capacité avec lé- qui 
est un verbe de « pouvoir » : iéerâyâh datoh (rection nominale de 
râyàij) « il a le pouvoir de donner la richesse », i&e y 6 toh « il a 
le pouvoir d’écarter » ; — avec « « jusqu’à », pur à « avant » : 
para hdntoh « avant d’être frappé » (III, 3 o, 10), ou madhya 
kârtoli « au milieu de l’action, tandis qu’il faisait... », toutes 
expressions qui mettent le procès en relation personnelle avec le 
sujet. C’est aussi la nature intransitive, le mouvement interne, 
la considération subjective qui apparaissent dans le datif en -tave, 
qui complète l’énoncé par une indication de but où le sujet est 
toujours impliqué : yâd un usmâsi kàrtave kârat tôt « ce que 
nous souhaitons qui soit fait , puisse-t-il le faire » ; prd dûs lise 
datave « pour que je (le) donne au sacrifiant » ; — a bld vâstra 
suvasanany arsa ... bhârtave nah « fais sur nous ruisseler des 



92 


NOMS D’ACTION 


vêtements bien vêtissants, pour que nous (les) portions » ; — 
tvàm incLra srâvitavâ apâh kali « tu as fait, ô Indra, les eaux 
couler (=tu as fait en sorte qu ’ elles coulent) » ; — cakâra 
surpaya pantham ânvetava u « lie made a track for the sun to 
follow (= made for the sun a track for his following) », comme 
traduit bien Whitney ; nai ’tani te deçà adadtir cittave « les dieux 
ne te l’ont pas donnée pour manger (=pour que tu la manges) ». 
Avec l’accusatif en -tum, qui apparaît faiblement dans le RY. 
pour ne prendre une grande extension qu’ensuite, il est signifi- 
catif que les verbes régissants soient toujours de sens « subjec- 
tif » : verbes de capacité, de volonté, de valeur, de désir, de 
mouvement: indro yâ vdsUnâm ciketad datum « Indra qui s’entend 
à donner des biens » (Y, 36 , i) ; a yâta no grhan havir âttum 
« revenez dans nos maisons pour manger l’oblation » (AV., XVIII, 
4 , 63 ); nâ tvâ nikartum ar/uiti « il n’est pas en mesure de te 
renverser » (AV., X, i, 26); ko hy etasy'â ’rhati gùhyain nama 
grâhïtum « car qui est digne de prendre son nom secret? », etc. 
C’est par ces traits caractéristiques et qui dérivent du sens de 
-tu- nominal que s’explique la syntaxe particulière de l’infinitif 
en -tum (- lave , -toli) au regard des autres infinitifs indiens. 

O11 est trop souvent porté à croire que la notion d’infinitif est 
unitaire et qu’elle se détermine dans une langue par des traits 
constants, en sorte que, pour en décrire le développement, il 
suffirait de se guider sur des considérations de syntaxe générale ; 
ce serait par exemple l’emploi « final » qui aurait contribué à 
généraliser l’infinitif comme forme fixe, désormais incorporée 
au verbe. Mais quelque langue que l’on étudie, la constitution 
de l’infinitif est un fait complexe dont les emplois syntaxiques 
11e rendent pas compte immédiatement, déterminés qu’ils sont 
eux-mêmes par une condition primordiale : la valeur de la forma- 
tion nominale qui sert de base à l’infinitif. Il faut donc étudier 
la relation sémantique et fonctionnelle entre les mots de la caté- 
gorie nominale et les formes par où s’amorcent, en telle spécia- 
lisation casuelle, les débuts d’«« « infinitif ». Dans une langue 
comme le sanskrit où ont coexisté plusieurs types d’infinitif, 
chacun d’eux suit une voie différente, et la simple considération 
de l’emploi ne suffit pas à expliquer qu’ils aient abouti à la même 
fonction, justement parce que chacun des types a été porté vers 
cette fonction par une valeur differente, qu’il faut d’abord définir. 



'-tu ET *-ti EN INDO-IRANIEN 


93 

Alors on peut voir pourquoi tel type a été généralisé, par exemple 
dans l’emploi « final », parce qu’on discerne les relations que sa 
valeur le rendait apte à assumer vis-à-vis de verbes d’une cer- 
taine catégorie. C’est ce que l’examen a fait ressortir pour les 
formes en -tu-. En vertu de sa valeur propre, -tu- a été orienté 
vers des expressions verbales spécifiques et il s’est trouvé affecté 
à certains emplois syntaxiques, qui ont à leur tour rendu pos- 
sible un infinitif. Plus particulièrement, cette connotation « sub- 
jective » de l’infinitif en -tu- donne la preuve que certaines 
valeurs sémantiques peuvent persister dans une formation où 1 on 
s’est habitué à ne voir qu’un élément syntaxique « impersonnel ». 
Si l’on en voulait un exemple sur un autre domaine, on le trou- 
verait, et très net, dans 1’ « infinitif personnel » ( infinilo pessoal) 
du portugais, où une quasi-conjugaison permet de maintenir 
dans l’infinitif des relations de personne : tempo è de partires, de 
partirmos « il est temps de partir (pour toi, pour nous) ». Même 
la forme fixe de l’espagnol est susceptible de rendre, en expres- 
sion prépositionnelle, une valeur « subjective » : sobre ser hermosa 
es muy amiable. 


II 

Les noms en -ti. 

Si aux noms en -tu- de sens maintenant bien caractérisé, on 
confronte les noms indo-iraniens en -ti-, on les voit s’opposer 
par tous les traits de leur valeur et de leur emploi. Ces deux 
catégories, tenues jusqu’ici pour des variétés d’ « abstraits » que 
leur forme seule distinguerait, sont en réalité si profondément 
contrastés qu’elles constituent les membres d’un couple antithé- 
tique. 

Le principe de l’opposition réside en ce que -tu- caractérise 
toujours la notion comme destination, but, éventualité; mais -ti- 
toujours comme accomplissement effectif. Par suite, -tu- dénote 
une valeur d’aptitude, -ti- d’actualité. Enfin -tu- implique « subjec- 
tivité » ; -ti-, « objectivité ». Cette opposition est apparue mani- 
feste dans plusieurs des formations doubles que nous avons 
citées (av. jyâtu-/jrâti-). Elle est confirmée par le sens des très 
nombreux dérivés indo-iraniens en -ti-, dont on 11 e peut citer ici 
qu’une partie, et, pour le védique, sans égard à l’accentuation : 



noms d’action 


94 

sur environ a 5 o mots indiens, 011 compte une cinquantaine à ton 
suffixal, une soixantaine à ton radical, et quelque i4o où la place 
du ton est indéterminée 1 . 

A vrai dire la valeur générale de ces abstraits est si constante 
qu'il suffit souvent de les mentionner pour qu’elle ressorte. 
Ainsi : skr. ksiti-, av. xsiti- « établissement » ; âhuti- « liba- 
tion », av. üzuiti- « graisse fondue » ; gati, av. -gaiti- « fait 
d'aller, démarche » ; stuti, av. stuiti- « louange » ; ukti-, av. uxti- 
« parole » ; mati-, av. -maiti- « pensée » ; krti- av. -karati- 
« action » ; hati-, av. jaiti- « fait de frapper » ; bhrti-, av. baroti- 
« fait de porter (ou d’entretenir) » ; disti-, av. -disti u prescrip- 
tion » ; citti-, av. cisti « réflexion, entendement » ; sasti-, av. 
sasti- (( éloge » ; krtti- « peau (retranchée) », av. -karasti- « forme 
taillée » ; pïti- u boisson » ; rüti, av. râiti- « don » ; nisatti-, av. 
nisasti- « fait de s’asseoir » ; dâti-, av. dâiti- « fait de donner » ; 
iti-, av. iti- « fait d’aller » ; gav-yüti- av. gaoyaoiti- « pâturage » ; 
sruti-, av. -sruti- 0 fait d’entendre (ou de faire entendre » ; sati- 
« fin », av. hâiti « section » ; mrti-, av. rnarati- « mort » ; yati-, 
av. yati- a action de tenir » ; srusti-, av. -srusti- « obéissance » ; 
isti-f av. yasti- « offrande » ; etc., pour ne citer qu’une partie 
des fo nnes communes à l’indo-iranien. II faudrait y ajouter quan- 
tité de dérivés propres au védique ou à l’avestiquo et aussi des 
composés en grand nombre. 

Dans tous ces mots se montre la même valeur « objective » 
qui les distingue de ceux en -tu- et qui conditionne leur sens et 
leur emploi. Dans leurs diverses acceptions, ils se réfèrent uni- 
formément à la notion conçue comme réalisée, hors du sujet, et 
en tant qu’ « accomplissement » noétique. Par là ils se trouvent 
aptes à désigner des objets concrets, qui représentent justement 
des réalisations matérialisées. Ils se prêtent aussi — cela est 
encore une différence avec -tu- — à des rections objectives. 
Accompagnés d’une détermination, ils montrent, qu’ils soient 
noms d’action ou véritables infinitifs, une capacité de régir des 
objets qui est la marque distinctive de *-ti~. Yéd. sômasya pltdye 
« pour boire le soma » ; havya(ni) vïtâye « pour jouir des obla- 
tions » ; Titâye nrn « pour aider les hommes » ; istàye rayé « pour 
chercher des richesses » ; av. yasnahe haptaiahâtdis fravâkaëca 


1. Gf. Whitney, Skr. Gramm., § 1157. 



*-tll ET *-ti EX IND0-1RANIEX 9 5 

paityâstayaëca mazdâlayaëca zrazdatayaëca framaratayaëca fra- 
oxtayaêca « pour la récitation, la répétition, la mémorisation, la 
croyance, la mention, l’énonciation du Y. H. » (Yr. XY 2 ); nis- 
tayeiti karatae sraosyam « il ordonne d’exécuter la punition » 
(Yt X iog)\ etc. Or, il a été montré que les infinitifs en -tave, 
-tum servent seulement à prolonger une valeur subjective de fin, 
de destination qui les rend inaptes à la rection. On peut ainsi, 
en vérifiant tant l’emploi de ces abstraits en -ti- que leur sens 
propre, retrouver l’exacte contre-partie des caractères attachés au 
noms en -tu-, et selon la même division qui se manifeste en grec. 

1 . Autres exemples dans nos Infinitifs avestirjues, p. 5a et uuj. 



CHAPITRE VIII 


LES FORMATIONS LATINES EN -tus ET -tio 


Entre la formation indo-européenne en *-tu- et les noms latins 
en -tus, il n’y a pas seulement continuité historique et succession 
formelle. A ce type était attachée une valeur sémantique dont 
on peut montrer qu’elle s’est conservée et développée en latin 
avec la productivité de la formation. Cette valeur, qu’aucune 
étude préalable n’a encore dégagée 1 , apparaît dans les diverses 
catégories lexicales que le suffixe -tus a constituées, et en établit 
l’unité. 

Les mots en -tus ont ceci en propre qu’ils convoient des 
notions de caractère subjectif. Ils énoncent le procès au point 
de vue du sujet, comme aptitude ou capacité, comme réalisation 
ou pratique personnelle. La notion est subjectivée ; elle caracté- 
rise une manière d’accomplir, non le fait objectif de l'accomplis- 
sement. 

Y appartient notamment l’expression do ce qui intéresse les 
sens ou les sensations physiques : sens'us, visas, auditas, tactus, 
gus tus, artus, spiritus, anhelitus, jlatus ; — l’apparence et le 
comportement : conspedus, vultus, gestus, habitus, cubitus, inces- 
sus, vestitus, ornatus, comptas, vidas ; — les impulsions : inslinc- 
lus, impetus, ausus, conatus-, — les états physiques ou affectifs : 
risus, rictus, vomitus, ludus, questus, plandus, fremitus ; — 
des cris, sons, bruits en tant qu’ils émanent du sujet : mugitus, 

i. Seul Collin, Arcli. f. lat. Lex., XIII, p. 458, a essayé (le définir le rapport 
de sens en -tus et -tio. Il s’agit pour lui d’une « petite différence », les noms en 
-tio désignant l’action même ; ceux en -tus, le résultat de l’action ou l’état produit 
par l’action. Indication peu précise et «pii ne touche pas à la vraie nature du 
rapport. 



LES FORMATIONS LATINES EN -/-Il -S ET -tio 97 

crépitas, singultus, ructus , strepitus, sonitus, vagitus ; — des 
mouvements : saltus, tumultus, nutus, ictus, passus, et plus géné- 
ralement toutes les notions de caractère subjectif. Il n’est pas 
fortuit que les mots en -tus se forment souvent à partir de verbes 
intransitifs ou neutres, ce qu’on peut vérifier dans la plupart des 
mots cités. 

Ces caractères ressortiront mieux d'une confrontation entre 
les mots en -tus et ceux en -tio. C’est dans le suffixe -tio, substi- 
tut latin de *-ti trop affaibli, que se continue en effet la valeur 
objective que nous attribuons par ailleurs au suffixe ancien en 
*-ti-. L’opposition indo-européenne de *-ti- objectif et de *-tu- 
subjectif se reflète en latin, sur le même plan, dans l’opposition 
entre -tio et -tus. 

Le sens « subjectif » est perceptible même dans des mots 
hérités tels que port-us (cf. av. pars tu- etc.) qui indique le « pas- 
sage » en tant que possibilité, et comme caractère d’un lieu, non 
l'acte de passer; ou dans rltus (cf. skr. rt-u-) qui est 1’ « ordon- 
nance » qu’on suit, la manière consacrée de se comporter (cf. 
cnntherino rilu « à la manière des chevaux » PI. Mon. 3g5), non 
le fait d’arranger (== «/■«); ou dans de vieux mots comme fructus 
qui est d’abord la « capacité de jouir » ; usus « faculté de se 
servir » ; ou encore delectus « capacité de choisir » ; cursus 
« capacité de courir, course dont on est animé » ; l’ictus « pos- 
sibilité de subsistance » et aussi « genre de vie » ; fretus « pas- 
sage, transition » au point de vue de celui qui l’accomplit (cf. 
fretus nnni Lucr. VI 304); fétus « enfantement » comme état, 
et aussi « portée ». 

Plusieurs verbes fournissent la double dérivation en -tio et en 
-tus. La différence entre les deux classes mérite d’être illustrée 
de quelques exemples. 

Actio est ]’ « action », la « mise en mouvement » objective ; 
mais a dus, le « fait de se mouvoir » : actus mellis « écoulement 
du miel » (Lucr. III 192); — audio est « l’accroissement » 
imposé, d’où « les enchères » ; mais auctus, l’accroissement 
éprouvé par la chose même ; — auditio, « le fait d’entendre » 
(auditio fabellarum Cic.), mais auditus, la « capacité d’en- 
tendre », I’ « ouïe »; — cantio « fait de chanter; chanson 
(magique) », mais cantus « chant émis » (cf. cantum ederè) ; — 
occasio « moment favorable », mais occasus » fait de tomber » 


7 



9 8 


NOMS D’ACTION 


en parlant du soleil (solis occasus ); — captio « action de prendre 
(effectivement) », mais captus « faculté de prendre, capacité » ; 

— datio « fait de donner (effectivement) », mais datus « don » 
comme mouvement personnel : mille minimum se aureum meo 
datu tibi ferre (PI. Trin. i i/jo) « il t’apporte mille deniers comme 
provenant d’un don de moi » ; — censio « évaluation » pratiquée 
par le censeur ; mais census « évaluation » comme état en tant 
que le sujet y est compris (cf. census equituin), et par suite « état 
des fortunes, rôle » ; — inceptio « entreprise » (Ter. Andr. 218), 
mais inceptus « manière dont une chose commence » : foedum 
inceptu foedum exitu (Liv. P roi. 10); — cursio « acte de cou- 
rir » Varr., mais cursus « course » comme activité du coureur ; 

— ductio « fait de tirer », mais duc tu s « trait, manière d’ètre 

conduit » (cf. aquae ductus ) ; — factio « action de faire » ou 
de « prendre parti », mais factus (yillae) « manière dont 
une maison est construite » (Varr. RIÎ. III 1, 10), ou 

« produit de la confection » : in singulos factus « pour chaque 
produit du pressurage » (Cat. Agr. 67, 1); — gestio « accomplis- 
sement », mais gestus « manière de se comporter » ; — ingressin 
a fait d’avancer ou d'entrer », mais ingressus « manière d’avancer, 
démarche » ; — sed-itio « fait d’aller à part, de se séparer » ; 
ad-itio « fait d'aller à quelqu’un, de l’aborder » avec rection 
transitive : quid tibi banc aditiost (PI. Truc. 622). quid hue tibi 
reditiost (PI. Most. 377); mais adilùs « possibilité d’aborder, 
accès », reditus a retour; manière de rentrer » ; — motio « mou- 
vement imprimé à quelque chose », mais motus « mouvement » 
comme activité de ce qui se meut; — natio « naissance » comme 
fait accompli (cf. prenest. nationu cratia ) d’où « portée d’une 
femelle » (Varr. RR. II, C, 4 ) et « ensemble de ceux qui ont 
commune naissance », mais natus « naissance (du sujet consi- 
déré) », cf. natu mai or ; — partio « enfantement » comme réa- 
lisation, mais parlas « état de celle qui enfante » et « produit 
de l’enfantement, portée », en tant que « ce qui est à mettre au 
monde » ; — polio « action de boire » : in media potione excla- 
mavit Cic. et « boisson » (= ce qu’on boit effectivement) : cum 
cibo et potione fumes sitisque depulsa est Cic. ; mais potus « dis- 
position à boire » : immoderato obstupefacta potu atque pastu 
Cic. ou a ce qui est à boire » : potum exiguum equis impertiri 
Plin. ; — monitio « fait d’avertir » effectivement, mais monitus 



LES FORMATIONS LATINES EN -tllS ET -tio 


99 


« avertissement » en tant qu’il part de quelqu’un ( deorum 
monitu ); — pressio « fait d’appuyer, décomprimer; pesanteur », 
mais pressas (ponde ris, oris ) est le mouvement de ce qui presse 
ou est pressé ; — quaestio « fait de rechercher », mais quaestus 
« disposition à chercher (le gain) », ou « manière de gagner, 
métier » ; — satio « action d’ensemencer » : sationem facere Cat. 
Agr. 27 ; mais satus « capacité d’ensemencement » : satum geni- 
talem absterrere « refuser le pouvoir générateur » Lucr. IY, 
1233 ; — sumptiones « prélèvements effectués » (Cat. Agr. i 45 , 
2), mais sumptus « dépense en tant qu’elle est assurée, frais » ; 
— apparalio « action de préparer », mais apparatus « ce qui 
sert à préparer, ou disposition pour préparer » ; — ascensio, 
deseensio « action de monter, de descendre », mais ascensus , 
descensus « disposition (des lieux) permettant montée ou descente, 
possibilité de monter ou descendre » ; — sponsio « promesse 
effectuée » (sponsionem facere') ; mais sponsus « fait de s’engager 
par promesse » : ex sponsu agere « intenter une action en vertu 
de l’engagement pris » (Yarr. L. L. VI 71); — statio « fait de 
se tenir effectivement ; résidence, poste, etc. », mais status 
« manière de se tenir, attitude, situation » ; — missio « action 
d'envoyer », mais missus « manière d’envoyer (ou de lancer) » : 
missus sagittae « portée de la flèche » (Lucr. IV 4 o 8 ) ; — tactio 
« fait de toucher » : quid tibi istunc tactio est P (PI. Cas. 4 o 6 ) ; 
mais tactus « manière ou possibilité de toucher, tact » ; — tractio 
« action de tirer », mais tractus « manière de tirer » : tractu 
gementem rotam Yirg. ; tractus flammarum « traînées de flammes » 
Lucr. ; — conventio « fait de s’assembler, pacte », mais conven- 
lus « manière de s’assembler » : conventus partium « assemblage 
des parties » Lucr. I 611 ; — venatio « fait de chasser », mais 
venatus « pratique de la chasse » : (gens) assuela multo venatu 
Yirg. En. YII 746. La valeur « subjective » de -tus ressort bien 
de ces vers de Plaute Merc. 910 sq. où quatre mots sont grou- 
pés : usas, fructus, l’ictus, cultus iam mihi harunc aedium | inte- 
remtust, inter fectust, alienatust : Charinus déplore en quittant sa 
maison tous les avantages qu’elle lui conférait; les mots en -tus, 
liés à mihi, indiquent des notions vécues, le droit et le pouvoir 
de jouir, etc., non la jouissance consommée. 

Au total la valeur des mots latins en -tus concorde bien avec 
celle qui a été reconnue aux formations correspondantes de 



1Ü0 


noms d’action 


l’indo-iranien et du grec. La continuité du système ancien est 
établie par la persistance de l’opposition *-ii-/*-/M-danslat. -tiof-tus. 

Nous sommes conduits par la relation même des formes à 
envisager ici le supin, qui n’est qu’un emploi verbal du nom en 
-lus. Que la formation en *-tu- se soit implantée dans le système 
verbal, le fait n’est pas unique. De la prégnance verbale de *-tu- 
résultent des infinitifs en sanskrit, des supins en baltique et en 
slave. Mais le supin est affecté en italique et spécialement en 
latin à des emplois spécifiques dont il faut préciser l’origine. 

Les deux types de supin, accusatif en -tum dans ombr. a vif 
aseriato etu « aves observation ito », lat. eo cubilum, et datif en 
-lui et très probablement en -tu dans facile die tu, représentent 
les réalisations auxquelles la valeur des noms en -tus devait prêter 
le plus souvent. Cela ressort déjà des quasi-supins à l’ablatif: 
opsonatu redeô PL, arbitra tu (/«eo), iussu ( iniussu ), amplexu, 
compressa, du tu, sumptu ( meo ), occasu (solis), etc., toutes locu- 
tions qui ont force verbale et où doit être soulignée la valeur 
subjective : la détermination consiste en un pronom possessif ou 
un génitif subjectif: tuo arcessitu venio hue (PL, Stic/)., 3 a 7 ), 
ducis iussu, etc. 

Ce qui caractérise le supin en -tum dans sa liaison constante 
avec des verbes de mouvement, opitulatum, cubitum, pastum ire, 
est que la forme en -tus y manifeste une valeur potentielle. Le 
cubitus de cubitum ire désigne, non une action accomplie, mais 
une virtualité, située prospectivement au terme du mouvement 
qui la porte à sa réalisation, car cubitus a pour sujet le sujet 
même de ire. Ce syntagme cubitum ire pose le procès comme 
accomplissement d’une intention qui court, de son origine à son 
terme, dans la même ligne subjective. C’est un mouvement qui 
porte en lui la virtualité de sa destination, et le supin a pour 
fonction d’indiquer cette virtualité. Ainsi se composent la relation 
grammaticale et la relation fonctionnelle des deux éléments. 
« Virtuel » et « subjectif » sont liés. 

Dans le supin en -tu(i), compte tenu de la différence des cas, 
on voit plus clairement encore ressortir la valeur de -tus, qui 
conditionne les emplois constants de la forme : mirabile visu, 
turpe dictu, dignum relatu. Seuls sont coordonnés à ce supin les 
adjectifs propres à utiliser la valeur potentielle du mot en 



LES FORMATIONS LATINES EN -tUS ET -ÜO 


IOI 


-tus, ceux qui signifient « digne; facile; agréable... » (ou leurs 
contraires). La notion verbale est posée comme fin à réaliser, et 
la (possibilité de) réalisation est énoncée par le sens de l’adjectif. 
Le supin indique par lui-même une virtualité. Dans lepida memo- 
ratui « choses jolies à raconter » (PL, Bacch., 62), le sens de 
memoratus se définit comme « possibilité de raconter » et se 
trouve éclairé par la condition grammaticale du supin. 

Or il n’y a rien dans le supin qui ne soit déjà donné dans la 
nature des mots en -tus. Du fait que -tus impose à la notion 
verbale une détermination subjective, il inclut une valeur de 
virtualité, de capacité, de modalité dont la nuance varie avec le 
sens de chaque mot, mais qui toujours s’oppose à l’idée du procès 
actualisé et objectivé. De fait, une expression comme facilius 
dictu quam re montre qu’il fallait recourir à une autre catégorie 
que -tus pour indiquer le contraire d’une potentialité. Le supin 
latin, comme celui du slave et du baltique, a été appelé à sa 
fonction par la valeur de la formation nominale dont il est issu. 

Peut-être alors l’interprétation de la mystérieuse formation des 
mots latins en -Tira 1 sera-t-elle facilitée. Nous avons ici une classe 
d'abstraits verbaux, cultura, natura, usura, qui peuvent se ratta- 
cher soit au participe en -to- soit au nom en -tu- et dont le sens 
se relie en quelque manière à celui de -tor, au moins dans les 
noms dé profession : quaestura : quaestor. Problème complexe 
et dont aucune solution ne se dégage encore 2 . L’insuffisance des 
explications proposées tient à ce que le sens propre de cette 
formation n’a pas été clairement défini. On peut souligner les 
traits suivants : 

1" La suffixation en -(i)üra est certainement constituée sur la 
base des noms en -tu-. Entre -tus et -tara la relation est déjà 
suggérée par l'existence de la double forme pour tous les dérivés 
anciens. 2 0 Pour le sens, il y a un rapport étroit entre les deux : 
-tus indique une disposition, une capacité; -tara l’exercice de 
cette disposition ou capacité. 3 ° Les abstraits en -tïira sont 
d’abord formés sur des verbes de sens « neutre », intransitifs ou 
médio-passifs ; quand ils procèdent de verbes transitifs, ils ont 


1. Les mots sont commodément réunis et classés dans l’étude d’Ernst Zelliner, 
Die Wôrter auf -ura, Gotha, ig 3 o. Mais l’analyse des formes et du sens reste très 
sommaire ; Zellmcr relie -lüra à -tor. 

1. Cf. Leumann, Lat. Gramm., p. 21g fin (bibl.). 



102 


NOMS D’ACTION 


un sens passif. 4 ° Dans l’emploi de ces mots se montre une préfé- 
rence pour l’accusatif ou l’ablatif, pour marquer le but ou la 
cause. 

Ces propositions situent -tura dans le prolongement de -tus. 
En effet de -lus à -tura la valeur reste la même, toujours « sub- 
jective » : la formation en -tura indique la mise en pratique 
d’une capacité ou la profession qui y correspond. C’est pourquoi 
elle se prête à servir de régime à des verbes d’action : venaturam 
facere (PI., Mil., 990) ; scripturam dare (PI., Truc., 1 46 ) ; coniec- 
turam facere (PI., Cure., 2/16) ou capere (Varr., RR., III, 16); 
mercaturam facere (PI., Rud., g 3 1 ) ; usurum capere (PI., Ampli., 
108); velaturam facere (Varr., RR., I, 2, i 4 ); tonsuram facere 
( ibid ., II, u, 9). La notion de pratique, d’exercice d’une apti- 
tude personnelle est mise en relief dans l’emploi fréquent qui 
est fait de ces mots dans des constructions marquant le but ou 
la cause. Une phrase de Yarron comme celle-ci en témoigne : 

« equi ... alii sunt ad rem mïlitarem idonei, alii ad vecturam , alii 
ad admissuram, alii ad cursuram, alii ad r/iedam » (RR., II, 7). 
où l’on dirait que ad rem mïlitarem et ad rhedam ne sont là que 
faute de mots en -ura ; noter encore : exercent sese ad cursuram 
(PL, Most., 862) ; — ad cubituram magis exercita sum fere 
quam ad cursuram (PL, Cist., 379 ) ; ad sepulturam suorum 
vertuntur (Liv., I, 25 , i 3 ); ad fracturant (Cat., Agr., ibo)> 
in commixturam (id., 167, 1) ; horum feturae « pour que • 

les juments conçoivent » (Varr., RR., 11 , 7) ; composlurae 
« pour l’ajuster » (id., 22, 3 ); in mercalura vortitur « il se 
lance dans les affaires » (PL, Most.. 63 q) ; in carptura « dans 
la manière dont les abeilles butinent » (Varr., III, 16, 2b); 
ex cursura anhelitus « essoufflé d’avoir couru » (PL, ds., 327), 
in domitura, (Col . , VI, 2, 1); ... diem, quo domituram auspiceris... 
(Col., VI, 2, 3 ). 

Cette valeur ressort en outre de la diathèse des mots lps plus 
anciens : natura, fetura , usura, statura, venatura, cursura, par- 
lura sont issus de verbes intransitifs, et en promeuvent le carac- 
tère « subjectif». Quand un verbe transitif fournit un dérivé en 
-tura, celui-ci est affecté d’un sens « passif» : salsura « saumure, 
préparation salée » ; textura u manière d’être tissé », positura 
« manière d’être placé » (Lucr. II, 1019) ; iunctura « manière 
d’être joint » : quorum ita texturae ita ceciderunt..., iunctura 



LES FORMATIONS LATINES EN -tllS ET -ÙO Io3 

haec optima constat (Lucr., Tl, io 84 s.) ; formatura labrorum 
« conformation des lèvres » (id. , IV, 55 o) avec gén. subjectif; 
latuscula speculortim ... flexurâ praedila (id., IV, 3 12) ; 
deveniunt in taies disposiluras (id., I 1026, V, 192 ; dispositura 
« manière d’ôtre disposé ») ; agri culturas docuit asus « l’usage 
enseigne les diverses cultures de la terre » (id. , V, 1 447 ) ! multa 
de rerum mixtura dicere collent (id., II, 978) où l'expression de 
rerum mixtura « sur le mélange des choses, sur la manière dont 
les choses sont mélangées » est symétrique au fameux de rerum 
natura dont le sens propre est « sur la manière dont les choses 
sont nées » ; propler posituram or bis (id., V, 691) ; propter dissi- 
milem naturam dissimilisque | texturas inter sese primasque 
figuras (id., VI, 77b) où les trois mots natura, textura, figura 
(ce dernier refait sur effigies) indiquent également une modalité 
propre aux objets ; temperatura caeli litt. « état de mélange du 
ciel, temps atmosphérique » (Varr., Men., fr. 23 ); cum de confec- 
iura mellis praecipiemus ( Col., IX, i 4 , 5 ) avec un gén. subjectif, 
confectura mellis « manière dont le miel est constitué » ; animad- 
verti licet prius lanae vulsuram quant tonsuram inventant (Varr., 
RR., II, 11, 9). On voit partout que l’action est délinie comme 
une activité ou une situation propre au sujet, activité ou situation 
qui représentent une manière d’être : natura « mode de nais- 
sance » (PL, Poen., 302 ); statura « manière de se tenir » (PL, 
.-ls., 4oi); compositurae oculorum « manière dont l’œil est 
agencé, organes de l’œil » (Lucr., IV, 3 o 3 ) ; incisurae raporum 
« fentes pratiquées dans les raves » (Col., XII, 56 , 1). On s’ache- 
minait par là à faire de -tara la marque d’une activité profes- 
sionnelle, type praetura (cf. praeturam agere comme versuram, 
venaturam facere) et à rattacher partiellement -titra au nom 
d agent en -tor. Cette jonction répondait au sentiment des écri- 
vains : multa illi opéra opusl ficturae, qui se fi e tore m probum 
... esse expetit (PL, Trin., 365 ); cf. Probus, IV, 172, 24 : 
<1 nomen raptor, appellatio raptura ; nornen scriptor, appellatio 
scriptura ». Inexacte historiquement, elle montre que la valeur 
« subjective » d’une partie au moins des noms d’agent, ceux qui 
répondaient à l'ancienne catégorie en *-ter, les associait aux 
abstraits en -tus et en -titra et qu’ainsi réapparaissait leur liaison 
fonctionnelle. 

Quant à la genèse historique de la formation, qui est de créa- 



NOMS D’ACTION 


i o4 

tion latine, on la cherchera vraisemblablement dans un élargis- 
sement de -tu par -ra qui serait à - ro - adj. ce que -tâ est à -to- 
adj. C’est dire que nous admettons une connexion morphologique 
entre cette formation et celle du participe futur en -tïïrus. Il 
semble que la création de -türus ait été d’abord parallèle à -türa, 
d’après mâtü-rus (de *mâtïi- « disposition à mûrir »), futü-rus « voué 
à être », procédant aussi de -tus et impliquant prédestination ou 
capacité. Puis une relation se serait établie avec des thèmes 
verbaux de sens « neutre », d’où ilurus ; cf. cum examen exi- 
turum est « quand l’essaim se dispose à sortir » (Varr., RR., III, 
16 ), si ventura s es « si tu dois venir » (PI., Capt., 1 83) ; et 
progressivement, avec d'autres verbes, en sorte que la liaison 
avec -tura d’une part, l’opposition à -endus de l’autre, l’auraient 
restreint à la voix active pour énoncer, sous forme d’adjectif, 
1 obligation ou la destination. Comparer par exemple versura 
foliorum « manière dont les feuilles sont tournées » (Varr., RR., 
I, 46 ) et versurum quidquiderat « ce qui devait tourner, l’avenir » 
(Ov. Fast., I, 636). Entre versura et ver-surus le rapport est 
apparent : versura « prédestination à tourner » : versurus « ce 
qui est prédestiné à tourner ». La signification fondamentale de 
la catégorie en *-tu- a produit ici, par des voies différentes, la 
création d’un adjectif verbal, pour la même raison qui a déter- 
miné la création des adjectifs d’ « obligation » sanskrits en -tavya, 
grecs en -té;;- 



CHAPITRE IX 


NOMS D'ACTION SIMPLES ET COMPOSÉS 


Les deux types de dérivés, en -ti- et en -tu-, sont représentés 
en gotique comme dans l’ensemble du germanique, où ils con- 
servent leurs caractères formels. Il y a entre les deux, en parti- 
culier, cette différence que d’autres langues indo-européennes 
confirment, que le premier suffixe s’attache de préférence à des 
composés, le second à des noms simples. Déjà K. von Bahder 
( Verbalabstrakta , t88o, p. 77, 11. 1) a remarqué l’emploi de -ti- 
en composition, en face de -tu- pour les simples : d'une part got. 
anda-hafts, ga-skafts , ga-baurfjs, fra-gifts, etc. ; de l’autre 
hliftus, lifitts, daufms, Jnihlus , flodus, etc. Mais là s’arrête la 
différence qu’on leur reconnaît. Hormis cette particularité toute 
formelle, rien, sous le rapport du sens et de l’emploi, ne semble 
les distinguer et ils sont enregistrés partout comme assumant 
pareillement la fonction d’ « abstraits verbaux ». A vrai dire cette 
identité fonctionnelle ayant été admise sans contestation pour 
l’indo-européen, il n’y avait pas de raison qu’elle prêtât à discus- 
sion en germanique. O11 s’est d’autant moins avisé de la vérifier 
que souvent les mêmes mots grecs sont rendus en gotique par 
des mots de l’une ou de l’autre formation, indifféremment en 
apparence. 

Et cependant -ti- et -tu- ne s’équivalent pas plus en germa- 
nique que dans les autres langues. Leurs dérivés respectifs 
assument des fonctions différentes, qui s’opposent de la même 
manière qu’en indo-iranien, en grec et en latin. Pour vérifier 
ce principe il faut pouvoir confronter dans leur emploi propre 
des dérivés de la même racine, que seule la suffixation distin- 
guerait. La chance nous offre cette possibilité en gotique. Nous 



10Ô NOMS D'ACTION 

pouvons opposer l’un à l’autre, et par deux fois, des abstraits 
gotiques en - ti - et en -tu- tirés du même verbe. 

De <« goûter, éprouver », on a un abstrait en -ti-, got. gakusts 
(skr. justi-, cf. gr. veSaiç) et un autre en -tu-, got. kustus (lat. 
guslusj. L’un et l’autre traduisent gr. 8exi| i./p Mais comment le tra- 
duisent-ils et pourquoi le traducteur a-t-il fait choix de l’un ou 
de l’autre pour rendre le même mot? 

gakusts est employé dans l’expression pair h gakust pis and- 
bahtjis (Il Cor., IX, i 3 ) pour rendre §ià xfjç Soxigîjç Zvxv.yr.y.z 
txutyjç « par la preuve de ce service », c’est-à-dire « par la preuve 
que ce service donne (de votre libéralité et de vos sentiments 
pieux) » ; la Siaxovlx en question est la âiaxovia xîjç /.îrccupyta^ ( ibid ., 
12), l’accomplissement d’une œuvre de piété, dont Paul exhorte 
les fidèles à fournir la « preuve ». Il s’agit donc d’une preuve 
objective et constatée ; la forme en -ti- sert à exprimer la notion 
effective, avec rection d’un génitif objectif. 

Mais kustus est une autre sorte de Ssxq \xr\ : II Cor., II, 9, ei 
ufkunnau kustu izwarana = fvx yvw t f ( v Izy.vi.f) ùjjmv « (je vous ai 
écrit) pour savoir par votre épreuve (= en vous mettant à 
l’épreuve) si vous êtes obéissants en toutes choses » ; kustus 
signifie 1’ « épreuve », non la « preuve », l’épreuve comme res- 
sentie et dont le caractère subjectif se marque à la liaison prono- 
minale (« l’épreuve qui est votre fait »). — II Cor., VIII, 2. in 
managamma kustu u aglons « èv xoAA-îj §oy,i|/,ï) 0/,éieoi;, dans la fré- 
quente épreuve de l’affliction »; emploi également subjectif (ces 
communautés ont éprouvé l’affliction) ; — II Cor., XIII, 3 , unie 
kustu sokeip pis in mis rodjandins Xristaus « îoyj.;;.r,v ‘Crpz'.xz tîj iv 
sp.0’1 /.aXoSvxs; Xpwrcoâ » ; ici aussi la version gotique met en 
valeur I’ « épreuve » plutôt que la « preuve ». Le sens est en 
effet : « Je serai sans pitié, puisque vous cherchez il éprouver (ce 
que vous ressentirez bientôt) que le Christ parle en moi ». De 
fait la Vulgate emploie ici experimentum comme dans tous les 
exemples de kustus, alors que gakusts répond à probatio « action 
d’éprouver objectivement qqu’un ». Ainsi kustus « épreuve 
(subie) » s’oppose à gakusts « preuve (fournie ou constatée) » 
pour différencier, selon des valeurs encore vivantes en gotique 
et dont le sentiment guide la traduction, les emplois d’un même 
mot grec. 

Le second exemple est donné par les deux dérivés de « croître » : 



NOMS d’action’ simples et composés 


107 

d’unepart us-wahts « a "iqrp'.q » , de l’autre wahstus « auipgc.ç, YjAixia », 

On trouve un seul exemple de uswahts Eph., IY, 16, uswahl 
leikis taujip « tijv aîi^oiv tîj 3W[Aaxcç irstcvca'., il réalise 1 accrois- 
sement du corps ». C’est F « accroissement » comme fait accompli 
et constaté, le produit d’un « acte ». 

Mais wahstus dénote 1 ’ « accroissement » éprouvé, la croissance 
comme phénomène subjectif, la dimension naturelle du corps, 
c'est-à-dire la « taille », la « stature » (cf. lat. statura pour la 
même notion) : wahseip du wahstau gudis « y'ïqv. vrp scj^div xoî 
fJsoO, (le corps) s’accroît de l’accroissement que Dieu donne » 
(Col., II, 19); hvas ... mag anaaukan ana wahstu seinana aleina 
aina ? « xiq ... 06'ixix t Trpoo-Osïvai stcI ~rp rg'Mxt xj-oü rvrf/u v Iva ; qui 
peut ajouter à sa taille une coudée ? » (Mt, YI, 27) ; in mitap 
wahstaus fullons Xristaus « sic p.iopo'i r t \v/J.xç xî 3 sYr)pwp,«TOç tou 
XpnrecO, à la mesure de la stature accomplie du Christ » (Eph., 
IV, i 3 ); les u s paih frodein jah wahstau jah anslai « I/jaoOp upsé- 
■/,zr.~.v> czoix "/.a! rp'.'/.h. ■/.%'. y/xpv et, Jésus croissait en sagesse, en sta- 
ture et en grâce » (Le, II, 52 ) ; unie wahstau leitils was « oxi xf, 
■tp.u.ix [j.’.y.poç r,v, car il était de petite taille » (Le, XIX, 3 ). 

On voit donc confirmé par le gotique le principe de l’oppo- 
sition indo-européenne entre les fonctions de -ti- et de -tu-, celle 
de la notion actualisée et objective pour -ti- ; éventuelle et 
subjective pour -tu-. Le traducteur gotique joue avec finesse de 
ces oppositions, dont 011 trouve d’ailleurs d'autres preuves. Un 
examen des principaux mots de chaque catégorie vérifie le prin- 
cipe de la répartition. Aux abstraits en -tu- est dévolue l’expres- 
sion de toutes les notions subjectives : sentiments, manifestations 
internes : puhtus « sjn-i5y;5iç, conscience » ; daupus « ôivaxip » ; 
wulpus « oiç-j. » ; lustus « èmO'jpfa » ; parfois aboutissant à des 
mots concrets: lipus « p.i't.oz, membre », proprement « capacité 
de mouvement » (cf. afleipan « faire mouvement ») ; maihstus 
« y.sTupia », proprement « urination » *meigh-s-tri). Avec *-ôtu- on 
a gabaürjopus « joie », auhjodus « 05 puScç, tapage, sédition », 
wratodus « cSotxspfa, voyage » (au point de vue du voyageur, 
comme activité pratiquée, II Cor., XI, 26), flodus « ■zo~.ap.6q », en 
fait « mouvement des eaux, flot montant » (L., YI, A 9)- Avec 
*-aslu- (type gr. àaitacT'jç), got. -assit-, formant sur base nominale 
des noms qui sont, significativement, des noms de qualité : got. 
ihnassus « égalité », ufarassus « excès », kalkinassus « état de 



io8 


NOMS d’action 


prostituée ». Avec -tut- (type lat. servi- tus, irl. oentu « unité » < 
*oinotüt -), également des noms de qualité : got. mikildups « 

Os: », gamaindups « xotvom'o! », managdups « ■scptiTSi'a », etc. A 
travers l’ensemble des types de dérivation s’affirme la signification 
essentielle du type en *-lu-, 

A l’opposé, les noms en -ti- marquent, qu’ils soient simples 
ou composés, l’effectivité objective : gabaurps « naissance ». (skr. 
bhrti) ; ga-munds « mémoire » (skr. mati-, et secondairement 
lat. mens, mentio) ; slauhts « égorgement », cf. lamba slauhtai s 
« xpoZx-x zya'tf:, brebis de boucherie » (Rom. VIII 36); lists 
« p.s6sseta, ruse » ; mahts « force » (cf. v. si. moêti) ; us-drusteis 
pl. « <xl zpzyùy.’. (scil. sSii) »; proprement « les précipices » (Le 
in 9); ga-dêps « (v>.s)9sj'!a » (cf. v. si. blago-déti) ; anda-hafts 
« réponse » ; gaskafts « création », etc. 

Les mêmes formations sc partagent parfois entre -tu- et -ti- à 
l’intérieur du germanique : v. isl. mattr « force » de *mahtuz, 
mais got. mahts de *mahtis ; — v. isl. grqptr « Begràbnis » de 
*graftuz, mais autres dial. *graftiz ; — got. puhtus « conscience » 
de *punhtuz en face des formes du type ( ver^dachl de *panhtiz, 
etc. Ces discordances attestent des créations indépendantes où, 
selon les dialectes, s’atteste l’une ou l’autre fonction do la forme 
nominale. 

* 

* * 

Il serait intéressant de poursuivre l’étude comparée de -ti- et 
-tu- en celtique, où ils sont l’un et l’autre représentés. Outre le 
suffixe fréquent *-tïït- (lat. -tus, got. - dups ) attesté par v. irl. 
oitiu « jeunesse » (* yowntût ), bethu « vie », ointu « unité », neb- 
marbtu « immortalité », etc., on a une série de noms verbaux ou 
infinitifs de formations variées. Entre autres, des masculins en 
*-tu- tels que comalnad « accomplissement » ; labrad « langage » ; 
marbad « meurtre » ; elscud « ardeur », su(iyiigud « placement », 
etc., et des féminins en *-tio comme airitiu « acceptation », 
tuistiu « (pro)création », toimtiu « opinion », foditiu « tolérance », 
tichtu u venue », etc.*. Il faudrait reprendre, sur la base d’énu- 
mérations complètes et en confrontant leurs emplois syntaxiques, 
l’étude de ces deux formations pour vérifier si leur relation est 

i. Cf. Venilryes, Grarnm. du v. irl., p. i54~i 55 ; Thurneysen, Gramm. of OUI 
Irish, 1946 , p. 45o sq. 



noms d’action simples et composés 109 

semblable à celle qui a été décelée en indo-iranien, en grec, en 
latin et en gotique. On ne peut que soumettre ce problème à 
l’attention des celtistes. 

* 

* * 

Le rapport de *-ti- et de *-tu- implique dès l'indo-européen un 
problème de haute importance et qui intéresse directement la 
fonction des deux suffixes. Selon une doctrine qui a été for- 
mulée par Wackernagel et généralisée par Meillet, puis reprise 
par plusieurs auteurs, la formation en *-ti- était originairement 
limitée au second terme des composés, alors que *-tu- formait 
des mots simples '. 

Ce principe a été si souvent invoqué et illustré d’exemples 
qu’il est inutile d’en présenter une fois de plus les preuves ; 
d’ailleurs l’énumération donnée plus haut des noms grecs en 
-cri; et en -zûç montre déjà la prédominance de la composition 
avec -aiç à l’encontre de -tjç. Mais le problème est maintenant 
de comprendre une discordance qu’on s’est jusqu’ici borné à 
constater. Comment s’explique cette répartition et, puisque 
la présente étude fait ressortir les profondes différences entre 
*-ti~ et *-tu- quant à la valeur et à l’emploi, quelle relation unit 
le problème morphologique de la composition nominale à la 
position sémantique des deux formations? 

Il faudrait d’abord délimiter la portée de l’observation ini- 
tiale. Il est certain que les mots en -ti- se présentent souvent en 
composition. Peut-on dire que la formation en - ti - ait été 
« limitée » aux composés ? Ce qui nous apparaît ici est moins 
une nécessité qu’une capacité. Si l’on recense sommairement 
dans chaque langue indo-européenne l’effectif de la formation, 
on doit reconnaître que les composés, pour nombreux qu’ils 
soient, laissent néanmoins subsister une proportion appréciable 
de noms simples. En védique, sur io4 mots en -ti-, 011 ne 
compte pas moins de 56 simples, dont a3 toujours et 33 par- 


1. Le principe a été (l’abord indiqué pour le germanique par K. v. Bahder, 
Verbalabslrnkta, 1880, p. 77, 11. 1, puis repris par J. Wackernagel, SBAW., 
1 y 1 8, p. 38 o sq. et développé par A. Meillet, BSL., XXV, p. Iî3sq. Cf. en outre 
Duchosne-Guillemin, Composés de l’Avesta, p. 91 sq. ; Renou, Rev. ét. indo-europ., 
I, 19.38, p. 1 57 sq., Schwyzer, Griech. Gramm., I, p. 5 o 4 ; Holt, Noms d’action 
en -ai;, 1941, p- 20 sq. 



I 10 


noms d’action 


tiellement simples, soit une bonne moitié du total. Et, dans le 
nombre, des mots indéniablement anciens : isli-, iti-, üti-, krtti-, 
râti-, sâti-, sasti-, parti-, pïti-, viti-, etc. Du vocabulaire iranien, 
on ne se résignera pas à congédier comme « savants » des termes 
d’antiquité évidente employés dans les Gïïthàs : darsti- « vue n 
(cf. skr. drsti -), sniti-, av. inti- u tourment », cisti « doctrine », 
râti- « don », urvati- « accord », etc., av. s iti- (v. ksiti- « éta- 
blissement )>), uxti- garanti par l’emprunt arm. uxt (gén. uxti) 
« accord, traité », ou encore v. p. sirati- « félicité » qui répond 
si bien à lat. quiês. Il n’est pas non plus facile d’éliminer du 
grec le plus ancien les simples en -ti- tels que oiv.ç, y.xr- 

G'.ç, Spjjsi;, jsÿjŒiç, jîâisç, îsa».;, G'.aiq, aûsi;, (pusi; etc. qui 

forment à peu près la moitié du contingent homérique ; ni du 
gotique, malgré la prédominance des composés, des simples 
comme aids « aiwv, », ansts « yiv.z », ai lits « possession », 
liaifts « iyiôv », knops v yçvaç », lists « [j.ïOoîsia », mahts « ïùvay.ç » , 
sai/hts « àaôsveta », paurfts « ypz [y. », i vists « », non plus que 

du latin les simples ars, mens, mors, fors, quies, etc., ni du 
slave des infinitifs tels que piti, ni de l’arménien un mot comme 
bay « parole » (fbhati-, cf. gr. oyr.'.f). 

Rien ne prouve donc que les abstraits en -ti- aient été en indo- 
européen « limités » aux composés. Le nombre et la qualité des 
simples constituent au contraire une donnée positive à inclure 
dans le problème. O11 ne saurait objecter que ces noms simples 
peuvent souvent résulter de développements indépendants: il est 
certain, par exemple, que l’équivalence de gr. yjG'.ç et de skr. 
bhüti-, de lat. mens et de skr. mnti-, de got. aihts et d’av. is fi- 
ne renvoie pas nécessairement à des prototypes communs. Mais 
tout ce qui importe ici est de reconnaître que, soit dans la 
période commune soit dans les développements historiques, -ti- 
a pu former des simples aussi bien que des composés, que la 
prédominance progressive — très réelle — des composés n’ef- 
face pas l’existence des simples et que l’appréciation du rôle de 
-ti- doit tenir compte de cette double capacité. 

La situation respective de *-ti- et de *-t.u- se trouve alors trans- 
formée, à l’avantage de -ti- et au détriment de -tu-. On part d'un 
état où les deux suffixes peuvent également former des simples, 
et si une « limitation » doit être reconnue, c’est -tu- qu’elle 
atteint, non -ti-. Car ce n’est pas *-ti- qui est limité aux eompo- 



NOMS d'action simples et composés 


1 1 [ 


ses, mais, bien au contraire, c’est *-tu- qui est limité aux simples. 
Alors que *-ti- garde la capacité de former des simples et acquiert 
celle de former des composés, -tu- est exclu de la composition 
et demeure confiné aux simples. En d’autres termes, l’état ini- 
tial présente une opposition dissymétrique : *-tu- pour les 

simples seulement, *-ti- pour les simples et pour les composés. 
Y succède une opposition symétrique : *-tu- pour les simples, 
*-ti- pour les composés. 

D’où vient alors la différence de capacité entre les deux types? 
Ea réponse est donnée par la définition de leur fonction respec- 
tive. Avec *-tu- s’exprimait la notion « subjective » seule. Mais 
*-ti- marquait la réalisation objective, donc réalisation de quelque 
chose et susceptible de toutes les déterminations possibles. Aussi, 
en face de kustus, wahstus, le gotique crée ga-kusts, us-wahts, 
où le préfixe précise la notion d’achèvement, de réalisation. Les 
noms en -ti- pouvaient régir d’autres noms et comportaient une 
plus grande mobilité. L’aptitude à former des composés résulte 
de celte diversité d’emploi qui les assimile à des formes verbales. 
Du fait qu’on avait en védique un syntagme de détermination 
sdmasya pïtdye, vajasya satàye , avec rection objective, on a pu 
former somapïtaye, vajasâtaye, et plus généralement doter le 
nom en - ti - des mêmes préverbes que le thème verbal corres- 
pondant. Il y avait en grec outre gaîvw, quantité de modalités 
du verbe : xia- -axtx- zpo- [j.etx- ajp-paivw. Parallèlement, outre 
jixs'.ç, on a formé àvâ- nata- [j.erâ- xps- a-'jp.éxaiç. Là est le principe 
de l’extension considérable que -ti- a reçue du côté de la compo- 
sition, tandis que -tu- ne pouvait rendre que la notion verbale 
simple, sans détermination ni variation. Le jeu des relations 
fonctionnelles d’une part, la chronologie des formes, de l’autre, 
donnent une raison suffisante à cette différence de condition, 
dont nous trouvons d’ailleurs l’équivalent dans les noms d’agent, 
où *-tor forme des simples, tandis que *-ter peut former des 
composés. 


CONCLUSION 

Tout au long de cette étude, d’une langue à l’autre, nous avons 
vu se répéter en traits pareils cette opposition entre *-ti- et *-tu- 
qui ressort de notre analyse. A la définition sommaire qui les 



1X2 


NOMS D’ACTION 


englobe sous le terme de « noms d’action » est substituée une 
distinction de leur valeur et de leur emploi en deux catégories 
distinctes : 

*-tu- dénote l'action comme subjective, émanant du sujet et 
l’accomplissant, en tant que prédestination ou disposition 
interne, déploiement d’une virtualité ou pratique d’une aptitude 
personnelle, dirigée toujours dans le même sens; 

*-ti- indique l'action objective, réalisée hors du sujet par un 
accomplissement fini en soi-même et sans continuité ; apte à 
caractériser toute notion « effective ». sur le plan noétique ou 
dans une acception concrète. 

Or cette double structure de 1’ « action » se révèle symétrique 
à la double structure de 1’ « agent », de sorte que de 1’ « agent » 
à T « action » se dessinent deux grandes homologies : 

Le « nom d'activité » en *-tu- est corrélatif au nom d’agent en 
*-ter. C'est la même fonction sous deux aspects : *-ter- désigne 
l agent comme voué à son activité, et *-tu- l’activité comme 
manifestation de l’agent ; 

Le « nom d’opération » en *-li- est corrélatif au nom d’ « auteur » 
en *-tor, acte posé comme accomplissement intrinsèque et objec- 
tif, réalisation chaque fois autonome ; auteur défini à partir d'un 
acte qu'il a projeté hors de lui et qu’il transcende. 

Sur deux lignes sémantiques parallèles se développent : d'un 
côté le monde de 1’ « être », gouverné par une nécessité interne, 
informé de virtualité, où l’action dessine une aptitude de l’agent 
et l'agent s'abolit dans ce qu’il a fonction d’accomplir ; de 
l’autre, le monde de la « réalité », des procès objectifs et des 
données de fait, où les choses existent comme accomplissements 
autonomes et l’auteur est lui-même objectivé comme possesseur 
de son acte. 

Chacune de ces notions globales d’ « agent » et d’ « action » 
se scinde en deux concepts opposés qui à leur tour s’organisent 
en un système. A travers la diversité des emplois de « parole », 
on discerne la cohérence d’une structure fondée dans la langue. 
Et à partir de cette définition synchronique, on pourra mesurer 
les variations que l’histoire de chaque langue a instaurées, et 
aussi mieux discerner, dans d’autres types de formations, la 
nécessité qui les agence. 



TROISIEME PARTIE 

COMPARATIFS ET SUPERLATIFS 


8 



C’est l’enchaînement des formes qui a commandé l’ordonnance 
de cette troisième partie. L’objet en était de définir le sens et la 
fonction du suffixe *-to-. Or ce suffixe apparaît le plus nettement 
spécialisé dans la catégorie du « superlatif ». Mais il y a deux 
formes de superlatif, qu’il fallait étudier conjointement. En 
outre, le superlatif est, au point de vue formel, connexe à une 
catégorie toute différente, l’ordinal, qui demandait un examen 
distinct. Par ailleurs, le problème du superlatif ne se sépare pas 
de celui dn comparatif qui s’offre en une double formation et 
devait lui aussi être considéré à part. 

Ainsi se dessine, à rebours, la progression de ce chapitre. On 
part du comparatif, pour en spécifier le fonctionnement et le 
sens. Do là on passe au superlatif, mais à travers l’ordinal, ce 
qui entraîne la discussion successive de problèmes différents. On 
accède ainsi à une définition du suffixe -to- dans tous ses emplois, 
définition obtenue par la convergence de traits communs à des 
formations devenues historiquement indépendantes. 



CHAPITRE X 


LE COMPARATIF 


I 

Le comparatif indo-européen est caractérisé par deux formes : 
l’une, primaire, en *-yes- (élargie en *-is-en-'), l’autre, secondaire, 
en *-tero-. On les range communément sous la même dénomina- 
tion, en admettant que leur fonction est identique, quoique cer- 
taines classes de mots adoptent de préférence l’une de ces deux 
formations. Par exemple, les pronoms personnels, les adjectifs 
sur base adverbiale, les mots pour « droit, gauche » sont géné- 
ralement en *-tero~. Les comparatistes s’accordent aussi à juger 
que ni l’une ni l’autre n’était proprement comparative à l’ori- 
gine : *-yes- serait un intensif; *-lero- indiquerait des opposi- 
tions. Sans reprendre ici une description détaillée qui se trouve 
dans tous les manuels, on examinera successivement chacun des 
deux sullixes, pour ressaisir dans les formes qu’ils constituent 
leur sens et leur fonction respectifs. Cette démarche inductive 
expliquera que nous ne commencions pas, à l’exemple de tant 
d’auteurs récents, l’étude du comparatif par une définition de ce 
qu’est en soi la comparaison*. 

On a l’habitude de caractériser *-tero- comme marquant d’abord 
des « Kontrastbegriffe » dans des couples de mots opposés: 
'C£pcç/i»p.sT£ps; ; — TpiTepcî/üaTspsç ; — dexter jsinister , etc. Mais 
déjà la notion d’ « opposition » prête à équivoque dans cette 

i. C’est ainsi que procèdent en dernier lieu H. Jenseu, Der steiyerude Vergleich 
und sein sprachlicher Ausdruclt (IF. LU, iy 34 , p. io 8 -i. 3 o) et A. Gallis, Eludes sur 
la comparaison slave (Norsk Videnskaps Akad., 1946, n° 3 ), Oslo, 1946. Ce dernier 
ouvrage s’ouvre par un chapitre documenté qui résume bien l’état du problème. 



COMPARATIFS ET SUPERLATIFS 


I l6 

formulation. On peut s’étonner qu’une opposition se marque 
également dans les deux termes du couple. Où est alors le signe 
de cette opposition ? De plus pourquoi ce suffixe s'attache-t-il 
aux pronoms personnels, que leur sens différencie assez, et 
pourquoi spécialement au pluriel? Tous ces points demandent 
à être éclaircis, et puisque la définition de *-tero- dérive principa- 
lement des emplois non comparatifs du suffixe en grec, c’est en 
grec que nous étudierons le comportement des adjectifs en -xspo; 
dans cette fonction de contraste. 

Or l’examen des faits homériques enseigne que, lorsque la 
forme en -xEpcç sert à opposer un adjectif à un autre, seul Y un 
des deux est signalé par le suffixe. En voici une liste d’exemples: 
xcaiç u [J, r, yspatv à©’ r, jASXÉpïjatv (N 8 i 5 ) 
cr t 6’ Up r, zsçaAŸj xxt vwtxepov Ar/cç (O 3 9) 
è y w ... à©’ ûp.s xsptov xoXfwv (P 222) 
euxi ;j.ô ... -ç'ûL'fV) jy.sx£ psv 3 e ... (T 1 85 - 6 ) 
iv xoAst ùiAsxspyj ... oTy.ov 8à çp t X v; v sç xaxpîSa y aïav (E 686) 
YjjAîïç ... Ei'Xogev • xeîvsi 3 à ©çsxïpYjffi àxxsOxXùjjtv SXovxs (A 406-9) 
TÙ.rfiv. ... ©sExsptp ..., 3 è ... (P 33 o) 

JJ. é Y S'jySÇ ... ÛXEpXEpSV euyoç (A 288-290) 
ex! tax p.xyr; xixaxo ... y.uSo; ûxipxEpov (M 436-7) 

•JffXSpOV ... vOv (0 202) 

Ax6e veûvwv 7 x, x : î) , Seçixeptj ci ... (A 5 oo) 

•/Etpxç i;x«pxx£ ©y.aiîj, Sê^txEpi) Si ... (“E 4 go) 

©xxtîj sV/oç =yœv‘ Èxspr,©'. 8à XàÇsxo xixpov (fl 734 ) 
èx’ xptaxEpà xoïtv àxxp xov SeI-icv txxov (T* 336 ) 
otS’ èxt c£;!x ..., oto ’ èx’ àptaxspx vw^ax 1 , (ümv (H 2 . 38 ) 
eIx’ ixt Se^ix ..., Etx’ àx’ xptcrxspâ (M 23 g- 24 o) 

VJE VÉMV àvSpÛV, 01 XpOYeVEJXEpof EIC1V (j 3 29) 
a’.Swç S’ aî vsov avSpx yspatTEpov È^EpÉEcOxt (y 24 ) 

XEtpX È|AE10, VEpX'.i, VSWxëpOU (Q 433 ) 

ôxXoxspwv otvâpwv tppsvsç ... stç 3 ’ 6 y-P (i>v gsxëijeiv (T 108) 

Y’/jpaç ... xoupoxépoiat (A 3 1 5 - 6 ) 

oç x’ È'Eoysç, oç xs lAsenjsiç, oç xs yEpEtôxspoç (M 270) 
b [aÈv oipavov EÙpùv fy.âvEt o^etïj y. 0 p u 7] ' ... 

XOV 3 EX £ p 0 V 7 /.OXEAOV y 0 X [AX/, (ü X £ p O V O'iSl (M 72 /lOl) 

ai [AÈv ... y.xxatSxxxt àv 0 pûxoi©tV ai 8’ xu ... état 0 £<.'>x£pat (v 1 10-1 1 1) 

xaïoaç xpwO^êxç xsÀtoy.poxâoouç xs vipovxxç 

... 0 r,).ûxEpxt Si vuvxty.Eç (© 5 i 8 - 52 o) 



LE COMPARATIF 


II? 


xpatxvoxspoç p.b ydcp xe vssç, ASTXX’fj 5s xs [Lîjxiç (V 090 ) 
x\yoç èy.w ... Xaoïsiv 3’ aXXowi [iivuvOaSitûXspsv a X y s ; (X 53- 

N) 

cxîvw^sî yàp s 3 ôç, xâ^x 0’ s ip'jxspr; 'xapsXàaaai ('F 427) 

3w âçvsïcv icsXsxat v.v. x'.piYjsoxspoç aùxs? (a 3 9 3) 

«Y^tffxîvot IiïiTCxov vexpoî - ...ixaupsxepoiâè tioXù <p0ivu0îv (P 36 1-364) 

sù y.apxs pcç strai, ... âXX’ 0 ye çspxspô; ècx-.v (A 281 ) 

sï'/.s; ^sXxspiv stvai, scs! jîXaSepov xs Oiiprjsi (/*. Herm., 36 Hés., 

[<?/>., 365) 

aXXz xai feicot pâpS'.axst OsUw ... xtiiv 3’ iotcoi p.sv ïaatv àoâpxspo; 

[( l F 3 io-3i 1 ) 

xat xsv sXaœpsxspoç usXsp.sç ... ysvotxs ... au yâp ww. xx 95 {j. a p.sytsxcv 

[(X 287 - 8 ) ; 

xs ys ©tXxepcv -^sv Zvjvt xs y.ai ... 'E/.ïjêôXui, si' p.s saps; 7 s sspôppsvs; 

[slpùaTC (X 3 oi-3o3) ; 

ILVtJaw. xaxpsç aoto, ... xvjXfy.ou <.>; xsp $7(02 ..., 

sy<j> 3’ èXss'.vsxspô? issp ... (O 486-5o4). 

Tel est l’emploi ancien de l’adjectif en *-tero- : il s’oppose 
toujours à une forme différente au « positif » et non à une autre 
forme en -tero-. L’opposition n’est pas : Seçixepés/àpwxspiç, mais 
toujours 3s^i6;/àpiaxepo; ou îy.aisç/Seî'.xspàç ; non û|ji,sxspsç/r,;Lsxspoç, 
mais Oy.sç/ifjijixepoç. En face de Oswxspoç, il n’y a d’ailleurs pas de 
forme en -xspc? bâtie sur avOpcoixoç, et en effet l’opposition s’éta- 
blit entre y.axaiêxxai àvOpwssiai et Osuxipat (v iio-m). Du fait 
qu’on trouve chez Homère ipssxsps; d’une part, âypûxspo; de 
l'autre, il ne résulte pas qu’on doive restituer un couple spss- 
xepsç/àypwxspcç, que le sens déjà rendrait impossible, puisque l’un 
et l’autre s’équivalent à peu près au sens de « sauvage ». En 
réalité spéaxspo.; se détermine par rapport* à la notion de « plaine 
(cultivée) » (l’adjectif pourrait être r.i Sivoç), et àypwxcps? par 
rapport à la notion de « maison » et de « domesticité » (cf. lat. 
agrestis ou rüsticns et domesticus). Dans l’ordre des sexes, on voit 
que 0ï)7,üxspoç, spécifiant pour les besoins de l’énoncé la classe 
féminine comme distincte, s’oppose à des catégories masculines 
yfpovxêç), et 0y;X'jxspac 0 sat au groupe des dieux Poséidon, 
Hernies et Apollon (0 324); ailleurs la mention des yuvaixSv 
0r ( Xuxepxuv (X 386) résume une énumération de femmes, à laquelle 
succède et s’oppose une évocation des hommes; ou elle englobe 
tout le sexe féminin (X 434)> etc. Mais il n’y a pas chez Homère 



1 1 8 


COMPARATIFS ET SUPERLATIFS 


d'adjectif en -tspoç pour « mâle », et il n’en existait probablement 
pas. On n’en avait pas besoin ; le genre « normal » étant le genre 
masculin, seule la classe opposée devait être signalée. Il serait 
contraire et à l’usage constaté et au principe même des expres- 
sions oppositives que chacun des deux termes fût « marqué ». 
Nous ne jugeons donc ni ancienne ni significative l’expression | j.zze 
èsasvjinipav [a 4 ts OïjXuxspav d’une inscription éléenne (Schwyzer, 
n° 42-4, 2), qui est souvent citée : c’est évidemment, à l’encontre 
de ce qu'on admet, une fabrication analogique et secondaire. 
D’ailleurs la forme pour « mâle » 11’est même pas constante ; à 
cûté de spsevaîtepsç on trouve aussi àpplvcspoç. Le type régulier 
est celui qui apparaît dans un texte d’Epidaure du iv e s. : apsevja 
•/) Of)Au|Tépav (Schwyzer, n° 109, 84 ), ou encore dans l’expression 
zà(x) xopplvxepov du jugement de Mantinée (Schwyzer, n° 661, 21, 
v' s.) qui 11e comporte pas le terme opposé. 

La preuve que tel est bien l’usage ancien du suffixe réside dans 
les expressions similaires d’autres langues. A gr. âs^iéç/àpiaTcpiç 
répondent exactement av. dasina-jvaù'jastâra- et got. taihswa/ 
hleiduma (où la forme en - tero - pour « gauche » a été remplacée 
par un superlatif, la relation des deux termes du couple restant 
la même). Mais en latin dexter/sinister est secondaire : le couple 
ancien était dexterjlaeeus où, en vertu d’une conception propre 
aux Italiques, « droit » était le membre marqué de l’opposition. 
Aller est corrélatif de unus, non d’un second aller. 

En conséquence, le terme matertera « sœur de la mère, tante 
maternelle » ne doit pas être mis directement en rapport avec 
mater, en tant que « la presque mère », mais bien opposé à 
amita « sœur du père, tante paternelle » ; le terme de base est 
amita, désignant la « vraie » tante et dont se différencie mater- 
tera qui signifie « la (tante) du côté maternel ». Ainsi s’expli- 
queront aussi des noms génériques d’animaux. E11 iranien, le 
« mulet » a deux noms, l’un et l’autre en -tara-, selon les 
parlers : *aspa-tara (skr. aêvatara -) attesté par phi. et pers. 
astar ; et *xara-tara- connu par sogd. -;rtr, khot. khadare. On 
explique souvent skr. asvatara comme le « presque cheval », en 
donnant à -tara- une valeur de ressemblance ou d’approximation 
qu'il ne possède pas. Il faut rendre au suffixe sa valeur de diffé- 
renciation ou d’opposition. Un animal hybride tel que le « mulet » 
est qualifié « d’espèce chevaline » ( aspatara -) à la différence de 



LE COMPARATIF 


làne, ou « d’espèce asine » ( 'xaratara -) à la différence du cheval. 
En sorte qu’il faut poser, non aspa-jaspatara - par relation de 
ressemblance, mais bien xara-jaspatara- et aspa-j xaratara- par 
relation d’opposition. Le nom du « pigeon », *kapauta-tara- 
(phl. kapôtar, pers. kabdtar ) est « le (pigeon) bleu » en tant 
qu’il diffère des autres espèces, de même que gr. ireptrtep« 
(< *xsÀiTcepi, cf. weXioç, xsAeiâç) est « le (pigeon) sombre » . 

Tous ces faits, qui sont du vocabulaire et de la « parole », 
montrent que tero - comporte une valeur différentielle . Cette 
valeur se manifeste à l’occasion d’emplois où un terme est carac- 
térisé : il est par là posé comme distinct d’un autre terme lexica- 
lement différent de la môme série notionnelle, avec lequel il n’a 
aucune relation syntaxique. Les deux termes entrent dans deux 
phrases distinctes, du type : « A est x-teros, B est z ». 

En outre -tero- sert moins à définir une qualité qu’à signaler 
comme distinct un domaine où se range la notion caractérisée. 
En face de àp.6;, ùy.6? qui qualifie l’appartenance aux personnes 
ïjjAeîç et ûp.sïç, on voit que fyj.ÉTepsç, ùp.=T spoç ont une plus large 
compréhension portant sur la sphère de ip.v.ç, ùu.sîç comme plura- 
lité moins définie. Des guerriers qui viennent de capturer un 
homme lui disent : « N’essaie pas de t’échapper, iv.-o yeïpzç è; 
agaç, tu es tombé dans nos mains » (K 448 ) ; mais dans un autre 
passage (A 291) : « si tous les guerriers avaient le môme courage, 
la ville de P riam serait vite prise yzpaV» us p’ ÿ; p, s t s p yj c l v , par nos 
mains à tous tant que nous sommes ». Dans le premier cas, àp. sç 
se rapporte à un « nous » bien délimité ; dans le second, vjy.sxspoç 
englobe une pluralité indéterminée, bien séparée néanmoins de 
ce qui n’entre pas dans ce « nous ». La différence entre les deux 
formes ressort encore des exemples suivants : © 178 ~y. S’ où [jtivoç 
4|j.ôv àpùçst « ces obstacles n’arrêteront pas notre élan (à nous qui 
partons à l’assaut) », où âp.ov (pivoç) qualifie une appartenance de 
fait à un sujet précis; mais M i 65 où yap ïyo>j’ è<po«p.vjv vjpwaç 
’Ayaioùç ayijoeiv Ÿjpixepôv ye pivoç xa't ysTpa; àx^Touç « je 11’ima- 
ginais pas que les Achéens tiendraient devant notre élan et nos 
mains redoutables », où le « nous » est de compréhension plus 
vague, se délimitant seulement vis-à-vis des «Achéens ». 

Le suffixe sert donc à caractériser une position comme distincte 
d’une autre. Nous attribuerons à *-tero- une fonction de suffixe 
« séparatif » . 



120 


COMPARATIFS ET SUPERLATIFS 


Dans cette définition se trouve l’explication de certaines parti- 
cularités sémantiques propres à l’adverbe lat. inter, av. antar. 
Entre in et inter la relation est d’habitude établie par « dans « 
(iri) et « à l’intérieur de deux » ( in-ter ). Mais en donnant à inter 
ce sens, on implique ce qui doit être démontré analytiquement. 
Il s’agit justement de savoir comment s’est introduite ici la notion 
de « deux » qui n’est pas attachée à l’emploi du sulfixe ; celui-ci, 
on l'a vu, souligne la position d’un terme comme séparée. Cette 
imprécision initiale est cause de l’obscurité qui enveloppe encore 
le sens de inter dans d’anciens composés : lat. inter-dïcô, av, 
antar-mru- « interdire » ; lat. inter-eô, skr. antar i- ; lat. inter 
fiait), skr. antar hita- « disparu » 

Il faut considérer dans leur rapport les significations de in el 
inter. Alors que in indique seulement la position d’intériorité, 
inter marque aussi « dans », mais « séparativement ». La langue 
peut alors utiliser la notion de « séparation » comme prédicat 
de celle d’ « intériorité », comme c’est le cas dans beaucoup 
d’adverbes. Le sens est alors « à l’intérieur, de manière à pro- 
duire séparation », d’où « entre ». On voit que c’est cette « sépa- 
ration-à l’intérieur » d’un entier qui, par voie de conséquence, 
détermine le concept de « deux » objets « entre » lesquels le 
procès se réalise, bien que -ter ne contienne pas la notion de 
dualité. Les emplois cités de inter - en composition entrent dans 
cette interprétation. Darinesteter, puis Meillet ( BSL ., XXV, 
p. io4) ont signalé le parallélisme de lat. inter-dicere et av. 
antara mruyê, qui repose certainement sur un emploi préhisto- 
rique de *en-ter. Il faut observer en outre que l’avestique, outre 
le verbe antara mru-, possède le substantif correspondant antara - 
uxti- « interdiction » {mru- et vak- forment un système supplétif), 
employés en étroite liaison : antaraca drvantam ümrüta antara - 
uxti « et il interdit l’impie au moyen de cette interdiction » 
(Y., XIX, 1 5) ; antara vïspang dra^vatô haxmong \antara\ mruyê 
k j’interdis (ou : je répudie) toute compagnie avec les impies » 
(Y., XLIX, 3). Comme le verbe latin (Jnterdïcere aliquem ignl et 
aqua), av. antara mru- se construit avec l’accusatif de la per- 
sonne : inter-dicere est proprement « prononcer à l’intérieur 
(d’un groupe) de manière à séparer (quelqu'un) ». Le sens de 

i. L’interprétation par « ’dazwischen tnn » (Ilofmaim, IF. XLVIII, p. 180) 
manque à expliquer pourquoi inter aboutit à l’idée d’anéantissement. 



LE COMPARATIF 


121 


inter n’est pas, en principe, différent de celui qu’il a dans inter - 
mittere « jeter dans, en créant séparation », c’est-à-dire exac- 
tement « interjeter, interrompre ». Mais dans inter dïcere, l’emploi 
religieux fixé en une formule rigoureuse a détourné le verbe de 
son sens étymologique. Parallèlement à inter-dïcô se dispose 
inter-ficid où l’on reconnaît, issu probablement du même vocabu- 
laire religieux, un euphémisme « créer séparation, retranche- 
ment », et symétriquement inter-eo , puis inter-imô (de emô 
« prendre »). Dans tous ces composés, inter - indique le mouve- 
ment de pénétrer « dans » un solide ou une totalité et d’y créer 
division en dissociant l’une des (deux) parties ainsi produites. 
Que certaines des acceptions de *en-ter puissent ainsi équivaloir 
à l’idée de « supprimer », c’est là une particularité qui relève 
du vocabulaire et de la « parole ». Nous avons seulement voulu 
éclairer la valeur de « langue » et montrer comment l’analyse 
des fonctions du suffixe *-ter dévoile la structure de « entre », 
concept spatial et catégorie de pensée. 

Il 

La différence entre -Tâpoç et -!wv n’est pas seulement d’ordre 
morphologique, -iwv primaire et -Tspo? secondaire. Corrélatives à 
la forme, les fonctions aussi sont distinctes. 

Il y a d’abord une différence qu’on peut inférer de la nature 
des mots qui admettent ou l’un ou l'autre suffixe. Alors que -Tîpsp 
qualifie surtout des notions de caractère spatial (positions dans 
l'espaçe et dans le temps), -îcov s’attache de préférence à des 
mots indiquant des qualités ou des modalités. Le fait significatif 
est que les notions de « plus » et « moins », de « plus grand » 
et « plus petit » s’expriment à l’aide de *-res-, non de *-tero- : 
gr. TîÀîiwv, ;;.êt(i)v, lat. plus, maior, minor, av. frayah-, 

etc. Les adjectifs en *-tevo- se définissent donc par rapport à un 
repère extérieur, ceux en *-res- manifestent une qualité intrin- 
sèque. 

On sait en outre que les formes en -l.ort n’ont souvent pas de 
« positif » ou, quand elles en ont un, il ne s’v relie pas réguliè- 
rement. Il faut nous efforcer de bannir l’idée d’une gradation 
entre plusieurs expressions de la qualité, si nous voulons ressaisir 



122 


COMPARATIFS ET SUPERLATIFS 


ce que celle-ci a de spécifique. L'adjectif en -[wv dénote une 
certaine modalité de la qualité qui doit être appréciée direc- 
tement par la considération des emplois et en écartant tout 
recours à un « comparatif ». 

Prise en elle-même, la forme en -twv porte une valeur difficile 
à rendre par un terme unique, qu’on ne peut que cerner par 
approximations successives. Elle signale une qualité en tant 
qu’elle peut être reconnue de tous, sous son aspect le plus visible, 
et en même temps comme peu définie et impliquant tous les 
degrés possibles dans sa manifestation. Tout ce qu’elle énonce 
est une propriété d’appréciation variable, dépouillée de la limi- 
tation que lui imposerait l’expression « positive », et dont le 
caractère le plus marqué consiste seulement à 11’être pas son 
contraire. Mais elle ne définit pas cette propriété comme prédicat 
absolu et précis. « Je ne suis plus un enfant, dit Télémaque, je 
suis d’âge à tout voir; s i 3 a ëxacrïz éc6/,â -s y.ai w y épeia « je 
comprends tout, les bonnes choses et celles qui ne le sont pas » 
(u, 3 io). Il faut une expression négative pour rendre à peu près 
-i yjpzia, qui sont, à un degré variable, le contraire des « bonnes » 
choses. Tandis que b 0 X 6 ç indique une qualité « positive », -ci 
yipmz laisse à l’appréciation de chacun la détermination exacte 
de ce qui n’est pas ècdj Xsç : est-ce ce qui est « mal », et est-ce 
un peu, ou très mal? La forme inclut tout cela, mais sans déli- 
miter les états de la notion. On décrit Ajax, tel qu’il apparaît à 
la tête de son armée, comme jaeküv (I! 028). Est-il vraiment 
« petit » ? ou très petit? Ne cherchons pas à préciser : p,s£u>v veut 
dire seulement qu’ « il n’est pas grand ». Caractère à la fois très 
saillant et de détermination globale. 

Cette valeur singulière n’a pas échappé au sentiment des lin- 
guistes et des philologues. Mais on n’en a retenu que des aspects 
partiels, et qui 11e se concilient pas. Tantôt on considère *-yes- 
comme un « intensif », tantôt comme servant à des expressions 
restrictives « assez..., passablement... ». La contradiction est 
surmontée si l’on prend ce suffixe comme l’indice d’une qualifi- 
cation forte et en même temps d’une définition imprécise. Les 
emplois tels que « assez (fort), plutôt (fort) » ne sont pas des 
affaiblissements du sens comparatif ; nous y voyons au contraire 
la valeur première qui, comme nous le suggérons plus bas, a 
rendu possible l’emploi comparatif. 



LE COMPARATIF 


I 23 

En vertu de cette valeur, les formes en -ü,>v apparaissent souvent 
chez Homère comme prédicats neutres d’une situation posée 
comme éventuelle et qu’ils qualifient d’une manière qu’on rendrait 
au mieux par des tours négatifs : *2*107 ^vArp.vaxi âxpixov ùd « cet 
éternel chagrin n’est pas de la sagesse » (u 174), comme traduit 
bien Bérard ; — toi 0’ akyio'i, at •/.’ sQsXyjuiv ... \j.xyytjdm « cela n’ira 
pas sans douleur pour lui, s’il veut nous combattre » (ü 278) ; — 

10 ci *at pi-yisv luxât « cela n’ira pas sans tremblement pour lui » 
(A 325 ); — xs |jtÈv AV/tov £tïj, ai' *e y,- A. « il ne serait pas préci- 
sément glorieux que ... » ; — xi» y.e y.éps «v eir, « il ne perdrait 
rien ... » (u 166); — Xwi ôv èuxt ... Swp’ aTCiaipsTuBat (A 22g), etc. 
De même nature sont des qualifications telles que : èXaûvwv 
ÿcuovaç txxîxouç « conduisant des chevaux sans grande valeur, 
médiocres » ('F 322 ). Tout cela est une conséquence du fait que 
-{(ijv fait ressortir fortement l’appartenance de la notion à une 
sphère qualitative, dont les modalités variables échappent à une 
qualification « normale » et positive. Ainsi zepoîwv (-/.spoi.ov) renvoie 
à la notion de zépâoç, mais la nature de la relation ne comporte 
pas la précision et le caractère absolu que lui conférerait un 
suffixe différent. 

C’est pourquoi en sanskrit les adjectifs en -lyan, qui se com- 
portent comme des participes, ont un sens à la fois affirmatif 
quant à la notion et indéfini quant à ses limites ; - lyan - tourne 
seulement en qualité éminente la signification de la racine ver- 
bale : yajlyan- « qui possède éminemment la qualité de sacri- 
fiant », vahïyan- « qui transporte remarquablement ». En aves- 
tique, aiwivanyah- « éminemment apte à vaincre » (avec régime 
à l’accusatif). Tout ce que l’adjectif gagne en relief sémantique, 

11 le perd en rigueur classificatoire. C’est aussi un trait marquant 
de la formation en ior du latin : dans senior(es), prior(es ) on 11e 
trouve rien qui caractérise positivement un certain état de la 
notion de « vieux » ou d’ « ancien » ; seule est circonscrite forte- 
ment une région sémantique (sert -, pri -) par rapport à celle de 
signe opposé. Même dans une forme secondaire comme certior, 
cette valeur demeure. Comparons certum facere et certiorem 
(certius) facere dans deux passages de Plaute entre bien d’autres : 
nimis velim certum qui id mihi facial, Ballio leno ubi hic habitat 
(( je voudrais qu’on m’indiquât exactement où il habite » ( Pseud 
598) ; mais eccum qui ex incerto faciet mihi quod quaero certius 



124 


COMPARATIFS ET SUPERLATIFS 


( ibid . , g65) « voici quelqu’un qui va me tirer d’embarras et me 
renseigner » (Ernout) : certum facere a quelque chose d’absolu 
et de défini ; certius facere, parce qu’il fait d’abord ressortir que 
l’incertitude a pris fin (ex incerto), inclut tous les degrés possibles 
de certitude. 

Cette particularité sémantique doit avoir son principe dans la 
valeur du suffixe. Il s’agit maintenant de définir cette valeur, 
que reflètent des emplois dont nous n’avons encore souligné que 
l’aspect négatif. Du fait que l’adjectif en *-yes- n’est pas « posi- 
tif », il ne comporte pas la notion précise et catégorisée qui est 
celle d’un adjectif normal. Il transpose directement la significa- 
tion en une forme nominale qui prédique la qualité sous l’aspect 
du « plus ou moins ». Alors que pd-fac , ma gnu s affirment l’idée 
de « grand » comme une qualité définie, qui se spécifie à l’inté- 
rieur d’une classe morphologique (dérivés gr. en -aXc-, lat. en 
-no-'), on voit que [istÇwv, maior signifient « plus ou moins 
grand ». La qualité est affectée d’un indice de variabilité sous le 
rapport de la dimension. Telle nous paraît être la valeur du 
suffixe : il forme des adjectifs de sens dimensionnel. La qualité 
*meg-yes- est définie scion l’axe de la dimension, par rapport à 
*meg-alo (fmag-no-) qui la pose dans l’absolu. On a donc deux 
formes parallèles, en latin par exemple: *mag-no- « positivement 
grand » et *mag-yes- « mesurablement grand », cette dernière 
forme n’impliquant proprement ni le « plus » ni le « moins », 
mais seulement une appréhension de la qualité sous l'aspect de la 
mesure. C’est ce que nous appelons un adjectif « dimensionnel ». 

De là vient que, dans les conditions de « parole », cet adjectif 
porte une appréciation quantitative, dont l’expression lexicale 
peut varier. En grec ressort surtout l’idée de « assez..., plu- 
tôt... » qui laisse indécise l’estimation et marque d’abord ce que 
la qualité n’est pas. Mais on peut avoir aussi, à l’inverse, des 
formes d’ « éminence » où la qualité est définie comme signa- 
létique: îùpzvi'wve; (Osoî), (3pa-/ûo’' peuvent devenir ainsi de véri- 
tables substantifs. En sanskrit le sens est plus affirmatif : yajlyân 
« qui sacrifie appréciablement, qui se signale par son aptitude à 
sacrifier ». Ce n’est pas un hasard si, dans l’ensemble des langues, 
ce suffixe s’attache aux racines dont le sens appelait déjà une 
évaluation dimensionnelle, et s’exclut au contraire des mots qui 
y échappent, tels les pronoms personnels. 



LE COMPARATIF 


125 


Ces analyses ont montré combien sont profondes les différences 
entre des formations que l’histoire de la plupart des langues 
indo-européennes devait associer toujours plus étroitement dans 
des fonctions devenues voisines jusqu’à se confondre. Si les 
emplois ont fini par se superposer, les significations étaient 
distinctes. Soulignons ces différences de nature pour mieux ap- 
précier les convergences finales. 

i° Le suffixe *-yes- (*-is-en-), primaire, indique une modalité 
interne; tandis que *-ter-, secondaire, ajoute à une qualification 
donnée une caractéristique externe ; 

2 ° *-yes- a une valeur « dimensionnelle » ; *-ter, une valeur 
« positionnelle » ; 

3° \yes- définit quantitativement; *-ter- localise spatialement; 

4° *-yes- est « évalutif » ; *-ter- est « séparatif ». 


111 

Comment l’une et l’autre formation en sont-elles venues à 
exprimer le « comparatif » ? Nous avons ici moins à retracer 
une histoire qu’à retrouver les voies d’une création. Le problème 
est tout autre que celui de savoir, par exemple, comment, dans 
la phase récente du grec, le génitif a supplanté le datif. Avec le 
comparatif, c’est une catégorie nouvelle qui s’est instaurée, en 
utilisant les ressources combinées dos deux procédés de forma- 
tion. 11 s’agit donc de rechercher à quoi répond cette nouvelle 
fonction et pourquoi elle emprunte deux expressions différentes, 
qui sont justement ces deux expressions-ci. Pour élucider 
complètement ces questions, il faudrait étudier de près tout le 
développement des constructions comparatives dans chacune 
des langues. Ce travail descriptif est à peine amorcé, et là même 
où nous disposons de données groupées et classifiées, l’interpré- 
tation, comme on le verra, doit être reprise. Nous nous bornerons 
donc à l’essentiel, l’analyse de la signification du comparatif, 
vérifiée notamment en grec homérique, par les emplois princi- 
paux. Ce sujet est un de ceux où l’apriorisme logique a fait le 
plus de tort à l’interprétation linguistique. 

Il faut d’abord écarter l’idée qu’une forme de comparatif doive 
nécessairement apparaître en toute langue ou à un certain point 



COMPARATIFS ET SUPERLATIFS 


ia6 

du développement de toute langue. L’expression de la compa- 
raison n’a nul besoin d’une forme spécifique de « compa- 
ratif ». Comparer deux objets est une opération mentale dont se 
montrent capables tous les hommes, si rudimentaire que soit 
leur culture, et cette opération ne requiert pas de forme linguis- 
tique spéciale. Il suffit d’énoncer successivement deux objets en 
leur donnant des prédicats de sens contraire pour que la compa- 
raison soit effectuée. Tel est le procédé analytique dont sc sert, 
entre autres, un parler mélanésien (Sa 'a, îles Salomon) 1 2 3 4 : ile nihou 
e diena, ile niweu e ’aela, litt. « un (ile) celui-ci (nihou) lui (e) 
bon (diena), un (ile) celui-là (niweu) lui (e) mauvais (’aela) », 
c’est-à-dire « celui-ci est meilleur que celui-là ». La comparaison 
est implicite dans l’énoncé antithétique. Toutes les langues 
peuvent recourir à ce moyen, même quand elles disposent d’une 
expression morphologique. 

Un autre type, probablement le plus général, consiste à dire : 
« il est grand à partir de moi (ou : à moi ; que moi) » et apparaît 
dans les langues les plus diverses. En indo-européen, c’est 
l’expression constante du hittite : ANA ERIN Ml:s -iL4 ERIN ME ^-M 
mekki « à tes fantassins mes fantassins sont nombreux » (= les 
miens sont plus nombreux que les tiens); et de l’arménien : es 
em hzawr (ou hzawragoyn) k'an zna « je suis fort que lui » ; ou 
en indo-aryen, par exemple en dameli, parler darde du Chi- 
tral 2 : ai to ta bâlô thum « je suis plus grand que toi », litt. je 
(ai) toi-de (tô-ta) grand (bâlô) suis (thum) » ; en persan popu- 
laire, surtout dans le persan kâbuli, on dit normalement az ma 
kalân ast « de moi il est grand ». En sémitique, ar. huwa afsalu 
minni « il est supérieur de moi (minni) » ; turc ben-den büyük 
« (il est) de-moi (ben-den) grand » ; géorg. cem-ze didia « sur 
moi (cem-ze) il est grand » ; ob-ougrien (zyriène) meis ci lin « de 
moi (meis) il est haut » ; eskimo nanti tu-Humil atai^u<j « l’ours 
est plus grand que le renne, litt. l’ours (nanu) du renne (tuytu- 
mit) (est) grand (atdifiuq) » 3 ; kalispel cin-k a tunt talanui « moi 
(cin) grand (k u tiint) de (loi) toi (anui) » * ; malg. sambatra noho 

1. W. G. Ivens, Dict. and Grammar of the Lamjuaye of Sa' a and Ulawa, Solomon 
Islands, Washington, 1918, p. i 5 o. 

2. Cité par G. Morgenstierne, Nnrsk Tidsskr. J'or Sprogvid., XII, 1942, p. 191. 

3 . Swadesh, in Ling. slruct. of native Amer., p. 46 . 

4 . Vogt, The Kalispel Langu., § 193, p. 67. 



LE COMPARATIF 


I2 7 


hiancio izy « il est plus heureux que vous » ' r= « heureux (samba - 
tra ) que (noho) vous ( Itianao ) lui (izy) » ; mélan. (Sa'a) : e pciine 
mwaani-e « lui (e) grand ( pâine ) à partir de (mviaani) lui (e) 1 2 » ; 
houailou (Nouv.-Caléd.) : na kamo ka kau rai nya na ce « il est 
un homme plus grand que moi ; lui (na) personne (kamo) qui 
( ka) grand (kau) depuis (rai) moi (nya) lui-même (na ce) » ; na 
vikoeji rai nya « il est plus que moi : lui (na) plus (vikoeji) depuis 
(rai) moi (nya) 3 ». 

Il est relativement peu de langues qui aient adopté une forme 
spéciale comme marque morphologique du comparatif. Ainsi le 
linno-ougrien, avec ses formes en -mp-\ finn. vanha- « vieux » : 
vanhempa ; ku-mpi « lequel des deux » ; l’arabe avec la lorme du 
type af'alu dénommée ism attafsïla « nom de supériorité » et 
qui est une sorte d’ « élatif » ; formation curieuse qui met la 
qualité sur le plan d’une couleur ou d’une infirmité, en lui don- 
nant une valeur signalétique : ahsanu « plus beau », akbaru 
« plus grand », formés comme azraqa « bleu », alidaba « bossu », 
a'raju « paralytique »; donc, à peu près « affecté de grandeur » 
(akbaru) comme « affecté d’une bosse » (a/idabu); — ou en 
indo-européen, le lette qui a créé un comparatif en -âks, 
probablement comparable à celui du gallois en -acb ; le basque 
qui a un suffixe -ago apte à de multiples emplois : ederr 
« beau » : ederrago « plus beau » ; gizon « homme » : 
gizonago « plus homme » ; mais « souvent » : maizaga « plus 
souvent » ; gugana « vers nous » : guganago « plus vers nous », 
etc., en sorte qu’il dit : ni baino handiago da « il est plus grand 
que moi » ; litt. « moi (ni) que (baino) grand-plus (handi-ago) 
il est (da) ». 

Cette revue rapide, illustrant sommairement les moyens 
employés pour la comparaison, montre que ces moyens sont 
multiples, même au sein d’une même langue, et plus variés que 
ne semblerait l’exiger une notion réputée simple. Les faits 
indo-européens que nous considérons maintenant vont nous 
mettre aussi en présence d’une situation complexe, qui oblige à 
repenser le problème entier. 

1. Malzac, Gramm. ma Ig., j 77, p. 28. 

2. Ivens, op. cit., p. 64- 

3 . Leenhardt, Vocab. et r/ramm. de la langue Houailou, Ip 35 , pp. 187, 
246. 



COMPARATIFS ET SUPERLATIFS 


128 


IV 

Les langues indo-européennes emploient, et dès le début, 
deux expressions : l’une par le « cas de comparaison » (généra- 
lement l’ablatif); l’autre par diverses particules: skr. na, lat. 
quam, gr. r ( , got. pan, v. si. li, etc. Pendant longtemps les 
comparatistes ont discuté de l’antériorité de l’une sur l’autre. 
On trouvera dans plusieurs études récentes 1 un résumé de ces 
débats. Le premier problème à traiter est celui des rapports 
entre les deux constructions du comparatif. 

Où s’établit la distinction entre la construction avec cas de 
comparaison et celle avec particule? D’après Small 2 et Gallis 3 , 
le cas de comparaison ne peut être employé que quand les deux 
objets comparés sont dans la même relation de nominatif ou 
d’accusatif avec la môme forme du même verbe. Par exemple, 
en vieil-anglais : nomin. sunne is monan beorhtre « le soleil est 
plus brillant que (n'est) la lune » ; accus, sunnan he gesette 
monan hierran « il plaça le soleil plus haut que (il ne plaça) la 
lune a. Partout ailleurs, et surtout quand le second terme n’est 
pas susceptible d’une forme casuelle, on se sert de la construc- 
tion avec particule, qui est l’unique expression possible dans des 
comparaisons telles que : « il m’a donné plus qu’à toi » — « il 
est plus grand que je 11e croyais » — « l'oiseau vole plus vite 
que le cheval ne court » — « il fait meilleur ici que dehors » — 
« mieux vaut s’entendre que se battre », etc. En outre cette 
construction, dont le domaine est plus large, pouvait s’employer 
même à la place du cas de comparaison. La différence serait 
donc liée à la disparité des moyens d’expression, la particule 
s’employant partout où le cas était impossible. Au point de vue 
génétique la construction avec particule devrait même être 
considérée comme plus ancienne du fait qu’elle aurait été la 
seule disponible tant que l’indo-européen n’avait pas constitué 
sa flexion nominale. Dans une syntaxe primitivement paratac- 
tique, une proposition d’abord indépendante aurait été rem- 

1. Notamment dans les études de Small et de Gallis. 

2. Small, The Germanie Case of comparison, p. 18-19. 

3 . Gallis, Etudes sur la comparaison slave, p. 34 



LE COMPARATIF 


129 


placée et résumée par une forme casuelle. Mais la souplesse 
et la commodité de la comparaison avec particule devaient 
l'amener à doubler, puis à supplanter la construction avec 
cas. 

On doit reconnaître à ces auteurs le mérite d’avoir, par des 
descriptions attentives des faits germaniques et slaves, rendu au 
problème sa complexité. Même si l’on écarte comme prématurée 
toute tentative de tirer de l’histoire une reconstruction fallacieuse, 
on leur saura gré d’avoir contribué à préciser — et c’est l’essen- 
tiel — le domaine respectif des deux constructions et l’action 
de l’une sur l’autre. Rappelons aussi d’utiles remarques dues à 
E. Lofstedt sur l’ablatif de comparaison en latin 1 . Mais il n’en 
faut pas moins souligner l’insuffisance de ces conclusions. Dire 
que « le véritable domaine de la construction avec particule est 
constitué par des expressions où, pour des raisons formelles, le 
cas de comparaison 11e peut servir » 2 , c’est faire une constata- 
tion philologique, utile, mais qui ne tient pas lieu d’une expli- 
cation. Nous ne pouvons admettre que la différence entre les 
deux procédés se ramène à une question de commodité for- 
melle. Sans nier que le développement de la construction avec 
particule aux dépens de l’autre ait été facilité par son jeu plus 
aisé et sa plus grande souplesse, nous considérons, à l’encontre 
de ce qui est généralement affirmé, la coexistence des deux 
types comme une preuve de leur égale nécessité. Le fait que, 
dans la période ancienne, ils apparaissent en emploi concurrent 
doit faire penser qu’ils ne remplissaient pas la même fonction 
et, par suite, qu’ils ne peuvent sortir l’un de l’autre. Il faut donc 
vérifier si les différences syntaxiques constatées entre leurs 
emplois respectifs et qu’on cherche toujours à unifier au profit 
d’une seule construction, n’ont, pas d’autre cause que la contrainte 
des moyens d’expression. En d’autres termes, le problème a été 
jusqu’ici posé sur le seul plan de la « parole ». Il faut pousser 
plus loin et voir si la notion à exprimer était bien la même. On 
considère implicitement la « comparaison » comme une catégorie 
simple, constante et immédiatement intelligible. Rien 11e nous 
paraît moins assuré que cette « évidence ». En réalité, la dis- 
tinction établie dans les langues indo-européennes anciennes 

1. LüfsteiU, Synlacliea, I, p. a 35 sq. (bibl.). 

3. Gallis, o p. cit., p. Q2. 


0 



t3o 


COMPARATIFS ET SUPERLATIFS 


entre les deux expressions du comparatif reflète une différence 
corrélative dans la manière de concevoir la comparaison. 

Essayons de délimiter le domaine où la comparaison se réalise 
normalement au moyen d’un cas. Ce sont partout des expressions 
du type de skr. smdôh svadiyah « plus doux que le doux » ; 
ghrtat svadiyah « plus doux que le beurre » ; paplyan iisvad gar- 
dahhâh « l’âne est inférieur au cheval » ; av. vaiahaot vaâhô 
( vahyô ) « meilleur que le bon » ; allât asyo « pire que le mau- 
vais » ; ja < ïsaot asyayà « elle, plus rapide que le rapide ». 

Pour le latin ancien nous disposons des précieuses statistiques 
de Bennett, qui ont été mises en valeur par Lofstedt ( l . c. 
[». 23 y sq.). Plaute offre 77 exemples de l’ablatif de comparaison, 
qui se distribuent comme suit : 34 en phrases négatives 1 2 , telles 
que : nec me miserior feminct est ; nihil lioc homine audacius ; 
non esse servos peior hoc quisquam potest, etc.; — i5 exemples 
d’interrogation rhétorique, qui se ramènent à la catégorie pré 
cédente : qui me aller vieil miserior P qui me vir fortior? quid 
pains muliere aut audacius ? — 20 exemples de locutions pro- 
verbiales : nielle dulci dulcior; stultior stultissimo ; lapide silice 
durior; levior pluma est gratin ; hanc canem faciam oleo tran- 
quilliorem ( Poen. 1 a 3 6) 2 ; — l\ exemples d’emplois formulaires: 
opinione melius ; plus iuslo, etc. et trois exemples d’expressions 
numériques : plus triginta annis notas sum. Cette répartition prête 
à mainte remarque. On voit d’abord que l’ablatif ne s’emploie 
jamais pour la comparaison de type banal : « celui-ci est plus 
grand que celui-là », et c’est déjà un fait instructif. Plus inté- 
ressante encore est la nature des comparaisons exprimées par 
I ablatif. Comme l’a justement observé Lofstedt, ce sont moins 
des comparaisons au sens ordinaire que des expressions de res- 
semblance : nemo me miserior est équivaut à « personne n’est aussi 
malheureux que moi », comme lace clarior à « clair comme le 
jour ». Il faut aller plus loin et préciser davantage les condi- 
tions où l’ablatif s’impose en vieux-latin. On doit attribuer une 
importance toute particulière au type malle dulcior où le terme 
de comparaison à l’ablatif représente un étalon absolu, une réfé- 

1. Eu y joignant Mil. 21 periuriorcm hoc hominem si quis viderit qui équivaut à 
une locution négative (Lofstedt , op. cil., p. a 38 , 11. 3 ). 

2. Cf. aussi Lofstedt, l. c. pour ce dernier exemple qui est certainement à 
ranger ici. 



LE COMPARATIF 


l3l 

t'ence qui s impose par elle-même, d’où le caractère proverbial 
de ces tours. On reconnaît alors que te type négatif ne/no est me 
miser. or ou l’interrogation rhétorique qui me miserior vieil P ne 
sont que des variantes sémantiques de ni/ül est melle dulciits : ils 
expriment que ego est pris en quelque sorte comme le parangon 
de l’infortune, tout comme mel symbolise la douceur même. Dans 
me miserior, le pronom personnel tient la place et remplit la 
fonction du substantif dans melle dulcior parce que l’ablatif a 
dans les deux cas le même rùl e , qui est de marquer le terme- 
étalon auquel 1 autre est rapporté. Ainsi {nemo est ) me miserior 
emprunte sa force particulière à ce qu’il est une transposition 
de melle clulcior, et l’ablatif indique, non un point de référence 
quelconque, mais l’objet qui matérialise par nature la notion 
évaluée, de sorte que l’objet qu’on compare est apprécié d’après 
sa ressemblance a 1 objet-type. La preuve en est donnée par un 
emploi équivalent de 1 ablatif dans des locutions de même sens, 
où le comparatif est remplacé par aeque, adaeque avec l’adjectif, 
chez Plaute : nullus hoc meticulosiis adaeque-, — neque est neque 
fuit me seneu : qmsquam amator adaeque miser ; — qui me in terra 
aeque fortunatus emtp etc. 11 y a équivalence entre nemo me 
miserior est et nemo me aeque miser est. C’est aussi par la notion 
de « ressemblance » que s’expliquent les locutions formulaires 
comme plus iusto, opinione melius où l’ablatif rend le terme fixe 
par rapport auquel l’autre est mesuré, et à plus forte raison, 
pour peu qu’on y réfléchisse, dans l’expression numérique plus 
triginta annis où le total tri gin ta. anni constitue une quantité 
absolue sur laquelle se règle l’appréciation de Page. On arrive 
ainsi a unifier la totalité des emplois de l’ablatif de comparaison 
chez Plaute sous cette considération : l’ablatif marque le terme 
de référence « exemplaire » par rapport auquel un objet est 
évalué à un certain point de vue; et quand à l’objet-type est 
substitué un mot de sens « neutre » tel qu’un pronom personnel 
ou démonstratif, c’est par transposition et pour conférer à ce 
mot une valeur « exemplaire ». On peut déjà constater que 
l’accord est établi entre l’emploi latin ainsi expliqué et les 
témoignages indo-iraniens : skr. ghrtdt svâdlyah « plus doux que 
le beurre », av. allât asyo e plus mauvais que le mauvais (= que 
ce qui est mauvais) » expriment justement ce que les exemples 
latins nous paraissent signifier. 



i3a 


COMPARATIFS ET SUPERLATIFS 


Les témoignages du grec homérique 1 se disposent dans les 
mômes cadres. Il y a d’abord des exemples nets du comparatif 
avec le génitif-ablatif dans de vieilles locutions proverbiales : 

A 2^9 piXixoç yXustCtov p ivi «ù 5 i rj « plus doux que le miel ». 

S 109 (yôXoç) xoXù yXuxùov jj.éXiToç « id. ». 

N 819 Gdcooovaç îp^xo) v l'irzouç « plus rapide que le faucon ». 

S 610 0b>pr,x2 çae'.vôxspav xxupoç aùy^ç « plus brillant que la 
flamme ». 

K 347 (fixzot) Xeuxixepsi ytévoç « plus blanc que la neige ». 

<7 196 Xeuxoxspv ixptoxou ekéfxvxo; « plus blanc que l’ivoire ». 

(Ji io 3 xpaSîï) crxspsoxéprj XtOoio « plus dur que la pierre ». 

T 10 èjA'lyXifjv. .. ■/jd~xr i vuxxcç xp.ïîvto, etc. 

Nous avons ensuite des expressions négatives du modèle qui 
a été étudié en latin, où il n’est pas facile — ni sans doute utile 
— de distinguer entre les vérités générales : « rien n'est plus 
misérable que l’homme », et les énoncés circonstanciels : « per- 
sonne n’est plus méchant que toi ». Le terme au génitif désigne 
toujours la norme d’évaluation, et cette norme est tantôt absolue 
par nature, tantôt posée comme absolue et incarnant la qualité 
môme. On voit ainsi que nous sommes toujours dans le domaine 
des expressions proverbiales : 

B 248 où y à p èym aio yspîioxïpov (Jpox'ov aXXov . . 

T 365 ou -tç este Oîfiiv oXomxspoç aXXoç- 

'F. 43 g ou xi; 7 5 le (îpoxSW èXooixEpoç aXXo;. 

P 446 où p.lv yàp X'. txoù êoxi o’tÇupmxepov x'/Spig. 

ü g 4 xou S ou xi p.sXavxepov sxxXsxo è'oÔoç. 

t 27 ou toi lyioye r;; yxïjç Sûvap.yi yXuy.spoixspo» à'XXo iSÉoOx'.. 

X 624 ou yàp... xoüSc ys p.01 yaXeixwxepov etvat àîQXov. 

0 i 38 ou yàp êytoyÉ x( xaxcéxs pov aXXo OaXaoo/;?. 

x 35 i où yàp 7x0) xi; àvvjp... otXlwv (sc. o=ü) èp.ôv i/.îxo Sûp.a. 

u 376 ou x:ç oeïc y.ay.o^sivwxepoç aXXeç. 

u 3p2 oopixou 0 où y. av txüjî àyapi'rxspev à’XXo ysvc.xo. 

0 483 où oéo xuvxspov «XXo. 

i . Nous n’avons pas utilisé 0. Schwab, //«(. Sjh(. < 1 . griech. Kumparation, 
i8g3-g5, qui met sur le même plan tous les faits <Iu grec sans égard aux époques 
et aux auteurs. Dans une élude comme celle-ci, il faut procéder par synchronies 
successives. Nous nous en sommes tenu aux faits homériques, pour faire apparaître 
la nécessité d’une nouvelle étude du comparatif grec. 



LE COMPARATIF 


i33 


r, 216 si yxp tt GGuyepfi i~\ yiaTspi 1 y.j vTspcv â'/.AS- 

A .427 oi* alvsTspsv xivrepov oXao vuvaiy.sç- 

s i 3 o sissv ày.'.SvsTspsv yau EpÉ^E'. âvQpdreo'.c, ele. 

Ii y r enfin les comparatifs où le mot au génitif est un terme 
quelconque, très souvent un pronom ou un démonstratif. C’est 
la comparaison « ordinaire » : èym Sà oéOsv teoAu ystpori (r 434 ) ; 
y. p lion èp.ÉôîV (h. Ap. 267); y.ayisv séOev (; 56 ); à iies spsfsvé<rce?Oî 
('F 789) ; YiiAÎsvsi ( 2 o«v itpsyspei rripxi (K 352 ) ; y.pebuwv irsxap.iov 
(<I> 190); Traxp'o; àgdviov (Z 479 ), etc. Entre cette catégorie et 
les précédentes, le rapport est celui qui a été indiqué pour le 
latin. Ici aussi on voit comment par extension continue le type 
ij.É/.'.xs; y/.uy.iwv se prolonge dans impie zpiiw'i et dans ests àp.îîvoiv 
et que, s’il y a affaiblissement sémantique dans le passage de 
l’un à l’autre, la fonction relationnelle subsiste pareille. 

Tout ce qu'on vient d’observer se répète encore en germa- 
nique. La construction avec cas est la même en germanique que 
dans les autres langues, sauf que le cas de comparaison est le 
datif. La substitution d'un cas « soeiatif » à un cas « séparatif » 
pose un problème dont l’importance varie selon la perspective 
de l’étude : considérable, si l’on envisage l’histoire entière de la 
flexion et l'ensemble des formes casuelles dans leurs diverses 
fonctions; mais assez réduite si Ton se borne à l’expression du 
comparatif. La question n’est d’ailleurs pas limitée au germa- 
nique ni simple en germanique même, où le génitif et l’instru- 
mental sont aussi en cause ; le sanskrit, outre l’ablatif, fait usage 
de l’instrumental; peut-être aussi l’ablatif latin répond-il par- 
tiellement à l’ancien instrumental. Ici nous nous bornons à 
l’examen de la construction avec cas, et cette construction est 
exactement la même avec le datif germanique qu’avec l’ ablatif 
indo-iranien, latin ou grec. 

Quand 011 parcourt les exemples de la comparaison avec cas en 
germanique 2 , on est frappé d’observer que, surtout dans les 

1 . Cf. la remarque ci-dessus sur lat. aeque, aclaeque. en équivalence avec le 
comparatif. 

2. Nous les empruntons à la bonne description de G. AV . Small, The Germanie 
case of comparison (Langitage Monograplis IV), 1929, qui énumère les exemples, 
notamment ceux du vieil-anglais, mais sans prêter attention à la répartition séman- 
tique des expressions, et seulement pour étudier les rapports des deux constructions 
du comparatif. Cf. p. 128. 



«34 


COMPARATIFS ET SUPERLATIFS 


textes poétiques, le comparatif avec cas sert principalement à 
illustrer des comparaisons proverbiales. On ne peut guère faire 
usage ici du gotique, où les emplois sont calqués sur ceux du 
grec, sinon pour faire ressortir la persistance de l’expression : 
nia saiwala mais ist fodeinai jah leik wastjom P « càyi r, 6 r/y 
iaeTs'/ ècmv -T'Ç Tpcçÿjç v.x\ xs 7(op.a tcO èvSj[j.xxcç ; » (Mt 4 I 20); maiza 
Johanne panima il a tipj andin « p.s'Çoiv ’ltoivvou xîO » (Mt 

XI u); swinpoza mis « 5 byupsxspfç p-cu » (Le III 16). On peut- 
voir la preuve d’un usage bien vivant dans le choix que le tra- 
ducteur fait du datif pour rendre môme gr. iizip en fonction de 
comparatif: pai sunjos pis aiwis frodozans sunurn liuhadis... 
sind « si aisl x;j oèwvîç tî'jtcj op5vep,UT£psi imlp zsbç 'jîc'jç tij çmtcç 
ei7iv, plus prudents que les fils de lumière » (Le XVI 8). 

Les exemples originaux apparaissent dans les autres dialectes 
et vérifient en grand nombre ce qui nous parait être le principe de 
leur emploi. En vieil-islandais, où malheureusement des dépouil- 
lements complets manquent encore, on citera quelques exemples 
typiques : s al sèk standa. soin fegra, gulli beltra « je vois le hall 
se dresser, plus clair que le soleil, meilleur que l'or » (Vol. 64 ); 
at oepa haera idfi « hurler plus fort qu’un loup » (HarbarS’sljôS’ 
47 ); dôkkâlfar eru svartari hiki « les elfes sombres sont plus 
noirs que la poix » (Gylfaginning s> 4 , 17); h on var hverri konu 
friSari « elle était plus belle que toute autre femme » (Ileimskrin- 
gla 608, 1); nèma pu sér hverium manni fremri « si tu 11’es pas 
supérieur à tout homme » (SigurSarkviSu 3 o). En vieil-anglais, 
dans les premiers poèmes : stane heardran « plus durs que la 
pierre » ; sunnan beorhtra « plus brillant que le soleil » ; flintmn 
heardran « plus durs que le silex » ; — plusieurs exemples en 
succession dans la Panthère ( 46 - 48 ) : aefter paere stefne stenc 
ut eyme ’8 \ of s ta ni wongslede, wynsumra steam \ sweltra ond 
swipra su aecca gehwylcum, \ wyrta blostmum ond wudubledum | 
eallum aepeliera eorpan fraeUvum » après ce chant s’exhala du 
repaire un parfum, une vapeur plus délicieuse, plus douce et 
plus forte que toute odeur, que les fleurs et les plantes des bois, 
plus noble que toutes les choses précieuses de la terre ». Et 
aussi, comme on peut s’y attendre, dans les « énigmes » : hyrre 
ic eom heofone « je suis plus haut que le ciel » ; ic eorpan eom 
aeghwaer braedre « je suis plus large en tous sens que la terre » ; 
h rusa n bi’S heardra, haclcpum frodra, geofum In'S gearora, gim- 



LE COMPARATIF 


x 35 


rnnn deorra « il est plus dur que la terre, plus sage que les 
hommes, plus agréable que des dons, plus précieux que d es 
gemmes », etc. Dans les textes de prose, que la comparaison soit 
ou non de type proverbial, le datif est très fréquemment accom- 
pagné de « tous » : wundorlicre eallum o’Srum wundrum « plus 
merveilleux que tous les autres miracles » ; Sancte Johannes , se 
it’ae.s mara on selra eallum oprum mannum « saint Jean, qui 
était plus grand et meilleur que tous les autres hommes » (Blick- 
liug Ilomil. 1 63 , 20) ; betran o’Smni godurn monnum « meilleur 
que les autres hommes bons » (Greg. ii / j> 23 ) etc. Enfin, le 
datif est aussi celui d’un pronom personnel ou d’un objet occa- 
sionnel. 

On peut borner ici ces indications descriptives ' et formuler 
à présent dans sa généralité indo-européenne le principe que 
les faits latins permettaient déjà d induire : la construction avec 
cas est essentiellement prédicative ; elle sert à évaluer la qualité 
variable d'un oblet par référence à un autre objet pris comme 
norme immuable, d’abord norme naturelle, puis norme par posi- 
tion. Celte définition délimite le domaine propre au comparatif 
casuel: celui-ci est particulièrement adéquat à des comparaisons 
de caractère proverbial où l’évaluation est rapportée à un terme 
de signification absolue : mette dulcior, lace clarior, etc. Dans sa 
pleine acception, ce comparatif est, au vrai, un « adéquatif ». 
C’est pourquoi il se limite à des énoncés prédicatifs: « sa parole 
est plus douce que le miel ; ton cœur est plus dur que la pierre ; 
il n’y a rien de plus misérable que l’homme... ». Les objets pris 
[jour « normes » sont les exemplaires accomplis de la qualité, et 
la comparaison consiste dans l’évaluation d’une grandeur quel- 
conque par rapport à une grandeur connue. Ceci, pour le dire 
en passant, dénonce l’erreur du schème (pseudo-) logique auquel 
on ramène si souvent ces comparaisons : « plus doux que le 
miel » signifierait « plus doux que le miel (est doux) ». Tout au 
contraire, nous avons affaire à une évaluation « synthétique » au 
moyen d’une norme qui s’identifie avec la qualité qu’elle symbo- 
lise. Cette qualité, variable dans l’objet comparé, est absolue 
dans la norme de comparaison. Nous voyons alors comment se 

1. Les exemples slaves, dont nous ne tenons pas compte ici parce qu’ils sont 
calqués sur des modèles grecs, ont cté bien décrits dans l’ouvrage précité de 
A. Galîis. Le hittite (cf. p. iaG) a une forme isolée katlera - « inférieur ». 



i36 


COMPARATIFS ET SUPERLATIFS 


réalise l’extension île ce comparatif au delà des limites de la 
comparaison que nous avons appelée « exemplaire ». Le proces- 
sus consiste dans la substitution, à la norme naturelle, d'une 
norme décrétée valable dans telle circonstance. En énon- 
çant: « nemo me miserior est », je décide que la qualité miser 
est intégrée dans le concept ego par une identification aussi 
nécessaire que celle qui intègre la qualité dulcis dans le concept 
mel. C'est pourquoi la construction devient applicable dans des 
tours comme xpsfjs wv si; k\j.é()v> « tu es plus puissant que moi », 
où è;AiO=v désigne la norme de qualité implicite qui sert à mesurer 
la qualité explicitement attribuée à un autre objet. L’expression 
demeure pareille parce que la structure de la relation se révèle 
la même dans des emplois qui sont divers en apparence, et que 
leur fonction unifie. 


Y 


Qu’en est-il alors de la construction avec particule ? Peut-on 
admettre que cette construction ait été, comme on le dit souvent, 
employée seulement là où l’autre était syntaxiquement impos- 
sible? En fait, si large est le domaine de cette construction, si 
pareilles et particulières, dans les diverses langues, en sont les 
modalités qu’on ne saurait en attribuer la naissance ni le parallé- 
lisme à la contrainte d’un agencement syntaxique. Ici, aussi les 
conditions formelles dépendent de conditions plus cachées, et 
ce grand processus a une raison positive. Quand les comparatistes 
tentaient autrefois de faire remonter le comparatif à particule 
au comparatif casuel, ils se vouaient ii une tâche vaine. Mais 
aujourd’hui on essaie seulement de retourner le problème et, 
constatant l’ancienneté du comparatif syntaxique, on suggère 
qu’il aurait pu produire l’autre par une sorte d’ « abréviation ». 
delà n’est pas plus probable. Nous devons admettre comme 
des données contemporaines les deux expressions et apprécier 
la seconde, comme nous avons fait la première, selon la fonction 
qui s’empreint dans ses emplois. Nous n’en referons pas une 
description et devrons, entre les multiples particules que chaque 
langue affecte pour sa part à ce comparatif, choisir les plus 
notables, particulièrement gr. v- et lat. quenn, et en examiner les 
constructions. 



LE COMPARATIF l3~ 

Pour faire ressortir la différence entre les deux constructions 
en grec, prenons des exemples où le même adjectif est employé 
de part et d’autre. Nous avons déjà cité, pour le comparatif 
casuel, pLi/.'Tsç yXu yJ.iû'i péri aùÊvj « sa parole coulait, plus douce 
que le miel » (A a ilj). Confrontons-y : 2’ ioiz rSr.vi.z; yXuxfwv 

yé'iz-.’ rjs. v:'s;6x; « aussitôt la bataille leur devient plus douce que 
le retour dans leur patrie » (H 453). Les deux comparatifs s’équi- 
valent-ils, et yXuv.ûov r ( s (vse70xi) n’est-il produit que par l’impos- 
sibilité d’employer un génitif? Il y a bien autre chose. Dans le 
premier exemple, comme on l’a vu, le comparatif indique une 
« adéquation » du terme A.(rj2V|) au terme-norme 13 (;ji/e). Mais 
dans y/.'jy.îwv r/i vimOxi, la comparaison implique dans le terme A 
(rô/.sj.;;) une qualité dont le terme B (vissO*;) est exclu, puisque, 
en fait, le terme A est préféré au terme B. Dès lors est posé 
entre les deux constructions le principe d’une différence dont 
nous avons à définir les caractères. 

Dans toas;j.5ç y/.r/.ùov r,'t vsciOx'., la qualité n’est plus une pro- 
priété intrinsèque du terme B ; elle est conférée en quelque 
sorte du dehors à deux objets qui ne la comportent pas naturel- 
lement et dont l’un (A) se trouve la posséder à un degré qui 
exclut l’autre (B) de la possession. Le domaine propre de ce 
type de comparaison est celui du choix entre deux objets en pré- 
sence, ce qui est accordé à l’un se trouvant refusé il l’autre. 
L est donc une alternative, signalée par une véritabl e disjonction . 
Il n’y a donc plus adéquation du terme A au terme B, mais 
disjonction entre eux, comme entre les plateaux d’une balance, 
cl la marque de cette disjonction est r, qui a bien ici sa fonction 
propre de disjoindre les membres d’une alternative : y.pstrjo v 
xiO/iixi î) çuy îîv « mieux vaut mourir que (= ou bien) fuir »‘. 

On peut alors déterminer l’emploi premier de la construc- 
tion avec particule. Elle a servi à articuler les deux termes d’une 


i. M. Leumann, Domun natal. Schrijnen, igag, p. 040 veut expliquer ij à partir 
d’une question : (SvéXet toîîto r t èxsïvo ; « veux-tu ceci ou cela ? », formule qui, par 
une sorte (le « persévérai ion » et « durch gednukenlosc Wiederholung », aurait 
été reprise dans la réponse : (SouXouat xoîno r] èxsivo. Mais question et réponse sont 
formulées dans la même langue et en même temps. Si f[ a sa pleine valeur dans la 
question, on ne saurait le réduire à une répétition machinale dans la réponse. En 
outre, ce raisonnement suppose que r ; aurait été introduit à la place du génitif, ce 
tpie nous contestons. Los deux constructions ont des domaines distincts à l’origine 
et les deux procédés n’étaient pas interchangeables. 



1 38 


COMPARATIFS ET SUPERLATIFS 


alternative sous la dépendance d'une expression verbale indiquant 
la priorité d’un terme sur l’autre. Le type d’une pareille 
construction est : $cù~/.op.x<. cri sv Ip.jj.sv 2 1 r, x-z/Ag Oxi « je désire 
(plutôt) être sauf ou bien (= que) périr » (A 117) ; brui 
QoAovprp r r .. -izis . iv ( l F 5 q 4 ) ; Zsù; TpioaW or, (Js'ast ai Ssüvat 
•/.pxTJî r,l ~;p r t p.X i « Zeus veut accorder l’avantage aux Trovens 
ou bien (— plutôt que) à nous » (A 319). L’alternative peut 
marquer, de diverses manières, ou la priorité temporelle 
d’un terme sur l’autre : ûjj.Tv r.xp r.pz-.ip: 13;... crapiv I0 y)xs. .. ï) kjjsi, 
litt. « elle vous servait l’orge avant qu’à moi » (0 18G sq.); 
ybrpsr.w. -iis; v.r. y: 3 '<a v.xp.z'/zz f, ijj.iv « leurs pieds 

et leurs genoux se fatigueront plus tôt que les vôtres » 
('F 445 ). Ou une quantité supérieure d’un côté que de l’autre : 
rj.h-iî; uici r,à Tdcpzvxzi « il y en a plus de saufs que de tués » 
(K 53 1) ; ou un avantage marqué pour l’un des deux termes: 
Y’jîcsjîiv r.zVj çiAt'ps'. r, âLcycuiv « bien plus chers aux vautours 
qu’à leurs femmes » (A 1 6a), cf. î’iwvA 3 k ~sp: rp. yuv*?y.ï; 

« il y aura autour d’eux plus d’oiseaux que de femmes » (A 390) ; 
ou une qualité plus marquée dans une circonstance que dans 
une autre : p.aXr/.MTsps; xp.zxzxxz 6 ai “E'/.xwp r, ïxs vvjji- vrîr.prpo 
« Hector est plus doux à palper que quand il bridait nos vais- 
seaux » (X 378); vîdixspct ï) ~xpzz (y. 396), etc. 

Même quand il semblerait que r, pût être remplacé par un géni- 
tif, un examen plus attentif révèle la raison du choix. Par 
exemple on a ci... -/.psiisaiv y. a: àpsiaiv izzl... è;j,îO=v (Ji ■ Apoll. 260), 
avec un génitif-ablatif justifié pour les raisons énoncées plus haut. 
Mais on trouve aussi : /.ai xpv.zzn rçk rxp ùp.ri àvSpâîiv (üjaO.ïjm « j ai 
été en rapport avec des hommes encore plus braves que vous » 
(A 260). Ici la comparaison est d’une autre nature ; on oppose des 
hommes d’autrefois à ceux d’aujourd’hui, et cette opposition sert 
à fonder un raisonnement : si ceux-là ont suivi mes avis, vous devez 
aussi m’écouter; leur poids l’emporte sur le vôtre, 11e méprisez 
donc pas ma sagesse, à XX y. zziOzzO’’ ajj.sco Sk '/ztozipai kutiv àjj.îl; 
« laissez-vous donc convaincre, vous êtes tous deux plus jeunes 
que moi », ici de nouveau c’est un 
Considérons eue 


« adéqualif » régulier. 




ziozr. 


K 55 G : p = ïa Oîiç y' sÔiXcov y. a’, xp.tr/ s'/xç rp 
rpx\-.z « un dieu assurément, pour peu qu’il b 


voulût, n’aurait aucune peine à offrir des coursiers supérieurs 
encore à ceux-ci ». Pourrait-on substituer àjj,îivsv3cç tsjxwv à 



LE COMPARATIF 


‘39 

l’expression que le poète a choisie, â/elvc/aç r,i ~sp oTos ? Le 
contexte montre que non. Nestor admire les chevaux q'u’UIysse 
ramène : « Je n’en ai jamais vu de pareils : c’est un dieu qui a dû 
vous les offrir ! » Ulysse répond : « Les chevaux d’un dieu seraient 
bien supérieurs à ceux-ci. » Il y a bien contraste entre deux caté- 
gories, l’une divine et imaginée, l’autre terrestre et réelle, et la 
première reçoit l’avantage sur l’autre. Quelle que soit la moda- 
lité particulière de la comparaison avec particule, elle énonce 
toujours un comparatif de notions contrastées, qui se trouvent 
posées en alternative. 

Les mômes observations valent pour les autres langues, sauf 
que chacune emploie une ou plusieurs particules distinctes. Cette 
particule peut être une disjonction comme li en v. slave; ou sim- 
plement une négation, comme en sanskrit na ; la disjonction est 
alors encore plus forte et la préférence donnée à l’un des deux 
termes équivaut à l’annulation de l’autre : mrtyur marna sreyân 
na punah sïlaviplavah « la mort me semble meilleure non Ç— 
que) la perte de la vertu ». On peut aussi avoir le même schème 
comparatif avec lat. quam. Ce quant apparaît dans plusieurs 
conditions spécifiques où l’ablatif est exclu : i° après un 
adverbe: magis quam... 2 ° avec un génitif de prix: maioris, 
minoris quam... 3" quand le second ternie est déterminé par un 
génitif ou un adjectif ou par une proposition relative : lima maior 
quam dimidia pars lerrae est ; ni h il est miser ius quam animus 
hominis conscius. Il n’est pas fortuit que le même quam soit 
employé avec le comparatif et avec des adverbes do temps, 
ante, post quam. C'est le même procédé de disjonction. En effet 
dès que la comparaison est formulée par un adverbe ( 'magis , 
plus') ou par une expression de prix ( maioris , minoris), une 
modification extérieure est apportée à la situation de l’un des 
deux termes, au désavantage de l’autre : plus mihi dédit quam 
tibi. Nous sommes donc hors des conditions où fonctionne 
l’ablatif de comparaison. Car cet ablatif, on l’a vu, suppose que 
le premier terme est rapporté au second pris pour norme. Or 
une norme est fixe et constante, elle exclut toute restriction ou 
détermination occasionnelle. Aussi a-t-on quam, et non l’ablatif, 
quand le second ternie est accompagné d’une détermination. 
Toutes ces conditions se tiennent, dans une comparaison qui 
produit contraste. Ea le contraste a pour signal quam, qui est 



t4o COMPARATIFS ET SUPERLATIFS 

lai-même de sens adversatif, ainsi qu’il ressort de l’emploi ancien 
tam... quam où les deux termes s’opposent: quam malus Home- 
rus, tam bonus Chœrilus poeta est. Ce sens est souligné par Festus 
4g4 citant Titinius : quamquam estis nihili, tam ecastor simul 
vobis consului, et apparaît d’ailleurs dans la relation entre tam 
et tamen, entre quam et quamquam. 

Disjonctif aussi et dans la même mesure que gr. vj qu’il tra- 
duit dans les comparaisons est got. pau, dont la fonction se 
montre dans un passage comme celui-ci : hvapar ist raihtis aze- 
tizo qipan : afletanda pus frawaurhteis, pau qipan : urreis jah 
gagg? « lequel est en vérité plus facile, de dire 'tes péchés te 
seront remis’ ou ( pau = -ij) de dire 'lève-toi et marche’? » (Ml 
IX 5). Avec pau le second terme est présenté en alternative et 
c’est bien aussi une alternative qu’il introduit dans la comparai- 
son : azitizo ist ulbandau pairh pairko neplos galeipan, pau (ij) 
gabigamma in piudangardja gu dis galeipan « il est plus facile à 
un chameau de passer par le trou d’une aiguille que pour un 
riche d’entrer dans le royaume de Dieu » (Mc X 25). Dans le reste 
du germanique ce rôle est dévolu à pan, panna qui a aussi un 
sens adversatif et dont les emplois sont identiques Dès le début 
du germanique, la construction avec particule se présente dans 
toutes les variétés de comparaisons que les langues modernes 
utilisent, sauf que celles-ci l’étendent aux formes de comparaison 
que le germanique ancien exprimait encore au moyen d’un cas. 


VI 

La confrontation des deux constructions à travers plusieurs 
langues révèle qu’il y a eu en indo-européen deux procédés de 
comparaison, définis par des structures grammaticales distinctes 
et qui ont voisiné dès l’origine. Dès qu’on a délimité leurs fonc- 
tions respectives et reconnu leur égale nécessité, on se trouve 
délivré du faux problème qui n’a cessé de préoccuper les compa- 
ratistes, celui de la priorité historique d’une construction sur 
l’autre. 

Celle obsession est née de ce qu’on a toujours considéré la 

I. Il suffi l ici de renvoyer à la description donnée par G. W. Small, The com- 
parison o f inequalitv, 1924. 



LE COMPARATIF 


1 4 f 

comparaison comme une catégorie simple et immuable. Toutes 
les études sur le comparatif commencent par cette question : 
« En quoi consiste une comparaison ? Que fais-je quand 
j’énonce : mon frère est plus grand que moi ? » Et invariablement 
l’auteur répond par une définition logique et facile, que sa faci- 
lité n’empêcherait pas d’être vraie ni sa logique d’être constante, 
si elle n’avait le défaut do préparer la conclusion avant l’examen 
des faits et de transposer en catégorie universelle un mécanisme 
lié aux structures des langues modernes, occidentales et norma- 
lisantes. Nous ne connaissons aujourd’hui qu'un seul type de 
comparatif ; cela ne nous dispose pas à comprendre d’emblée 
pourquoi bien des langues en emploient deux simultanément. 
De plus, un exemple comme « il est plus grand que moi » est, 
dans sa simplicité, le plus fallacieux de tous, puisqu’il peut 
comporter en indo-européen deux expressions différentes. On a 
confondu « simple » et « élémentaire ». 

En fait, les deux constructions indo-européennes du comparatif 
ne sont ni des variantes d’un même procédé adapté à dos situa- 
tions différentes ni les formes successives d’une même expres- 
sion. Elles dénotent bien deux catégories de la comparaison. Si 
on veut les traduire en images typiques, l’une est la comparaison 
entre une longueur donnée et un mètre-étalon ; l’autre la compa- 
raison qui s’établit par le niveau inégal des plateaux d’une 
balance. A les définir par leurs traits les plus marquants elles se 
caractérisent en oppositions fonctionnelles et sémantiques: 

la construction avec cas donne un comparatif de nature orga- 
nique et de fonction adéquative, impliquant dans le terme compa- 
rant une qualité intrinsèque et prêtant à des emplois « exem- 
plaires » ; 

la construction avec particule donne un comparatif de nature 
mécanique et de fonction disjonctive, servant à contraster deux 
termes mis en alternative par une inégalité extrinsèque. 

Il ressort de là que la seconde construction bénéficie à la fois 
d’un domaine beaucoup plus étendu et de conditions d’emploi 
plus variées. Elle a pu ainsi envahir progressivement l’aire de la 
première et s’en approprier les fonctions. Il semble qu’on soit, 
après cette définition, en mesure de mieux voir comment la conta- 
mination s’est produite et sur quel point de son emploi la pre- 
mière construction a fléchi au profit de la seconde. Ee conflit a 



I \ ‘1 COMPARATIFS ET SUPERLATIFS 

dû commencer à la limite des doux, dans les expressions où l’une 
et l’autre étaient possibles, mais non avec le môme sens, c’est-à- 
dire quand le terme comparant était un pronom, démonstratif ou 
personne], par exemple dans le type: « il est plus grand que 
moi », dont l’ambiguïté se montre ici à plein. Ce type se prêtait 
à deux expressions. Dans l’une, avec l’ablatif (éventuellement 
avec le datif), la comparaison s’effectuait par voie d’adéquation 
du terme comparé à un terme comparant pris pour norme. 
Concrètement, « il est plus grand que moi » signifie alors « il est 
plus grand que moi, qui suis la grandeur même » . Dans l’autre, avec 
une particule, la comparaison opère une disjonction en confé- 
rant au terme comparé une qualité dont, corrélativement, le 
terme comparant se trouve destitué. Et ici, « il est plus grand 
que moi » signifie « il est grand, je ne le suis pas ». Ainsi, ou 
bien adéquation référentielle, ou bien disjonction corrélative. 
Ce sont bien doux catégories distinctes. Mais c’est le sort des 
expressions partagées entre deux catégories concurrentes que de 
créer un état de déséquilibre qui favorise inévitablement l’exten- 
sion de l’une aux dépens de l’autre. En l’espèce, la construction 
avec particule, qui assurait mieux la fonction proprement « com- 
parative » a annexé progressivement tout le domaine de l’autre, 
à l’exception d’un certain nombre d’emplois traditionnels, 
notamment « proverbiaux » . 

Ces fonctions, dont la dualité reconnue sur le plan syntagma- 
tique renvoie à une double catégorie notionnelle, avaient-elles 
aussi une double expression morphologique ? L’indo-européen, 
c’cst un fait, possédait deux formes de comparatif, en *-yes- et 
en *-tero-, dont nous avons essayé de définir l’aire d’emploi. 
Dès lors que nous constatons par ailleurs deux constructions, 
il devient tentant de chercher si à chacune d’elles ne corres- 
pondrait pas un comparatif spécifique. En fait on peut voir 
les traits de chacun des deux comparatifs s’ajuster assez bien 
aux caractères et à la fonction de chacune des deux construc- 
tions. 

Nous avons dégagé des emplois de la forme en *-yes- cette 
particularité de sens qui lui est propre, cl que nous avons dénom- 
mée « dimensionnelle ». Il paraît légitime de relier ce caractère 
sémantique du comparatif en *-yes- au caractère fonctionnel de la 
construction avec cas, de la construction « adéquative ». Ainsi le 



LE COMPARATIF 


1 43 


Upc gr. [i.i'/.r.z; y/.r/do jv se trouve organiquement unifié sous le 
double rapport de la forme du comparatif et de la construction 
qu'il appelle. Et cette liaison est confirmée par l’utilisation fré- 
quente de ce tour dans les comparaisons « exemplaires », où le 
terme comparé est en effet l’objet d’une évaluation dimensionnelle 
a partir d’une norme typique, en sorte qu’il signifie « aussi doux » 
ou « plus doux (que le miel) » sans différence appréciable : le 
sens réel est que la qualité « se mesure » effectivement par 
rapport a la norme. C’est bien d’une qualité « dimensionnelle » 
que le comparé est pourvu par rapport à un comparant fixe. 

Au contraire avec la construction à particule s’exprime une 
comparaison disjonctive entre deux termes posés en alternative. 
A cette expression semble bien convenir le comparatif en -tero- 
qui opère séparation (p. 119) et qui dote l’adjectif d’une 
qualification extrinsèque. Du fait même que ce comparatif, étant 
secondaire, pouvait se former sur n’importe quel adjectif et même 
sur des substantifs (type gr. (JxjiXiÛTEps;), il devenait apte à 
instaurer des oppositions binaires très variées et à exprimer, 
a l’aide de la construction il particule, les modalités les plus 
diverses de la comparaison. 

Telle est, au terme de cet examen, la situation qu’on peut 
restituer en indo-européen. Forme sulfixale, construction et 
fonction se trouvent ainsi coordonnées dans chacun des deux 
comparatifs qui ont coexisté, et ceux-ci définissent à leur tour, 
par leurs traits différentiels, les deux catégories de comparatif. 
Cependant bien des contaminations et des échanges oblitèrent 
quelque peu la netteté de cette distinction. Si l’on refaisait 
1 histoire du comparatif sur la base des présentes conclusions, il 
faudrait tenir compte des superpositions qui se sont produites 
parfois dans les formes (tels les comparatifs en *-is-tero-') et 
surtout dans les constructions. Malgré tout, l’épreuve mériterait 
d être tentée. Et, au delà de l’indo-européen, dans les compa- 
ratifs d’autres langues dont on a cité (p. 126) quelques spé- 
cimens, il vaudrait la peine de rechercher si la double expres- 
sion, si fréquente, ne refléterait pas une distinction catégorielle 
analogue à celle qu’on vient d’indiquer ici. 



CHAPITRE XI 


LE SUPERLATIF ET L’ORDINAL 


A chacun des deux comparatifs répond en indo-européen un 
superlatif distinct: en face de *-yes- on a * is-tho- et en face de 
*-tero- une forme qui est généralement *-ï/no- mais aussi loca- 
lement *-s°mo- (italique et celtique), et qui a été en grec rem- 
placée par On peut considérer comme établi que les suf- 

fixes *-l(/i)o et -.z-c- viennent des numéraux ordinaux, dont ils 
forment l’élément caractéristique (Brugmann, Grundr. 2 , II, i, 
p. 3 go, § 286). 

Il se pose donc ici deux problèmes distincts : i° quelle est la 
relation fonctionnelle qui justifie la liaison formelle entre le 
superlatif et l'ordinal ? — 2° puisque chacun des deux superlatifs 
est organiquement uni à chacun des deux comparatifs, commcnl 
ccs superlatifs se définissent-ils sémantiquement par rapport aux 
comparatifs correspondants ? 

Nous devons commencer, pour répondre à la première ques- 
tion, par un examen propre de la fonction de l’ordinal. Il y a 
intérêt, pour l’interpréter, à considérer les ordinaux comme une 
catégorie spécifique de la numération. Et, de cette catégorie, le 
sens en indo-européen s’éclairera par l’analyse des formations 
parallèles d’autres familles de langues. Cette voie détournée est 
en fait la seule qui conduise à une définition satisfaisante de la 
fonction des ordinaux indo-européens, parce qu’elle fait discerner 
des faits d’emploi qui autrement échappent à l’attention. 



l’ordinal 


I 


I. — Les ordinaux. 

On doit à K. Setlie une excellente observation sur les numéraux 
ordinaux en vieil égyptien', dont le mérite est moins dans 
l’interprétation littérale des formes, qui sont claires, que dans 
les conclusions justes qu’il en a déduites. Les ordinaux égyptiens 
s’expriment par l’addition du participe de mh « remplir » au 
nombre cardinal. Il s’ensuit que l’ordinal désigne proprement 
l’élément d’une série numérique qui la termine et la « remplit », 
donc le dernier terme. C’est ce dernier terme qui est seul spécifié 
par une formation particulière, et non n’importe quel terme 
suivant sa place dans une énumération indéfinie. Ainsi ég. h-t 
mh-t 200 « la maison accomplissant 200 » = « la 200 e maison » ; 
h tvn n mh-t rnp-t 10 « un garçon de (l’année) accomplissant 10 
ans » = « qui a atteint sa dixième année ». Le procédé se retrouve 
en sémitique où, en arabe par exemple, au moins pour les ordinaux 
des nombres élevés, 011 emploie pareillement un participe de 
« remplir » (ar. ’aufâ, racine 1 vfy'), ainsi: fa-lammâ künat-i 
’ l-lailatii ’l-mïifijatn lil-'isrïna « et quand vint la nuit accomplis- 
sant les vingt », c’est-à-dire « la vingtième nuit ». Mais déjà 
dans la plus ancienne numération connue, celle des Sumériens, 
on employait au moins pour le nombre fractionnaire, qui n’esL 
(on y reviendra plus loin) qu’une variante de l’ordinal, une 
expression semblable : igi- 5 -gala « le cinquième, la cinquième 
partie », littéralement, suivant toute probabilité, « la partie com- 
plétant les 5 (parties) », c’est-à-dire, selon Thureau-Dangin, « la 
partie qui, ajoutée aux quatre premières, reconstitue les cinq 
parties en lesquelles l’unité est divisée ». L’expression se com- 
pose de igi « œil ». ici « partie », et gâl, gâl-la qui a entre autres 
sens celui de « remplir, compléter » (akkad. main ) 1 2 . 

A l’exception de . 1 . Wackernagel qui l’a utilisée pour le 
sanskrit, il ne semble pas qu’on ait tiré parti de cette obser- 
vation. Certes les faits ehamito-sémitiques sont d’une clarté qui 
ne laisse pas de doute sur l’explication à en donner ; on ne pos- 

1. K. Selhe, I on Zahlen t mil Zahlworlen bel den allen" Aqyplern, Slrassburg, 
1916, p. 109 sqq. 

2. Je reproduis ici l'explication de F. Tlmroau-Dangin, Esquisse d’une histoire 
du système sexagésimal, ig.Ja, p. 27, qui cite lui-même Solho. 


to 



1 46 


COMPARATIFS ET SUPERLATIFS 


sède dans aucune autre langue d’expressions aussi transparentes. 
Malgré cette difficulté et celle qu’imposent la recherche et l’inter- 
prétation des faits dans des langues de familles différentes, il 
faut tenter de voir comment s’organise à travers la variété des 
idiomes l’expression du nombre ordinal. Les conditions d’une 
enquête valable sont définies par la connaissance que nous pou- 
vons avoir des diverses structures linguistiques. Il ne suffit pas 
de constater qu’une certaine langue possède une série de nombres 
ordinaux. Il faut encore que la formation de ces ordinaux entre 
dans une classe d’expressions comportant au moins un autre 
emploi, et c’est la comparaison entre cct emploi particulier et 
celui de l’ordinal qui éclairera l’interprétation. En somme, c’est 
dans l’économie interne de chaque langue que l’on peut décou- 
vrir, quand elle est accessible, la signification propre il l’ordinal. 
En considérant séparément des langues distinctes et en replaçant 
les formes dans leur structure d’ensemble, ou pare au danger 
do comparer directement entre elles des expressions disparates, 
arrachées à leur contexte linguistique. On peut en outre arriver 
à expliquer dans mainte langue des formations que les linguistes 
se sont en général contentés d’enregistrer. En voici quelques 
exemples. 

En géorgien, la numération ordinale se constitue à partir des 
nombres cardinaux au moyen de la préfixation me suivie de e. 
Cette formation on ms ... e est constante : ori « deux » : meore 
« deuxième » ; smni « trois » : masame « troisième » ; oci « vingt » : 
meoce « vingtième ». Aucune explication n’en a encore été 
donnée. Or la même formation en me ... e sur base nominale sert 
à dénommer « celui qui pratique un métier » : ùa-fi «jardin » : 
mcbmte « jardinier » ; — puri « pain » : mepure « boulanger » ; 
— p'exsacmeli « chaussure » : mep' exsctcmcle « cordonnier » ; — 
Y s'ino « vin » : me^vine « vinarius, marchand de vin » '. Los faits 
mêmes dictent la solution. L’ordinal est constitué comme un 
nom d’agent : mesame « troisième » est proprement « celui qui 
fait trois », comme mepure est « celui qui fait le pain ». On don- 
nerait une idée du procédé en forgeant un ordinal français tel 
que *quatrier « qui fait quatre », parallèle à vitrier « qui fait les 

i. Cf. Dirr, Einfilhrung, p . 87 ; Yogt, Norsk Tidsskr. for Sprotjvid., IX, ig 38 , 
p. 102, pour dos exemples do cette formation. 



l’ordinal 


i^7 

vitres ». Le géorgien se révèle ainsi comme une des langues qui 
illustrent le mieux, dans leur numération, la fonction des ordi- 
naux 

En tibétain, on adjoint l’allixe pa au cardinal pour former 
l’ordinal : y /n i s « deux » : y nyis-pa « deuxième » ; — y sum, sum 
« trois » : sum-pa « troisième » ; — b zi « quatre » : bzi-pa « qua- 
trième ». Or -pa a d’autres fonctions, importantes et caractéris- 
tiques 2 3 . Celle, entre autres, do nominaliser les formes verbales 
en constituant des infinitifs ou des participes, et celle d’indiquer 
celui qui pratique un métier: rhi-pa « homme de cheval, cava- 
lier » ; c'û-pa « porteur d’eau ». lui concordance formelle entre 
c'û-pa (pratiquant un métier) et sum-pa (ordinal) mène à con- 
clure que sum-pa « troisième » est bien « celui qui fait trois », 
et qu’en tibétain aussi l’ordinal a une fonction d’abord complé- 
tive. 

En cukci (chukchee), principale langue d'un groupe qui 
comprend aussi le koryak et le kamcadal (N.-E. de la Sibérie), 
les numéraux sé fléchissent comme des verbes ; en d’autres 
termes ou a des conjugaisons numérales, où le nombre est 
soumis, comme toute autre qualité, a des expressions verbales 
variables. Par suite, suivant la nature do la conjugaison, il y a 
plusieurs formes d’ordinaux, par exemple une ordinalité prédi- 
cative ’ 1 : mi'uùên « cinq » : milinkaukin « tu es le cinquième », 
avec eu - sullixe verbalisant, et rkin indiquant présent duratif 
des formes verbales dérivées 4 5 . Mais la formation spécifique des 
ordinaux parait être celle, en -lin : miini.ka' ulm « cinquième » R . 
Cette formation en -hn, par ailleurs participe des verbes intran- 
sitifs, dénote l’agent d’une action intransitive ou celui qui pos- 
sède la notion de base : üpâulm « celui qui boit » (de fipau 
« boire ») ; éce-hn « celui qui est gras », gai'mici-hn « celui qui 
est riche ». Il faut donc considérer l’ordinal comme une des 
modalités d’un emploi spécifique ; miunkaulrn « cinquième » est 


1. Marr-Brière, La langue géorgienne, p 89-90, expliquent Bizarrement le me...e 
de l’ordinal par doux mots qui signifieraient, également c< un ». Ils n’ont pas 
discerné le rapport avec les noms de métier, quoique les deux catégories soient 
citées l une après l’autre, p. l\H, § 54 - 

2. Cf. Jaesclike, Tib. Engl. Dict p. 3 2 1 a. 

3 . Bogoras, 0/ Amer. ïnd. Langu., Il, p. 769. 

4 . Bogoras, op. cil., p. 788 et 774 

5 . Bogoras, op. cit p. 717. 



1 48 


COMPARATIFS ET SUPERLATIFS 


à peu près « celui qui fait (ou qui est) cinq », à litre de complé- 
ment de la série numérale. 

En yukaghir, les numéraux sont aussi fléchis verbalement et 
ont deux formes, indépendante et attributive, qu’ils soient cardi- 
naux ou ordinaux. Les formes cardinales indépendantes sont des 
formes verbales intransitives à la 3 e sg. du présent prétérit. 
L’ordinal prend une finale -(e)cki : ainsi râloxloi « quatre » : 
yctlaxlecki ; — ïnganboi « cinq »: i'nganbecki « cinquième ». 
L’ordinal est donc dérivé du cardinal à l’aide de suffixes verbaux : 
-c- est le suffixe qui change un verbe transitif en causatif ; -ki 
(<[ -gi assourdi par -c-) est le suffixe possessif du nominatif 1 . 
Nous pouvons interpréter l’ordinal comme « celui qui fait » le 
nombre entier, auquel il est rattaché par l’indice du possessif. 

En malayo-polynésien, il y a plusieurs manières de former les 
ordinaux, par préfixation ou par suffixation. L’un des éléments 
le mieux attesté est le préfixe qui est whaka en maori : tekau 
« dix » : whakatekau « dixième », et faha en malgache: rôti 
« deux » : faha-roa « deuxième » 2 . Codrington qualifie ce préfixe 
de «causatif» 3 4 5 . Ici encore l’ordinal est « celui qui fait... ». 

Considérons plus particulièrement la formation des ordinaux 
en tagalog', langue indonésienne des Philippines. Les ordinaux 
y servent aussi de fractionnaires : ( ta)tlb « trois » : ikn tl<> « troi- 
sième, tiers » ; — à pat « quatre » : ika-dpat, iknpat « quatrième, 
quart » ; — lima « cinq » : ika-limà « cinquième » L Par ailleurs 
ce préfixe ilta- sert il constituer un passif « instrumental » que 
L. Bloomfield définit avec précision comme « an inanimate, or 
at least irrational and involuntary, object or circumstanee winch 
causes such and such an action » B . En appliquant cette définition 
à l’ordinal, on peut le caractériser dans son expression propre 
comme l’agent en quelque sorte passif et involontaire du nombre 
qu’il indique ; ika-tlh sera « celui par l’intermédiaire duquel le 

1. W. Jochelsoii, Essay on the grammar of tlie Yukayhir LamJUage (in American 
Anthropologist, Vit, njo5, p. 36p-424), §§ 45-4(). 

2 . Codrington, Melan. Laminages, p. i !\0 ; Malzar, Gramm. malgache, 2 e éd., 

p. XII. 

3. De même Malzar, op. cil., p. xiv. 

4. L. Bloomfield, Tagalog Texts wilh grammatical analysis (Unir, of Illinois 
Stud. in Langu., III, 3, 1917 ), 2 e partie, p. 273 , § 4>6: formes données sans 
explication. 

5. Bloomfield, op. cit., p. 271 , t; 4i3. 



l’ordikal 


i 4g 

nombre trois sc réalise, l’instrument de l’accomplissement de 
trois ». Par le détour d’un procédé commun au verbe et à la 
numéralité, l’ordinal tagalog et indonésien assume la môme 
fonction qu’il a dans des langues toutes différentes. 

Dans un autre groupe linguistique encore, celui des langues 
nord-américaines, l’osago (famille Sioux) apporte un témoignage 
important. On y obtient l’ordinal par we- préfixé au nombre 
cardinal : thâ-bthi n « trois » : wé-tha-bthi " « troisième » ; — dô-ba 
« quatre » : wê-do ba « quatrième » ; — çà-to" « cinq » : wè-ça-to n 
« cinquième ». Or, par la seule considération de la fonction 
ordinaire du préfixe me- « with, with which to », F. La Flesche 1 
est amené à analyser wêihabthi " « troisième » en me- « with 
which to make » -4- tha blhi'' « three ». Ici encore « troisième » 
est bien « ce(lui) qui sert à faire trois ». La valeur « complétive » 
des ordinaux est manifeste. 

Le kalispel (famille Salishan) a une toute autre expression : 
l’ordinal est constitué par la forme « subjonctive » du nombre 
cardinal 2 qui est un adjectif, c’est-à-dire au moyen d’une préfixa- 
tion par q-\-s\ le premier préfixe q (représentant qt - devant 
-.s-) confère à la forme nominale la fonction d’une phrase à verbe 
ôtre au subjonctif ou à l’optatif 3 ; le préfixe s sert à former des 
noms verbaux désignant souvent des choses. Donc qsésél 
« deuxième » en l’ace de ésel « deux », et qscété(s ) « troisième » 
en face de cèté(s) « trois » ont l’air de signifier « ce qui va ou 
doit être deux, trois ». On rejoint par là la signification géné- 
rale constatée dans d’autres langues. 

En Blackfool (famille algonkin), la série ordinale est une 
forme verbale relative fondée sur le radical du numéral avec 
préfixation de omoxt(s) et sullixation de -pi (genre animé) ou 
■xpi( genre inanimé) : ômoxlsotskaxpi « troisième » ; omoxtslsoxpi 
« quatrième » ; dmotsisitoxpi « cinquième » 4 . L’analyse des formes 
ordinales s’éclaire par la considération des fonctions propres à 

i, Francis La Flesche, A Dictionary of the Osaije Language (Bureau of Amer. 
Ellmology, Bull. 109), i93a, p. 'ii/i a. 

». D’après II. Vogt, The Kalispel Language, Oslo, 19^0, p. 44 , § 122. 

3 . Vogt, op. cit., p. 27, § Gi, el p. 48 , § 1 3 g. 

4 . Uhlenbeck, A concise Blackfool Grammar (Verhandeliugen lier Koninkl. 
-Norderl. Akad. XL 1 ), Amsterdam, 1938, p. 127, où les formes sont données sans 
cxplicalion. Notre interprétation combine les indications des pp. 101, io 3 , n 3 sur 
les préfixe et suffixe. 



l5o COMPARATIFS ET SUPERLATIFS 

ces préfixe et sullixe. L’élément -pi -xpi sert de relatif et trans- 
forme le verbe fini en une proposition dépendante et relative. Le 
préfixe moxt- dénote relation locale et instrumentale « avec, en 
compagnie, au moyen de ». 11 y a par ailleurs beaucoup d'expres- 
sions en ômoxt ... pi formant expression relative de moyen ou 
d’accompagnement : ômoxl-àkoxkùienix-pi a what lie will die 
witli ». Des lors ômoxtsotskaxpi « troisième » doit signifier à 
peu près « ce avec quoi il fait trois » ; le « troisième » est le 
moyen qui accomplit la notion de trois. 

En mandan (North Dakota), c’est par la préfixation de i- au 
cardinal que sc forme l’ordinal: i-top « quatrième »‘. Pour 
expliquer ce procédé, il faut sans doute le ramener à l’emploi 
de i- préfixé à de nombreux thèmes avec un sens d'instrumental : 
wai pawtc « quelque chose avec quoi on coupe », c’est-à-dire 
wa- « quelque chose » -f- i instrum. -f - pawéc « couper ». Pareil- 
lement « troisième » sera « (ce) avec quoi on fait trois ». 

De môme type est la forme d’ordinal en natchez 1 2 où l’on affecte 
a cette formation la désinence le ou c des infinitifs et des noms 
d’instrument, qui a valeur de. « to do, to be, to cause to ». 

En hopi, d’après Whorf, les ordinaux, qui sont aussi multipli- 
catifs, sont employés pour le compte des unités qui ne peuvent 
être assemblées spatialement, comme, les jours, les fois, ou 
d’autres unités sueeesives du môme cycle. « Dix jours, dit cet 
auteur, ne sont pas comptés à notre manière comme un agrégat 
imaginaire, mais comme une relation entre deux événements 
dont l’un a lieu le dixième jour après l’autre. Syntaxiquement, 
les ordinaux sont traités comme des noms défectifs, les ordinaux 
comme des adverbes » 3 . En fait nous avons ici une fonction des 
ordinaux qui paraît ressembler de près à celle des expressions 
indo-européennes pour le compte du temps; c’est le type gr. tw 
T téjj.-Ti;) s~£'. « quatre ans après », ce qui suppose une conception 
semblable de l’ordinal comme marquant l'élément qui accomplit 
une série continue. 

On pourrait allonger cette énumération par des expressions 
parallèles d’autres familles linguistiques, à condition que les 

1. Kennard, Internat. Journ. of Amer. Lingu., IX, iy 36 ,p. ay, § 107, cf. p. i 3 . 

2. Swinton, Inler.i. Journ. of Amer. Lingu., lit, igalj, p. 5 g. 

3 . B. Whorf, Lingu. Structures of native America, ig'iG, p. 1 78-179 (cf. p. i 65 ) 
mais malheureusement les formes ne sont pas données. 



l’ordinal 


i 5 i 

langues possèdent line véritable série d’ordinaux, ce qui n’cst pas 
toujours le cas à condition aussi que les descripteurs en fassent 
état, à quoi ils manquent souvent. On doit par exemple à une 
remarque incidente 2 de savoir qu’en bambara (Soudan) l'ordinal 
en -na se constitue à la manière de certains noms d’agent : du 
« manger » : duna « mangeur » ; — su « nuit » : s un a « som- 
meil » ; et aussi saba « trois » : sabana « troisième », donc à peu 
près « celui qui est (ou fait) trois » . Ou encore qu’en serère (Séné- 
gal), par rapporta tadik « trois », la forme ordinale « dénomina- 
tive » tadkander signifie proprement « qui fait trois ». Le procédé 
doit être d’un emploi très général. 

Une autre manière de rendre la même notion consiste à faire 
de l’ordinal une forme adjective ou dépendante signifiant littéra- 
lement « celui de trois », ou « son trois, celui qui appartient à 
trois ». Comme Setlie l’a déjà observé, cela équivaut à « celui 
qui fait trois » : par exemple, en copte, wan-n-keradli ou was- 
keradh « le troisième », litt. « celui («>«-) de (-«-) ou à (-s-) trois 
( keradh ) » ou en aymara (Kicua) kimsaneken « troisième », litt. 
kimsa « trois » -j - ileken « à, vers » 3 . Entre beaucoup d’autres 
exemples qu’on peut trouver, il vaut la peine de citer quelques- 
uns pour montrer la fréquence de pareilles expressions dans 
tous les types de langues. 

En sumérien, la formation est en -kam, -kamma ajouté au 
cardinal : ii(d)-min-kam « le deuxième jour ». Il y a discussion 
sur le sens et sur l’analyse de cet allixe, mais en tout état de 
cause la relation de l’ordinal avec le nombre de base se définit 
de la môme manière en sumérien que dans les autres langues 
citées ici. Si l’on part de -kam comme produit par -k génitif — {— 
am particule emphatique ou forme de « être » l , le « troisième » 
sera à définir comme « celui qui est de trois, qui y appartient ». 
Plus précisément même, le signe graphique de -kam s’expli- 
querait, selon Deimel, par « cercle » — f— t i 1 « accompli » 5 , donc 
comme une expression typique du nombre « complétif ». D'autres 

V 

1. Par exemple Sapir dit n’en avoir pas constaté en lakelma (/Mi. II, p. 267 

S 1 1 ■)• 

2. Chez L. Homburger, Les langues négro-africaines, 1 pi 1 . p. 267 et 279. 

3 . Setlie, op. cil., p. 125 , 12g. 

4 . Poobel, Grunilzüge der sumer. Gramm., p. iiôsq. 

5 . Deimel, Humer. Gramm., p. 220. 



i52 


COMPARATIFS ET SUPERLATIFS 


(Thureau-Dangin, Jestin) préfèrent voir dans -kam(ma) une 
forme unitaire, avec valeur d’un verbe d’existence, ud-2-kam-ma 
signifiant à peu près « jour (étant) dans (a-) (le fait de) repré- 
senter 2 »L Ainsi encore apparaît dans l’ordinal une forme qui 
est comme un prédicat d’existence du nombre cardinal. C’est 
tout ce qui importe ici. 

En caucasien du Nord-Ouest i 2 , les langues emploient des pro- 
cédés différents, mais dont la signification est pareille. L’abxaz 
use d’une périphrase et tourne « onzième » en « l’homme après 
dix ». C’est de la même manière qu’on s’exprime en galla 3 
(eouchitique) où lama-ti-ana « troisième » est proprement « ce 
qui est ajouté à deux (lama) » ; en aymara (Bolivie), avec les post- 
positions kharu ou kipa « après, ensuite » attachées au nombre 
cardinal de rang inférieur : kimsa-kharu ou kimsa-khipa « qua- 
trième » est proprement « celui qui est après trois » ( ki/nsa); 
dans les îles du Duc d’York (près de la Nouvelle-Guinée) : ht ldi 
i patap « quatrième » =x « celui qui suit trois » ( tuldi ). L’oppo- 
sition reste la même entre la série des nombres cardinaux et le 
terme nouveau, unique, qui s’y ajoute. — Tout autre, et plus 
voisin des expressions où nous l’insérons est le procédé usité en 
ubyx : y gtqwax ou y gtqwahx « second ». Ces formes s’analysent 
respectivement en : yg- préf. possess. 3 e pers. tqwa a deux » -+- 
-ar « qui est », donc « qui est son deux», et ya -f- tqwa -f- -l- 
« avec » -\--gx, donc « qui est avec son deux ». C’est bien par la 
jonction d’appartenance à un cardinal (ici « deux ») que l’ordinal 
se définit. 

Les ordinaux finno-ougriens 4 se caractérisent par un mor- 
phème qui est -nie- en finnois et d en hongrois : fimn. kolme 
« trois » : kolmante- « troisième » ; — neljà « quatre » : nel jante 
« quatrième » ; — ville- « cinq » : viidente- « cinquième », etc. ; 
cf. lap. koalmant, vog.- xürmint, ost. xbi.mit' « troisième » ; 
hongr. luirom « trois » : karmad « troisième » ; négy « quatre » : 

i Jestin, Le verbe sumérien. II, i g4G, p. 3 1 g sq. el notamment p. 323. 

2. G. Dumézil, Eludes compar. sur les langues caucas. (lu Nord-Ouest, i g3 a , 
p. i2g-i3o. 

3. IC. Setlie, op. cil., p. 128. 

é ■ Sur celte question, Szinnyei, Finit, ugr. Sprachwiss 2 . , p. gît (cf. p. 85 sq.) 
donne des indications succinctes auxquelles M. A. Sauvageot a eu l’obli- 
geance d’ajouter un certain nombre de faits hongrois, utilisés dans ce para- 
graphe. 



I.’ OH DINAI. 


1 53 


negyed ; — ot « cinq » : ôlôd « cinquième », etc. Cette formation 
en -ni- ~ -nd- est par ailleurs utilisée comme suffixe de « dimi- 
nutif », c’est-à-dire en fait pour des dérivés adjectifs ou à sens 
originairement adjectif, dont la relation sémantique avec le radi- 
cal n’est pas uniforme : zyr. sen « nerf, tendon » : se/i-ed « puis- 
sant ; muscle » ; — lion, su « bouche » : vog. sïïnD, sont. « ouver- 
ture, embouchure » ; finn. emci « mère » : emàntü « hôtesse, 
maîtresse de maison ». En zyriène et en hongrois, des dérivés de 
ce type ont le sens des adjectifs allemands en -ig. On a en 
hongrois des noms de lieux comme Mogyorod « lieu pourvu de 
noisettes ( mogyon >') », en finnois Snrmnta « lieu pourvu de joncs 
( sarpa ) ». Enfin, -d sert en hongrois à renforcer, sans en modi- 
fier apparemment le sens, des adjectifs : aprô « menu » : aprôd 
« page » ; — gytinge « faible » : gyôngéd « tendre, délicat » ; — 
kônnyii « léger » : lônnjed « léger, aisé ». Dans cet ensemble do 
fonctions, dont il appartient aux spécialistes de fixer l’ordon- 
nance, celle que -nt- paraît assumer d’abord est de caractériser 
le dérivé par la possession de la notion de base : « celui qui 
possède..., celui en (fui se réalise... ». C’est notamment le cas 
des noms de lieux du type de h. Mogyorod, ou des dérivés 
comme zyr. sen « nerf, tendon » : sen-ed « puissant (= pourvu 
de nerfs) » ; finn. su « bouche » : vog. sont « ouverture, embou- 
chure (= ce qui forme une bouche) ». Par là s’expliquera l’ordi- 
nal finn. kolmanle-, h. ■harmad «troisième » comme « celui qui 
possède (ou en qui se réalise) trois ». 

L’ordinal burusaski comporte l’addition du suffixe -alum au 
cardinal, celui-ci caractérisé par la forme de la classe z ' ; ainsi 
iski « trois », iski-ulum « troisième ». Cet -ulurn s’analyse en 
-uUp) « dans, à l’intérieur » et -uni marquant le dérivé ou l’abla- 
tif de point de départ i- 2 ; -ulum signifie « froni in, out ol ». On a 
dans iski-ulum « troisième » un adjectif à entendre comme « celui 
qui est de l’intérieur de trois », donc en relation avec un nombre 
pris comme ensemble fermé. 

En eskimo le procédé est simple. On forme l’ordinal, a partir 
de trois, en ajoutant au cardinal le suffixe possessif de 3 e pi. : 
pmayuat « leur trois [ = 1 e trois des doigts], troisième » ; sisa- 

i- Lorimer, The Burushaski Lamjuage, t, i y 35 , p. igo, § 208. Sur l’intorpréta- 
tion de la classe cf. mon article l!SL., 19/17-19/(8. 

2. Lorimer, op. cit., I, Sj§ 76-78. 



1 51 


COMPARATIFS ET SUPERLATIFS 


maat « leur quatre, quatrième » '. Cela revient à caractériser, 
par l’indice possessif, le terme qui s’intégre au nombre pour 
constituer un ensemble. De même en chinook (Columbia), c’est 
la forme possessive de 3 e sg. qui fournit l’ordinal : Lôn « trois » : 
êLâLon « son trois = troisième » 1 2 3 . En cukéi, outre la formation 
en -lin notée ci-dessus (p. 1^7), l’ordinal a une forme en -kên 
telle que mlllnkadkên « le cinquième », où -kên est un suffixe 
largement employé pour indiquer « appartenant à » \ 

En mélanésien, dont certaines autres formations ont été signa- 
lées plus haut (p. 1 48 ), on relève une expression similaire. Dans 
le parler de Kiriwina (Iles Tobriand, *N'.-E. de la Nouvelle- 
Guinée), l’ordinal est formé par le pronom possessif de 3 e sg. 
-la ajouté au cardinal : tar-tolu-la Um « le troisième homme », 
litt. lay (classificateur des bu mains) -f- Loin « trois » -| -la. prou, 
possess. -f- ta» « homme » 4 . Le parler de Kwara'ac (Iles Salo- 
mon) emploie le môme procédé avec -11a : lima-na « cinquième » ; 
ce -na est le suffixe possessif de 3 e sg. qui s’ajoute aussi bien 
aux ordinaux qu’aux noms verbaux ou aux noms dénotant collec - 
tion de personnes ou de choses 5 6 . Mais ailleurs 011 peut préfixer 
ce pronom possessif, comme à Santa-Cruz 15 , etc. 

En dravidien, le suffixe -ava *aga des ordinaux est, selon 
Caldwell, à interpréter comme une forme du verbe « être » ; on 
aurait dans l’ordinal une sorte de participe « qui est ou qui a... » 7 . 

Sur le domaine africain, le nama constitue l’ordinal il l’aide 
du pronom de 3 e sg. jjêi « lui » suffixé au cardinal : /gain « doux » : 
/ gàin-Uei « deuxième » 8 . 

* 

* * 

Il fallait prendre une idée d’ensemble, sur des exemples choisis 
dans les familles linguistiques les plus variées, des voies qui 

1. Thalbitzer, lldb. uf Amer. Ind. Lamju., I, p. io 48 ; Swailesb, Lingu. structures 
of native America, iy/46, p. 36 . 

2. Boas, Ildb , I, p. 637, § Si. 

3 . Bogoras, lldb., II, pp. 711, 717. 

4 . Malinowski, Bull, of lhe Scliool of Orient. Stud.. I, p. 04 , 77. 

5 . N. C. Deck. Journ. of the Polynes. Soc., XLII, 1 q 33 , p. 4 i srp ol NLIII, 
iy 34 , p- 253 . 

6. S. Ray, ibid., XXIX, 1920, p. 86. 

7. Galilwell, Compar. Gramm. of lhe Dravidian lamju . 3 . p. 355 . 

8. Moinhof, l.ehrb. der Nama Spr., p. 85 , § 70. 



l’ ORDINAL l55 

aboutissent à la création des formes d’ordinal, pour aborder les 
faits indo-européens. Certes Sethc et Wackernagel ont signalé 
que certains des procédés connus sur d’autres domaines se retrou- 
vaient en indo-européen. Mais c’est l’ensemble des emplois indo- 
européens qu’il faut considérer pour voir si les concordances 
signalées sont de rencontre, ou limitées à quelques emplois d’une 
langue particulière, ou au contraire si elles manifestent une 
expression constante et qu’on ait le droit de reporter à l’état 
indo-européen commun. Nous devons donc examiner les emplois 
indo-européens des nombres ordinaux dans les plus anciens 
monuments et observer leur libre jeu dans des contextes variés. 
Seule une vérification étendue pourra légitimer une conclusion 
générale. 

Cette vérification a déjà été faite partiellement sur le domaine 
sanskrit. A la suite de Sethe, J. Wackernagel 1 a cité quelques 
exemples, échelonnés sur le développement de la langue et qui, 
depuis le Rig-Veda jusqu’au moyen-indien, illustrent une valeur 
« complétive » de l’ordinal. Déjà Panini avait montré une 
compréhension remarquablement exacte du sens des ordinaux et 
anticipé les conclusions de l'étude moderne en les dénommant 
pürana « complétifs ». Nous procéderons à un examen particulier 
des formes du Rig Veda. 

Comme on peut le prévoir, dvitïya est peu caractéristique : 
pâhi no agna èkayâ pïlhy htà dvitîyayü « è Agni, protège-nous 
avec une (citadelle), protège-nous avec la seconde » (VIII, 60, 9). 

C’est à partir de « troisième » que la valeur « complémen- 
taire » do l’ordinal peut clairement ressortir au ternie d’une 
énumération dont les deux premiers éléments n’ont pas de quali- 
fication numérale, ou sont ensemble nombres par « deux » : dvé 
id asya /c ramone ... trtîyam... « deux de scs pas, ... le troi- 
sième... » (I, 1 55 , 5); prâtahsâvé ... madhyamdinasya sâvanasya 
... trtîye savane « au repas du matin, à celui de midi, au troisième 
repas » (III, 5a, 6; cf. I, 161, 8; IV, 33, 11 ; 34, 4; 35, 9); après 
les domaines de l’eau et du ciel, 011 nomme trtîye rûjasi « dans 
le troisième espace » (X, 45, 3; 123, 8); idr'un ta ékam para Ti 
ta ékam trtîyena jyotisa s à ni visas va « voici une splendeur ; en 
voilà une autre ; avec la troisième unis-toi » (X, 56, 1) ; dvidhâ 


1. Altind. Gramm., III, p. /|00 sqq. 



1 56 COMPARATIFS ET SUPERLATIFS 

sïïnâvo ’sitram svarvidam asthapayanta trtîyena kdrmanâ... «les 
lils ont deux fois établi le dieu qui fait l’éclat ; au troisième 
exploit... ». 

Avec turïya « quatrième » : après une énumération de trois 
dons, turîyam ... pakastliamânam ... dâtcîram abravam «comme 
quatrième donateur j’ai nommé Pâkasthâman » (VIII, 3, 24) ; 
trdyo drtis turïyo... « trois outres ; la quatrième... » (IV, 45, i) ; 
la parole a quatre espèces : gi'ihâ trîni nihitâ ... turîyam... « trois 
cachées, la quatrième... » (I, if>4. 45) ; 

avec saptatha « septième » : sâkamjunâm saptâtham â/lur 
ekajdm sad idyamu fsayo devaja iti « des (saisons) nées ensemble, 
ils appellent la septième « la seule née » ; les sages appellent les 
six (autres) jumelées « nées des dieux » (I, i64, i5); sàrasvatï 
saptdthï sindhumâla « Sarasvatî, mère des eanx, comme sep- 
tième » (=le fleuve S. avec six autres), VII, 36, 6; asya 
bhralur nd lié saptàthasya « selon le rite de son septième frère » 

( x > 99- 2 ) ; 

avec astama « huitième » : à yasmin saptd raémdyas talà 
yajùasya netdri | manusvdd dctivyam astamam pola vis vain tdd 
invati « pour lui, conducteur, de l’offrande, sept traits sont 
tendus ; le huitième des dieux aussi, le purificateur le tire à la 
manière des hommes » (II, 5, 2 ); allusion obscure à « celui qui 
est nommé le huitième héros, astamdm sdram Uhnr » (X, 1 1 4 , 9 ) ; 

avec dasania- « dixième » : hiranyasyeva kaldsam niklidtam lid 
upathur dasamé asvinuhan « vous avez, 6 Asvins, exhumé an 
dixième jour l’enterré comme un pot plein d'or » ; dasamé mâsi 
sutave « pour l’enfantement au dixième mois » selon le comprit 
usuel de la gestation (X, 1 84 , 3) ; 

avec ekadasa- « onzième » : dasasyüm putran d dhehi pdtim 
ekâdaéam krdhi « accorde-lui (= à elle) dix enfants, et fais (toi- 
même) le onzième comme son mari » (X, 85, 45); 

avec catvârimsya- « quarantième » : yah sdmbaram pdrvatesu 
ksiydntam catvarimsyam sarady anvdvindat « (Indra) qui finit par 
trouver, au quarantième automne (= au bout de quarante ans), 
Sambara qui résidait dans les montagnes » (II, 12 , 11 ). 

Par contre très rares et tardifs sont dans le Rig Veda les 
exemples d’énumération où tous les ternies sont numériquement 
ordonnés : X, 85, 4o somah prathamo vivide gandharvo vivida 
ùttarah trtiyo agnis te pdtis turïyas te manusyajdh « Sonia le 



L ORDINAL 


157 

premier t’a obtenue ; Gandharva t’a obtenue le deuxième ; ton 
troisième époux fut Agni ; ton quatrième (et dernier) le fils de 
l'homme » (X, 85, 4o). 

Les textes de prose restent dans une large mesure lidèles a 
l’usage ancien. Un exemple de la Vâj. Samh., X, 3o : savitrü 
prasavitra sarasvatyâ caca tcdslrâ rupaih pûsnü pasubhir indre- 
nâsmé byhaspcilina bràhmariâ cârunenai'tjas agninâ té j axa somena 
râjna visnunâ dasaniya decdlayâ prcisâtah prâ sarpâmi « par 
Savitr incitateur, par Sarasvatï parole, par Tvastr formes, par 
Pflsau bétail, par Indra pour nous, par Brhaspati principe brah- 
manique, par Varuna force, par Agni éclat, par Sonia roi, par 
Vi'snu dixième divinité, incité, je rampe en avant ». Autres 
exemples Wackernagel-Debrunner, III, p. 4oo sq. 

De cette fonction des ordinaux nous avons en vieux-perse un 
bel exemple : S manà tait(Ji)mar\â tyai\y paruvam xsayaOiyü âha 
adam nacama « huit de ma lignée qui m’ont précédé ont été 
rois ; je suis le neuvième » (B., I, 9 - 10 ). Mais l’Avesta ne fournit 
qu’un très petit nombre de faits: 0 ri.ayarom Urixsapanom ... 
fjraostâ xsaf/w Orityayâ « pendant trois jours et trois nuits... ; à 
la fin de la troisième (et dernière) nuit » (Yt V, 62 ), où l’ordi- 
nal suit un nombre cardinal et le reprend. C’est le seul emploi 
qu’on puisse mettre auprès des exemples védiques et perse. Autre- 
ment on peut citer des cas où l’ordinal enveloppe un compte 
implicite, comme dans lat. t/uinto die, gr. "tj -fy.-Tv; (ÿyipx). Ainsi 
bumyà haplaMê « dans le septième (et dernier) karsvar de la 
terre » (Y., XXXII, 3), cette septième portion de l’univers qui 
forme le monde habité (x”anira')a') ; kahrkâxô ... yô naornyâcit haca 
daimhaot musli.niasamham xrïini aiwi.caênaili a le coq qui dis- 
tingue depuis le neuvième pays (c.-à-d. par delà huit pays) un 
morceau de viande de la grosseur du poing » (Yt, XIV, 33) ; 
pasca panca .dcisïm sarolom « après la quinzième année », c.-à-d. 
quand il a atteint l’âge (parfait) de quinze ans (Yd., XIV, j 5). 
Tous les autres ordinaux sont de type énumératif et prennent 
place dans les successions marquant le rang. 

Sauf exceptions rares, l’usage homérique est que le nombre 
ordinal ne figure pas dans plusieurs termes successifs, mais une 
seule fois et après un nombre cardinal, pour achever une 
totalité. Il faut passer en revue les faits homériques pour établir 
ce principe, que les grammaires ne signalent pas, et pour en 



1 58 


COM PA HA TIFS ET SUPERLATIFS 


montrer l'application, qui couvre la majorité des exemples. La 
notion est toujours celle d’un ensemble auquel l’ordinal ajoute 
l’élément final, que cet ensemble soit un entier par nature et, en 
ce cas, l’ordinal équivaut à un nombre fractionnaire, ou qu’il 
soit un tout occasionnel, qui trouve sa complétude par l’addition 
d’un dernier terme : 


7<o o’ rj :r t où: ;j.v> ysvai ... o.sxà Si sp ir a o : i tîv xiaoçvi (A 25 o) ; 
... xwy oûo poipâiay, x p i x â x r, 3 ’ ï:>. \i,:Xpy. /.s/.sizxat (K 253 ); xpsîp 
yàp àSsXssoi .... Zsyp -/.ai èy<o, xpixaxop S’ ’AiSijp (O 188); Aïjxoüp 
... E içopêop, 57 3 ; \j.i xpîxop spsyapiïsip (Il 85 o) ; après la course 
et le pugilat, toit a Ovjy.sv asOXa ('F 700); après deux tentatives, 
xpixov aoxtp ('F 733); Sûw vjy.xap, Sus x’ ryj.axa ... à/,/,’ cxs or, 
xpixov y.ap (c 390 = -/. 1 4 j) ; y/Sps Sôo) y.pivap, xpt xax ov ■/./jpay ’ 
au.’ cixxo-xp (1 89 = •/. 102) ; -püxa p,s 7 .ixpr ( xo>, jy.sxstrsixa 3 s Ÿjcst 
ccki), xo xpixov aiO’ iioaxi (y. 5 ig) ; w pswv xpixaxov p.épop ..., xip es 
3 ùw... (h. Dem. 099. cf. 446); xpip p.;v ..., xpip 3 s ..., xi os 
xsxpaxov (E 438 s., 11 702 s., 784 s., etc.) ; Ivjp.ïj'/.c: . ., A’.ev.r,- 
3 r;p ..., MsvsXaep ..., AvxiXeyop os xsxapxop ('F 288-290-293-301) ; 
xpisxsp ..., à"/./.’ oxs xsxpaxov r ( X0s sxop... (ji 106-7, T 1 5 1 , 

o) i 4 i- 2 ); ci sXayov ... xsooapsp - aixxp syto xxsp.TXXo? p.sxx xoioiv 

èXsyy.ïjv (1 334 - 5 ); N i-xopy p.sv ■xpwxiTxa y. y. ’l oov.svÿz ava'/.x jt, aixap 
s-six’ Ai'avxs Eus) y. ai l'vBsop yiov, sv.xov 3 ’ aux’ ’Oîuxvjy... (B 4 o 5 ) ; 
’Eysçptov xs Sxpxxtop xs IIsposvp x’ ’'Apy;xop xs y. ai avxlOsop Qpafj'jp.yjèr,; - 


xo? 7 î 3’ stxsiO’ sy.xop IIsiTioxpaxop vjXvOsv (y 4 1 3-5) ; s; 3s 0 : utsp 
saoiv, syw 3i ci Ï53sjj.s; s’tp.t (ü 3gg) ; s p •?; p. a p p.sv ..., à/,/.’ exs 3’ 
sôsop.ov ipp.ap. • • (p. 397 = 0 476) ; Ip 8 s Sia xxxéyap ..., sv xvj 3’ s63c- 
p.a-r ; pivto cys'xo (fl 2 4 7 ) ; èijvjg.ap p.sv ..., I53 o|v.xxy) 3s... (y. 80 = 

tov ... sxxi 3 ’ oySoov r,Xass yaXy.ov (H 222. 
yooaxw (y 3 o 5 , cf. r, 261, p 285 ); 
c/âxr, (B3l3, cf. 327); sv rpp.xp ;j,sv ..., xi) 
8 , Z 174, etc.); eivâsxsp ... xw 
’ vjy.axa ..., Swïsy.âxv; 3 s... ('I’ 45 ); 
xov xpiîy.aiSsy.axov... (K 488 , 56 o) ; 0 w s s y. a ... 
7y.ar.0sy.ax0p 3 syw aàxop (0 3 go) ; SutaSsy-a ijiiaxa 
.... xàj xpisxaiSsxâxï) 3 s... (x 199); s-xi y. ai 3 s'y. a rjaaxa ..., èy.xa)- 
■/.aïosy.âxï) 3 s... (s 278, cf. w 63 ). 

En outre, très fréquent est l’usage de l’ordinal pour marquer 
le jour ou l’année d’un événement, impliquant le compte des 
unités écoulées: xtj xpixaxp, « le troisième jour, =0 après deux 


ç ■ 

249) ; oa-< 

GG ... 

£77 7 « 

6 osto 

cf. 

245 ); s 

77 T Xc' 

£ G . . 

. t( 7 ) : 

cy, 

70), o.~y.p 

P-VOf 

sv a' 

' Y i V 

G £ 

y. 7 . t y; oi.. 

,. (A 

02, 

cf. Ü 

C £ 

y. a t (p ci.. 

■ (; 2 

4 o) ; 

e v g £ y 

G U (t) G £ / £7: 

£GV£V 

TGV T 

p 1 7 y. a 

( 3 a 

oô.-psp ... 

, 7 5 ’. 7 

y. a r.G : 

£ y. a t g 



l’ordinal 


i5g 


jours écoulés » ; 
ï-.o: h-h (w 309) 
swBîy .xvr, Sé x:: a 3 ■ 


TiTpaîcv irçp.xp êyjv , oxs... (y 180); xi2e irÉ[j.itxsv 
; èyîîâxM ete'. (3 82); nvaxô; est', èvuuxsç (B 290); 
tt; èÀE'jJSTX'. (\ 425) ; -îjoyj viep si se'.zîstsv exo; èax'N 


(t 222). etc. 

Ces exemples, dont on a seulement exclu les nombreuses répé- 
titions, épuisent il peu près les emplois des ordinaux chez 
Homère. 11 y a très peu de cas où plusieurs ordinaux se succèdent 
en fonction enumérative : xw ttomtio ... t<7> SîjzépM ... x<7) t ptxxtM ... 
TW xsxzpxw ... -Ép.-T(.) (T pf)2 s.) et M 87-101, II 178 sq. sont les 
seuls passages à citer. 

De l’emploi spécifique des ordinaux dont on vient de citer les 
témoignages homériques, il serait aisé de multiplier les exemples 
on grec. Ainsi chez Pindarc, 01 . , I, fto p.sxi xp’.wv té-.ap-.o't tcsvsv ; 
— Frgm. ttéçve 31 xpst; y.oé zi/.' a/2pa;‘ xsxpâxw 0’ sots; 'xeizO t, 
(ed. Puech, IV, p. 197) ; zmcv/.x, ai xov ci tphsv(id., 1\ , p. 218), etc. 
Hors du grec il 11e serait pas difficile d’observer dans les litté- 
ratures anciennes et jusque dans les langues moderne la persis- 
tance du mémo usage. Lat. in eximendo quidam dicunt oportere 
nouera partes tollere, décima 111 relinquere (Varr. , RR., III, 16); 
decimam parlent ei dédit, sibi nouera abstulit (PL Bacc/i. 666); 
nos duo eritis atque arnica pua erit tecuni tertia (ibid. 717)- 
En vieux russe, dans la Geste d’Igor : « On s’est battu un jour, 
puis un autre jour ; c’est le troisième jour — tretjago dni — a 
midi, que tombèrent les étendards d Igor » *. Nous ne poursui- 
vrons pas plus longtemps cette énumération. Notre propos était 
de montrer que l’accord de l’indo-iranien et du grec permet de 
■considérer la fonction « complétive » comme propre a 1 ordinal 
indo-européen. 

C’est cette même propriété de l’ordinal qui le rend apte à 
exprimer le nombre fractionnaire ; usage que conservent encore 
nos langues : fr. le tiers, le quart pouvaient, il y a peu, signifier 
« le troisième, le quatrième » d’une série et aussi bien « la troi- 
sième, la quatrième » fraction d’un tout. La situation, au regard 
de l’ordinal, est toujours pareille: on a affaire soit à un entier 
donné, partagé en trois parties égales, et comportant « les deux 
parties » plus la troisième, celle qui complète le tout, et c’est le 
nombre fractionnaire ; soit à un entier postulé par l’expression : 


1. La Geste du Prince hjor, ôJ. Grégoire-Jakobson, ig'i8, p. 53 , § 70. 



l6o COMPARATIFS ET SUPERLATIFS 

« deux hommes » plus « le troisième » (ou le tiers), qui annonce 
par son expression que la série est désormais complète, et 
c’est le nombre ordinal. K. Scthe a illustré cette concor- 
dance de nombreux exemples pris surtout à l’égyptien et 
aux langues sémitiques 1 . Il n’a pas manqué de citer l’emploi 
parallèle du grec pour les nombres fractionnaires : xà lùo 
[i.ipr, — xi xpi'xîv. En akkadien l’expression est similaire, avec 
cette particularité que c’est en général le féminin de l’ordinal 
qui exprime le nombre fractionnaire : salustum « la troisième 
(main = partie) » : si lin erestim sali islam bel eqlim « le cultiva- 
teur (prendra) deux (mains) et le maître du champ la troisième 
( salustam ) » 2 . 

On constate donc que la catégorie de l’ordinal se dessine, à 
travers les idiomes les plus divers, en traits sensiblement pareils 
Partout l’ordinal se détermine par des moyens semblables et 
remplit, vis-à-vis du nombre cardinal, une fonction constante, 
qu’on peut appeler fonction d 'intégration. L’ordinal n’intervient 
qu’à l’occasion d’un comput « fermé » et il est cette fermeture 
même. Par là il intègre en une totalité complète l’énumération 
dont il est le dernier terme numérique. Seul peut remplir ce 
rôle l’élément ultime d’une série articulée et unifiée par le concept 
de nombre. Le passage de cette fonction intégrante à la fonction 
vraiment « ordinale » propre aux langues modernes est le signe 
d’une conception nouvelle du nombre : à l’idée des « ensembles- 
nombres » se substitue celle du nombre « ouvert », de la série 
indéfinie, dont chaque élément peut être qualifié ordinalement, 
d’après le rang qu’il occupe. Ce changement se manifeste déjà 
dans plusieurs des anciennes langues indo-européennes. Mais la 
définition des ordinaux comme pürana que donne P uni ni prouve 
que « complétive » était leur fonction première, qui dans beau- 
coup de langues moins évoluées reste leur fonction unique. 11 
semble qu’on trouve ici une de ces très rares catégories qui, 
par leur contenu sémantique, témoignent d’une structure 
pareille, apparemment nécessaire, de la plupart des organismes 
linguistiques et des mentalités qu'ils reflètent. 

i. K. Scthe, V r o/t Zahlen und Zahlworlen bel den allen Àejyplern, jgiG, p. Go sq., 
cf. O. Xeugebancr, Varies, ilber Gescli. (1er antiken mathein. Wissenschaft, I, ig3'i. 
p. 90 sq. 

• 2 . Thuroati-Dangin, Rev. d’Assyr., XXXI, ig34, p. 'iq. 



LE SUPERLATIF 


1 6 1 


II 

Formation du superlatif. 

Cette revue îles caractères qui marquent, en nombre de langues, 
la catégorie des ordinaux nous ramène à notre propos initial, qui 
était de démêler les rapports, peu visibles, mais attestés néan- 
moins par de claires concordances formelles, entre l’ordinal et 
le superlatif indo-européen. Signalons d’abord, un ensemble de 
formations où l’ordinal et le superlatif coïncident dans leur 
structure morphologique. 

Une particularité qui a été plusieurs fois observée est la coïn- 
cidence entre la finale des ordinaux et celle des superlatifs. Les 
suffixes *-tho, *~mo, servent ensemble au superlatif comme 

à l’ordinal, de sorte qu’il y a souvent identité curieuse de for- 
mation entre les formes des deux catégories : av. vlsastama- 
« vingtième » comme 0 wyq.stom.a- « le plus terrible » ; lat. sep- 
timus comme oplirnus; gr. zphx~cç comme çi/vcatac ; ail. der 
dreissigste comme der fleissigsle. On interprète en général cette 
similitude comme marquant la qualité en quelque sorte super- 
lative de l’ordinal. Selon Sethe, gr. zpho:, TpéraTsç est à 
comprendre « als der der Zabi 3 am niiehsten steliendc, vor 
andern zu ihr gehorige, am meisten dreiartige »*. Wackernagel 
en juge de môme : « Die Ordinalien dienen eben wie die Supcr- 
lativen zur Charakterisierung solcher, die durch ihre Nummer 
bzw. den Grad ihrer Eigenschaft über die andern Exemplaire 
der gleichen Gattung hinausgehen » I. 2 . De son côté Gilliéron a 
rencontré ce problème en discutant l’origine des ordinaux v. 
fr. en -is/ne, -csme, -iesme\ il les rapproche des superlatifs, et 
compare respectivement treisme à sainlisme : « L’ordinalité, 
qu’a-t-elle été d’autre sinon une superlativité, ... « le plus 

grand des grands » ou 1’ « extrêmement grand » est-il gramma- 
ticalement autre chose que « le plus de dix » ou « l’extrême de 
dix » 3 '? L’explication serait donc dans une assimilation de 
l’ordinal au superlatif. 

I. Sethe, op. cil., p. ia4- 

a. Wackernagel, Altind. Gramm., III, p. 4o3. 

3. Gilliéron, Patholoijie el. thérapeutique verbales, III, iQii.p. 7 5 S([. , ef. p. io4- 



COMPARATIFS ET SUPERLATIFS 


Mais des faits grecs suggèrent une idée différente de cette 
relation. Il faut remarquer que le rapport des deux formations 
n’est pas seulement morphologique; le superlatif se réalise sou- 
vent par la même expression syntaxique que l’ordinal. Voici chez 
Hérodote IV 5 : ... xs'jto'j 3 s ysysc O jci ixaiSa; xpsîp, Airs;aïv "/.ai 
’Apxi;aïv -/.ai vswxaxsv Kî/.â;aïv. L’expression superlative se 
superpose ici exactement à celle, fréquente, de l’ordinal dans un 
tour tel que O 188 xpsïç àSsXçs;:..., Zsàç "/.ai kyû, xpfxaxoç S’ 

’ AfBçç . Considérons aussi B 272-4 f, es ;j/j pi’ Oeueesè; sjO/.i ssp- 
v=v... v3v 3s x33s iJ.zy’ apicxov spsEsv ; c’est exactement le même 
procédé que pour l’ordinal dans t 334 ci 0 ’ sAaysv... xsasapsç’ 
aàtap s-;ù ~ s - x c ; . . . sÀsy p.r,v ; dans la séquence p.upia... apuxsv, 
on pourrait remplacer apiexov par un ordinal « mille et unième » 
sans modifier la construction ni le rapport des éléments compa- 
rés. Ou encore £ 1 84 xxoÀa’ a À y s a C'jyj.svssai'.v, y a c ;j. axa 0 ’ sàp.s- 
vsxryt." p. a'/.t'xa os x’ s/.Auov aixot : le superlatif p.a/uoxa s'ajoute a 
l’énumération a/.ysa — yapp.axa à la manière d’un ordinal tel que 
xptxzxz. Qu’on lise X 353 ixop.-v; 3’ avopsoo’. p.sAvjosi ixaii, p.JtAuxa 
3’ sp.oi, ou p 4q9 syQpoi ;asv xxâvxs;..., ’Avxfvssç os p. /A>. sx a p.sAatrr, 
xr ( pi s 0 1 . y. s et l’on verra à quel point la fonction du superlatif équi- 
vaut à celle de l’ordinal: la séquence -âvxso p.sv... p.aAtoxa 3s repro- 
duit exactement le type xsooaps; p.sv..., orsp-xo; 3s... 

S'il faut donc attribuer à l'une des deux formations la priorité 
sur l’autre, tout porte à croire que c’est à l’ordinal qu’elle doit 
revenir. Loin que l’ordinal soit une espèce de superlatif, c’est le 
superlatif qui se modèle sur l’ordinal. Et la double similitude do 
la forme et de l’emploi syntaxique fait apparaître la nature de leur 
relation. L’ordinal indique le terme dernier qui complète un 
ensemble, en s’ajoutant soit à un nombre soit a une énumération. 
De même le superlatif dénote le terme ultime qui porte à son point 
final une qualité que d’autres termes manifestent. Quantité et 
qualité s’ordonnent dans la même structure : oÎAxaxs; est « celui 
en qui l’amitié trouve son achèvement » comme xpfxaxcç est « celui 
en qui « trois » trouve son achèvement ». L’ordinal et le super- 
latif qualifient l’un et l’autre Y élément qui achève une totalité. 


Mais ce rapprochement, s’il indique comment la notion de 
superlatif s’articule à celle d’ordinal, ne donne pas encore la 
réponse que demande le problème posé en commençant : quel est 


LE SUPERLATIF 


1 03 

le rapport sémantique entre les deux formations de superlatif? 

Nous pouvons nous guider sur la différence établie entre les 
deux comparatifs, puisque chacun d’eux se conjoint à un super- 
latif distinct. 

Au comparatif en *-tero- répond un superlatif en -t°mo-, qui 
sert également pour les adjectifs de sens spatial ; type skr. uttara- : 
uttamâ-; katara- : katama- ; lat. ultimus, intimus et aussi gr. Ssii- 
Tîpcq : zvj-.x-.zi. Ce superlatif marque donc le point extrême d’un 
continu spatial, sur le modèle d’une série numérique qui atteint 
son terme dernier par progression linéaire. 

Tout autre est le superlatif en *-is-l/io-, qui se relie au compa- 
ratif « dimensionnel » en *-yes, -isen-. Ce superlatif indique le 
degré absolu de la qualité au milieu d'une totalité fermée. C’est 
le type v. p. ma<iisla bagânâm « le plus grand des dieux », hom. 
xp'.cr-sç ’A-/« iâv. On qualifie de *megisl(h)o- celui qui est « le grand 
parmi les hommes », qui incarne à lui seul la qualité entre tous 
ceux qui en sont dotés à un degré variable. C’est ce que le russe 
rend bien en identifiant la qualité avec l’objet: samyi cestnyi 
« l’honnête lui-même, le plus honnête ». 

Mais, comme pour les comparatifs, il s’est produit maintes 
confusions entre les superlatifs au cours de l’histoire de chaque 
langue, et la distinction ancienne s’en trouve souvent brouillée. 
Pour notre objet, il suffit d’avoir marqué les différences entre 
les deux types de superlatif el comment ces différences pro- 
longent, avec les mêmes caractères essentiels, celles qui séparent 
les deux formations de comparatifs. Le fait qui ressort de cette 
confrontation est la liaison étroite du superlatif avec l’ordinal, 
surtout du superlatif en et que la marque de la for- 
mation réside dans le suffixe qui s’est en grec propagé 

jusque dans l’autre superlatif remplacé par -txtî;). C’est 

la fonction de ec suffixe qu’il faut maintenant considérer. 


III 

Le suffixe *-lo-. 

On aboutit, à travers l’examen des comparatifs, des ordinaux 
et des superlatifs, à constater le rôle, dans ees deux dernières 



i64 


COMPARATIFS ET SUPERLATIFS 


catégories, du suffixe *-t(]i)o-. Ici sc pose à nouveau la question 
qui a motivé cette longue discussion : quelle est la valeur de ce 
suffixe ? 

l^es données du problème se trouvent un pou compliquées par 
la coexistence de deux formations parallèles : *-to et *-t/io- (c’est- 
à-dire *-teo-) 1 en indo-européen. Mais il ne semble pas, quelle 
que soit la nature exacte de *-tho-, qu’il remplisse une autre 
fonction que *-to-, avec lequel il alterne dans la série des ordi- 
naux : *-lho- apparaît dans les nombres de 4 à f>, en indo-iranien 
notamment, mais *-to- dans les autres nombres. De même, 
l’adjectif verbal du tvpe skr. ukl/ui- ne diffère pas du type krtà-. 
Nous traitons des deux suffixes considérés ensemble comme une 
unité suffixale. De plus, nous ne distinguerons pas entre *-to- 
(*-l/io-') des ordinaux et superlatifs d’une part, et des adjectifs 
verbaux de l’autre. 11 s’agit d’un seul et mémo suffixe en divers 
emplois, auquel doit s’appliquer une seule et même définition. 

Mais il faut d’abord considérer une question de morphologie. 
Ici se présente, et dans les mêmes termes, le problème que 
nous avons discuté à propos des dérivés en *-ti-. 

Une tendance assez marquée, que Meillet a mise en lumière, 
porte à employer l’adjectif en *-to- sous forme de composé. Un 
exemple frappant est donné en grec par une expression telle que 
six i/uvy;T3: X3K •/. ï x t vv) [j,év x (PI. Sop/i . 4 g d). On en pour- 
rait citer d’autres lout pareils : xïôxvwfêps'. v. àixxtSsvxot tiTiv 
rceiîX'.âsuiAiVuv èv xcï^ ï/Àci; (Aristote, R/iet. i 3 (j 5 b 27). « Le 
principe est celui-ci : pour le simple, le grec recourt aux parti- 
cipes proprement dits, de l’aoriste ou du parfait; pour les com- 
posés, à l’adjectif en -x;^ 2 . » Pleinement valable pour le grec 
classique, cette doctrine 11e saurait cependant être transposée 
directement en indo-européen. Nous devons d’abord chercher 
s’il y a liaison constante et, nécessaire entre la formation en *-to- 
et l’état de composé. 

Or on constate que les adjectifs simples en *-lo- existent et 
que nombre d’entre eux remontent indubitablement à la période 
commune. Par exemple : skr. mrtei-, av. ma rata-, morata -, arm. 


1. Gf. Kurylowicz, Etudes indo-européennes, p. qui examine, on fonction do 
ce suffixe, le rapport du superlatif et du comparatif. Sur les finales indo-euro- 
péennes en -th-, cf. Frisk, Suffixales -th- im Indoge rmanischen, Gôteborg, iq36. 

2. Meillet, Donum natal, Schrijnen, 1929, p. 635 . 



LE SUFFIXE -tO- 


l65 


mard, lat. *mortus (devenu mortuus sous l’action de uiuus ), gr. 
(;/.)3psTS? ; av. spanta-, v. si. scelü, lit. svenias «saint»; av. 
rasla, râsta-, lat. rêctus ; av. hj'âta-, lat. (juiëtus ; skr. srutd-, av. 
sruta-f grec y./.'jxs; ; skr. ksitü-, gr. oOixis; ; lat. coctus , gr. r.e-xôç, 
etc. — En grec homérique 1 apparaissent comme simples les 60 
adjectifs suivants, primaires ou secondaires : à-faKïjxiç, «psxex, 
àr/.YjTOç, àa-raTTi;, $sxcv, (3psxôç, yeAoiaxé:, vvyp.Txi;, yvtuzoç, îivwxoç, 
îioprp sç, âksxs;, èpxxiç, Épixsxov, eiy.xéç, Ovïjxé;, igspxsç, y.Ar^éç , y./.rjtixiç, 
y.A'j-:ç, y.oo-p.ï)Tîç, y.ptxoç, y.por.xoç, y.xïjxic, y.upxsç, Xeixxcç, /.r^aTcr, 
Atufir.xâç, p.a'/Tjiiç, p.vïjgx-i' , îsaxéç, Ç'jaxcç, àvcp.xa'xoç, cnxxôç, èpsy.Ts:, 
ipuy.'dç, Ttyjxxéç, raorô;, ZAxyvxcç, txXsxxcç, irstY)xéç, xxoxôv, xcpixxôç, 
xxxr/.xôç, çxzxiç, prp.xéq, prpiç, poxxsç, jTaxsç, axpeicxô?, xXyjxsç, xpr,xoç, 
xpwxdç, x'jxxî;, ûiavxix, çuy.xoç, çtixsv, ^oXtoxoç, ^jxox, wvyjxéç. — En 
outre il est est à peine utile de rappeler que dans les langues 
(indo-iranien, slave, baltique, germanique, italique, celtique) où 
l'adjectif en *-to- a été incorporé à la conjugaison en qualité de 
participe, aucune différence n’est faite entre simple et composé ; 
l’un et l’autre se rencontre également. 

L’existence des formes simples en *-to- doit être admise. On 
peut dès lors mesurer l’importance du changement qui intervient 
là où s’affirme la tendance à réserver -to- aux formes composées. 
Mais il y a changement, c’est le fait essentiel. Cette tendance, 
dont les premiers commencements remontent haut, ne se fait 
jour qu’à date récente, et l’histoire du grec en fournit l’illustra- 
tration la plus nette. A partir du moment où certains emplois 
de composition entrent dans l’usage, une possibilité est donnée 
qui multiplie les composés en grec dans des proportions à peu 
près illimitées. Là-même est le danger d’une appréciation pure- 
ment statistique des emplois. Par exemple, en face du simple 
(;x) 3 ?îxsç, on a chez Homère cinq composés : a-, âgsi-, foaeî-, 
îOswi-, xep'ii-; en face du simple y./.uxiç, six composés: àyx-, 
vxjjv-, r,-p i-, zpi-, xïjXs-. Conclure de là que les composés 
sont x fois plus nombreux que les simples serait juger sur un 
indice fallacieux : il est clair que le simple sera nécessairement 
unique tandis que la composition le fait apparaître en liaisons de 
nombre imprévisible. 

i . Des listes de formes grecques sont données par P. Chantraine, Formation des 
noms, p. 299 ss. ; Riscli, Worlbild., p. la et maintenant Buck-Petersen, Reverse 
index of C reek noims and adjectioes, p. 46g ss. 



1 66 


COMPARATIFS ET SUPERLATIFS 


Si maintenant nous cherchons le point de départ et la raison 
de ce foisonnement des adjectifs en -to- du grec, nous nous 
trouvons ramenés, pour un nouvel examen, devant l’exemple, si 
frappant à première vue, du Sophiste : zax ày.îvr, ta v.y.'i y-r/.t vïjgsva. 
La relation des deux formes n’est pas univoque. On pourrait 
penser que le participe y.sy.i ir^.é'ix aurait été substitué a un w>r,~x 
impossible en tant que simple. Mais y.ivïpc; existe et chez Platon 
même: sc/.w o’ è~ivseî y. iv/jT 5 v v.vx a’tw vs; ^01^7 ai « il imagine de 
fabriquer une sorte d’image mobile de l’éternité»'. Ce 11’est 
donc pas une déficience du vocabulaire, mais bien un choix déli- 
béré qui a fait préférer ici le participe ; y.v/xir l \i.i'i x est donc la 
forme normale, et c’est xr/J.rrgx qui demande explication. La 
raison de l’emploi se laisse découvrir aisément : xv.{'/r-.x remplace 
une forme négative *x-xvM'ir,\t.vix qui était exclue. Le lait que 
les participes grecs échappent à la composition 1 2 obligeait de 
recourir à une forme supplétive quand 011 voulait donner au 
participe une forme négative. Là est, selon toute apparence, le 
point où la composition s’est amorcée : dans les composés 
négatifs en -tîç, du type de ocp. 6 po-sç, jciatîç, qui procèdent eux- 
mêmes des formes négatives en -t- telles que y-; voir, xl\i;rg. 

Cette création des composés négatifs est en outre à l’origine 
de la valeur de « possibilité passive » que portent fréquemment, 
surtout — mais non exclusivement — en grec, les adjectifs en 
*-to-. Le développement de cette valeur tient à un de ces 
principes non formulés, difficilement formidables, sous-jacents 
à mainte catégorie sémantique et qui orientent spécifiquement, 
selon les « mentalités », les classifications nominales ; on pour- 
rait l’exprimer ainsi : ce qui n’a pas été fait une fois 11e peut 
pas l’être. Ainsi «jaiss « non franchi j> infranchissable » ; deppvjx xoç. 
« non brisé j> infrangible ». Ce sens peut toujours se développer 
dans des formes négatives, cf. lat. invictus, et il a pu se mani- 
fester dès l’origine. On le voit dans l’expression concordante véd. 
âksiti sravah (RV. I 4 o, 4 ) et hom. v,'/AFcç yçGrrev (I 4 1 3 ) « gloire 

1. Platon, Timée, 3^ d. Cf. aussi Aristote CY. 1 1 34 1) 29. Le mot a subsisté 
dans la langue juridique : y.ai àxîv7jta « biens meubles et immeubles » 

(P a P) 

a. C’est ce que déjà Meillet lui-même signale en passant (1. c. p. 636) : « les 

participes ne fournissent pas des seconds termes de composés et dès que l’on a 

besoin d’un composé, on recourt au type en -tg- ». (if. maintenant aussi lluck- 
Peterscn, Reverse index , p. 469. 



I.E SUFFIXE -to- 


167 


impérissable », héritée de la phraséologie poétique indo-europé- 
enne. D’une manière générale, c’est a une création de la 
langue poétique et religieuse que nous attribuons l’extension 
considérable des composés en *-to~. 

De ce débat autour d’une expression de Platon ressort aussi 
une conclusion qui porte directement sur le sens de l’adjectif 
en -rc;. Si nous considérons que x/.bn-.zz comme pseudo-participe 
s’oppose à y.sx'.vïjpivoç, iita (îsoiî; à TtsïïX'.Beup.ivcç, a^âpwrî; a /r/a- 
pi î;jiv:ç, âXeutoç à XsXoupévsç, à'Oaistsç à TîOap.piv:?, axp.r ( T05 à v.î/.- 
[j.r^.é'K; etc., nous devons admettre que la fonction de -ts; équi- 
vaut à celle du participe parfait passif, et c’est ce que confirment 
les langues, telles le latin, où *-to-, annexé à la conjugaison, 
remplit effectivement et seulement ce rôle. Entre le sens de 
l’adjectif en *-lo- et celui du participe parfait passif s’établit 
une liaison sémantique qui aide à préciser la valeur du suffixe. 

* 

* X 

Divisé entre plusieurs categories, *-to- semble prendre une 
valeur différente dans chacune. L’adjectif verbal en *-to- indique, 
selon Brugmann, « dass etwas von einem Vorgang betroffen und 
durch ihn in einen Zustand geraten ist » '. Comme dérivé secon- 
daire, l’adjectif en -to- du type gr. Oau p.x-Tîç, lat. barba-tus 
marque la possession de la notion. Mais ces définitions par- 
tielles, valables dans chaque catégorie, ne couvrent pas la 
valeur entière du sullixe. Et cette valeur est cependant présente 
partout où *-to- a été choisi comme élément de dérivation, de 
préférence à un autre sullixe. 

Or il semble que la valeur qui coïncide le mieux avec l’en- 
semble des affectations de *-to- soit celle-là môme à laquelle nous 
conduit l’étude des ordinaux. On peut dire que -to- indique 
l’accomplissement de la notion dans l’objet. Le dérivé en *-lo- 
assume ce sens « passif » dans tous ses emplois. Comme ordinal, 
quartus est, on l’a vu, « celui qui produit quatre, par qui se réalise 
l’ensemble quatre ». L’adjectif verbal du type datas qualifie 
« celui en qui s’accomplit le donner », l’objet dans lequel est 
réalisée cette notion. Seule change la diathèse, non la valeur, 

1. Brugmann, Grundr . 2 , II, 1, p. 3 gi, § agi. 



1 68 


COMPARATIFS ET SUPERLATIFS 


dans les formes tirées de verbes intransitifs, telles que lat. 
cenatus, poius, profectus. En tant que dérivé secondaire, ius-tus 
signifie aussi « en qui se réalise le ius », concrètement « conforme 
au ius », cf. iustae nuptiae; skr. sïïr-la- «. lumineux » ale même 
rapport avec sur « éclat ». Par là s’ouvre la possibilité de bâtir 
le dérivé sur un nom de sens concret, comme cornu-lus. Enfin 
le superlatif en *-to- tel que gr. y.pxz-iz- s’assimile dans une 
certaine mesure à l’ordinal, et caractérise celui qui porte la qua- 
lité à son point d’achèvement, celui en qui se réalise le y.pxzs; 
absolu. Dans toutes ces utilisations particulières, la notion est 
présentée comme subie, non active, et cela différencie profon- 
dément *-to- d’autres suffixes impliquant activité ou production 
d’un résultat. En outre, si l’on compare les formations en *-t- à 
celles en on remarque que le type gr. «yai;, lat. sacerdos, 

skr. visva-jit-, av. pâs-karat- fait prédominer d’une part le sens 
« actif » en face du sens « passif » de *-to-, de l’autre une accep- 
tion moins nettement individualisée que *-/»-. Le rôle de la thé- 
matisation est avant tout individualisant. 

L’unité de la valeur sémantique du suffixe est ainsi rétablie à 
l'aide de celles des formations qui impliquent le suffixe dans les 
types les plus anciens et les [dus caractéristiques, et cette unité 
coordonne à son tour la diversité des catégories qui ont ce 
suffixe pour indice dans des emplois devenus historiquement 
distincts et indépendants. 



INDEX 


N. B. — Get index comprend toutes les formes qui font l’objet d’une remarque. Les réfc 
ronces aux langues utilisées pour un seul fait sont réunies «à la fin sous la rubrique 


« Autres langues ». 


Hittitk. 

paoilar-, 16. 

akutara-, 22 n. 

saplalha-, 1 56 . 

mpftn i'ft— o'» n 

savitar-, 17. 

iUCS tU f J. A II- 

selu-, 88. 


sotar-, i5. 

Sanskiut. 

sthatar-, ili, xG. 

anlar i-, 120. 

tant a-, 88. 

antar hita-, 120. 

tarutar-, i5. 

<i star-, 16. 

trlïya-, i55. 

as lama-, i56. 

turïya-, i56. 

bharlar-, i4. 

vâstu-, 88. 

dartar-, i5. 

volhar-, i4. 

dâtar-, i3, 17. 

y antar-, i5. 

dâmstar-, i3. 

y as ta r-, 16. 

dasama. i56. 

yûtar-, 16. 

dâtu, 88. 


duillya, i55. 

ÀVEST 

dhâtar-, i4, 21, 


dhâtu-, 88. 

ïtbarnlar-, 25. 

edhata-, 88. 

ailaêlar-, 22. 

ckâdasa-, i5G. 

âjrltar-, 22, 25. 

yali-, 88. 

aibijaratar-, 21, a5 

yatu-, 87. 

aipikaratar-, 2 4 ■ 

holar-, iG. 

aiwisastar-, 2.4 • 

janilar-. i4> 

aiwyûslar- , 20, 

jantu-, 88. 

aiwyâxstar-, 21, 26. 

jâlu, 88. 

antar mru-, 120. 

jivâtu-, 88. 

anlar- axli-, 120. 

kratu, go. 

apàfjli-, go. 

manotar-, ig. 

*aspatara-, 118. 

manlu-, 88. 

astar-, ig. 

nelar-, i4. 

baoxlar-. 26. 

paryetar-, 26. 

baozdrî, 23. 



170 


INDEX 


barabrl-, 23 . 

syâti-, 110. 

baxlar-, 22. 

brâtar, 20, 25 . 

baxtri, 28 11. 

Qwôrostar-, 21. 

baratar-, 23 , 24, 27. 

bwaroxstar-, 21. 

iisti-, 1 10. 

urvâti-, no. 

daoibrl-, 28 n. 

uxti-, no. 

darstar-, 22. 

vanlar-, 34 - 

darsli-, no. 

vanta -, go. 

dâtar-, ig, 20, 21. 

varstar-, 20. 

daustar (y. p.), 20. 

vâstar-, 22. 

dazdar-, 22, 26. 

vastar-, 27. 

dusaraOrï, 24. 

vldaëtar-, 22. 

frabaratar-, ih- 

vidâlu-. go, 

fradaxstar-, 26. 

otlar-, ig. 

framâtar-, 21. 

*xara-lara-, 118. 

framaratar-, 26. 

xralu-, go. 

frasô . üaratar-, 26. 

x y aëlu-, go. 

fravaralar-, 26. 

x y âsar-, 27. 

gâta-, 8g. 

yâozdütar-, 25 . 

haêta-, 8g. 

yuslar-, 22, 2,5, 27. 

hamavslar-, ig, 22, 26. 

yaxtar-, 24. 

haratar-, 26. 

zantu-, go. 

huinqzdar-, 22. 

zaolar-, 25 . 

huzantu-, go. 
inti-, aniti-, 110. 
irita, 34 - 

jantar-, ig, 20, j 5 . 
jyâti-, 8g. 
jya'u-, 8g. 

*kapauta-tara-, xig. 
manaobrl, ig. 
mantu-, 8g. 

zbâtar-, 25 . 
incilar-, 22. 

Armi'.n 

bay, 120 
parti;', go. 
uxt, 1 10. 

CiKE 

maraxtar-, 21. 

ma r star-, 23 . 

àyajzùç, 7,‘i. 

nacnaëstar-, 21. 

àyo'paa'.ç, 66. 

nlpâtar-, 21. 

àYoprjTÜç, 66 . 

nisharatur-, 21. 

à TX. l<TTr if> 4 i. 

paiti . fraxstar-, 22. 

àèXrjTrJo, 30 . 

paityâstar-. 2 4- 

afvixxrjp, 4 1 • 

*partu-, go. 

aiauavrjTrJp, 30 . 

pâtar-, 21, 20. 

aiayuvxrjp, 4 1 . 

patita, 24. 

àxÊŒTTjp , 4 l. 

parata-, 87, 8g. 

àxfiaxoptç, 34 - 

pitu-, 8g. 

àxivrjxoç, 166. 

rcili-, 110. 

àxovxiaxuç, 6o. 

ratu-, 8g. 

’Axxopi'ç, 34 . 

sâ(s)tar-, 21. 

àXaojTjç, 58 . 

spaslar-, 27. 

àXexxoptç, 34 . 

sraotar-, 25 . 

àXsÇrjirjp, -Trop, 3 1 , 3 

staotar-, 25 . 

àXexpiç, 38 . 

slarata-, go. 

àXxT 7 )p, 35 , 43 , 45 . 

slti-, 110. 

àaaXXoSsTTjp, 3 <S. 



INDEX 


àuYjxrjp, 35 . 
àjAtXXriXïjp, 4i- 

àaUVTTjp, -Twp, 28 , 3 1 , 33, 45. 

àp-çtoaaiç, ^ 5 . 

àvào X y}giç, 76, 81. 

àvaxxojp, 3 o, 3 1 . 

àvaxx optoç, 2/1 . 

àvofoveuaiç, 8 j . 

àvasxaxïjp, 4 1 • 

àvouj/uxxrjp, 4 t. 

av^avGiç, -xuç, 71. 

avuct;, 75. 

ào-jar|Xr[p, 30. 

à”£tXr)TrJp, 37. 

àrcoSsxxrjp, 4g- 

à^oX'.|j.avxïJp, 37. 

’A péaxüjp, 3 o. 
àpri--/)p, 36 . 
àppLOcrxrJp, 3i, '| 5 . 
àpvsuxrjp, 37. 
apoatç, 75. 
àpoxrjo, 34 , 44 - 

àpjuaxxrjp, 37. 
àprcaxxuç, 72. 
àppsvxepoç, ir8. 
ipT'j;, 73. 

àsjxasxd;, 73 . 
àx'.gaaxrjp, 4i. 
àÿyjxcop, 29. 
àopacrxuç, 73. 

[BaXXrjxûç, 73. 
jSap.oaXiaaxtj;, 70. 

^oy]xuç, 70 . 

Poatç, 76. 
poT/jp, 35 , 45 . 

Ppwnî, 67, 76. 
fiptoxrjp, 4o. 
ppfOTIJÇ, 67. 
poS'ojp, 2g, 45 . 
yeXaaz’jç, 73. 

YÉVEaiç, 76. 

YEVETrjp, 46. 

fEvêxwp, 32, i 3 , 46 . 

Yvaiaxr'p, 48 . 

Ypajixuç, 67. 

Baïxxi4p, 4 i • 

SSiaiç, 67. 

Saixû;, 66. 

Ssxx(Dp, 3 1 , 46. 
oiaXXaxxrjp, 4 t. 

SttoxTuç, 72. 

6;j.Y,a;ç, 76. 


17 -I 

ûiiYitrip, 3o, 3y. 

Soatç, 76. 

SoTïjp, 35, 3g, 46, 49. 

Bpïjaxrîp, 35. 
owxtup, 2g, 3o, 46. 

È8r;T4;, 67. 
frjxûç, 7.3. 

ÈOEXoyxrJp, 36. 
iy.6 ams, 81. 
sxXr)<Jt{, 77. 

ÈXaxrJp, 35, 3g, 4<t- 
ÈXEr|xûç, 66. 

ÉXxxrjp, 3g. 

ÈvBux^p, 4o. 

SK«XÇtî, 4o. 

ÈJtaxxrjp, 35, 45. 

É7:au.6atr[p, 4o, 46. 

Iîxtjxuç, 66. 

Èx:tSrjTojp, 29, 46 . 

ÈntxXjjaiç, 76. 
èixta^Eitç, 78. 

ÈJXlXaXXJjp, 48. 

ETUxigrjTwp, 3o. 

s^ojixrjp, 4o. 

ÈpaEvattspos, 118. 
laxiaxiop, 34- 
sùûuvxrjp, 3g, 42. 
sùvaxr'p, 42. 

ÈçaTiiwp, 3i. 

■0, 137. 

xjpîxrfp, 4a, 46. 
r)Yrjxtop, 3o, 3 1 , 33, 46. 

•ÈjXÉxtwp, 29. 
r;p.£r£poç, 119. 

Oaxrçp, .42. 

0axûç, 73. 

0EXxxrjp, 39. 

OsXxxtop, 3i. 

0£pamuT>4p, 4g- 
OriXuiEpoç, T 1 7 . 

0r,r|Tr[p (?), 37. 

Oïipïixïjp, 37, 46. 

Oriprjxtop, 3o, 46- 
Ootvaxrjp, 4a. 

0 pr,VT)X 7 jp, 42 . 

0uxïjp, 4o. 

îaxrjp, 37, 42, 43, 46. 
îâxtop, 33, 34, 46. 
iOuvxrj'p, 42. 
iV-OMp, 4 o, 46. 
î'xxtop, 3i, 46. 

Vaxtop , 29, 32, 33, 5i. 



IXDEX 


I 7 2 

X«Xl[x(op, 29, 40 . 
xapavtatjjp, 4 2. 
xaoxop£8s;, 3 'i- 
zaxaTtXaxx’jç, 72. 
xaxaoxicxTfp, 44 . 
xauxrîp, 43 . 

XSVXtOp, 3 o. 
xïjXïjXsipa, 3 g. 
x’.Ûapiaxdî, 69. 
xivr,xrjp, 3 g. 

XtVTjXOÎ, 1 66 . 

xXeixooi's, 34 . 
xXeixj?, 68. 
xXiat;, 68. 
xXrjxYip, 29, 4 o, 46 . 
xvriaxtî, 77. 
xoj i!oxr[p, 4a. 
xpavtrjp, 47. 
xpoîvxaip, 32 , 46 . 
xpEjj.SüXiaaT'j;, 70. 
XTÎicTIS, 77. 

XTÉO!;, 72. 

■xrwtijç, 72. 
x joEp v»)Tr[p , 37, 43 . 
xuaxtç, 75. 

XEtTJUp, -xujp, 47 ■ 
Xeuxxr[p, 4 o. 
XrpoSoTEtpJ, 38 . 
Xrjtoxljp, 37. 3 g. 47 - 
Xr)ioT 4 {, 69. 

Xrj£axiop, 3 o, 47 ' 
Xixjirjtrjp, 37. 
X'j[2.avnjp, 49. 

Xioiî, 77. 

Xuaar|xrjp, 37. 

XjxtJo, 4 o. 

Xx.j 6 yj xrjp, 38 , 4 3 . 

fJUXX.t<JTT)p , 4a. 

tiaaxrîp, 4 o. 

pLaïT'.XXïJp, 32 , 4i. 
p.aoTjç, 73. 
u.EXÊxwp, 3 ït 
| xr,vuT»[p, 4a. 
pjlJXtup, 3 o, 47 - 
97x15, 77. 
u/aixmp, 32 . 
jjLvr]OT> 5 p, 38 , 43 , 47 - 
p-vrjoxts, 77. 

{JLVrjarûç, 68. 
avrjaxtop, 3 a. 

VElXEEf-^p, 39. 

vÉixeji;, 79. 


vEgixtop, 3a. 

Çfjtox'j;, 74 . 

ÇÛVEOIS, 76 . 
oapiaxûç, 70. 
o?x 7 jx<op, 3o, 3i, 33, 47 . 
otV,xrjp, 4a, 47 . 
oixKjxJip, 43. 

0 !vo 7 coxr[p, 38. 

4Xex7p, 35. 
ô[ioxXr l x»)'p, 38. 
ovr,dis, 77 . 

OTXtOJXTlXTÎp, 39. 

èixxr[p, 36, 4o, 49 . 5a. 
ôteuctxiSç, 71 . 
opOtoxjJp, 43. 

'àpX/.oxr'p, 38. 
op'/rjuxis, 6 g, 86 . 
oxpuvxû;, 71 . 
ty'îi 77; 

rav3xu.(xxtop, 3o, 46- 

naXîujÇiç, 77 , 8 t. 
Tüapatçxoïç, 78 . 
rsptaxspâ, il 9 . 

7:o3i<jXTjp, 4a. 
m>p0r[xtop, 3a. 

7 to'fftç, 76 . 
xrpaxrip, 48. 

7xpâxx<op, 3a, 34, 47 , 48. 
-pïjxtrfp, 36. 

*p»iÇ‘«> 77- 
xpoSéxxiop, 33. 
npoîtpâxwp, 33. 
npdxpiïiaiç, 78 . 
îEpoipaoi;, 78 . 
pExxrfp, 3g. 
pîjatç, 78 . 
pyirrjp, 5a. 
pijxüjp, 5a. 
puxïjp, 36. 
pdxwp, 33. 
odxxMp, 33. 
arip.dvxwp, 3o, 3i. 
oxajtxrip, 3g. 
oxIBaai;, 78 , 81 . 
arxaxrjp, 5o. 

«juXTjxwp, 33. 

<ruXX»jKX(op , 33. 
oupuraîaxdjp, 48 . 
ouvSaîxwp, 33. 
aojxrjp, 4r, 5o. 

xavuaxuç, 68 . 
xapâxxiup, 33. 



INDEX 


TiawprjTvfa, 44- 
Tiaig, 78, 81. 

Tpiaxtrjp, 42 . 

3 g. 

■j;j.£T£po;, 11g. 
j-dx^saiç, 78. 
çïtiç, 78, 81. 
tpiXrjttop, 33 . 
çpàîTwp, 33 , 48 , 49 - 
œ'jXaxTijp, 38 . 

Ç'jÇ'S, 78. 

78, 81. 
•/apaxtrjp, 55 . 

/ix.ç, 7g. 

Latin. 

aciio -us, 97. 
ailitio -us, 98. 
admissura. 10s. 
agriculture, io 3 . 

1 imita, 118. 
apparatio -us. 99. 
aseensio -us. 99. 
audio -us, 97. 
uudilio -us, 97. 
cantio -us, 97. 
captio -us, 97. 
carptura , to 3 . 
censio -us, 98. 
crrtus -ior, 123 . 
compositura, io 3 . 
confectura, io 3 . 
couiectura, 102. 
conuentio -us, 99. 
cubilura, 102. 
cnltus, 99. 
cursio -us, 98. 
rursura, 102. 
dalio -us, 98. 
descensio -us, 99. 

1 lexter, 118. 
dispositura, io 3 . 
domitura, 102. 
ductio -us, g8. 
factio -us, 98. 
felura, 102. 
fétus, 97. 
ficlura, io 3 . 
figura, io 3 . 

Jlexura, io 3 . 
Jormatura, io3. 
fractura, 102. 


fretus, 97. 
fractus, 97, 99. 
futurus, 10.4. 

gestio -us. 98. 
inceptin -us, 98. 
incisura, io3. 
ingressio -us, 98. 
inter, 120. 
intcrdico -emo, 120. 
iunetnra, 102. 
magnas maior, 1 2 4 - 
mate.rteru, 1 18. 
maturus, io4. 
mercatura, 102. 
missio -us, gg. 
mixtura, io3. 
monilio -us, 98. 
motio -us, 98. 
nalio -11s. 98. 
natara , io3. 
occasio -us, 97. 
partio -ns, g8. 
portes, 97. 
positura, 1112, 10.'!. 
potio-ns, 98. 
praetura, io3. 
pressio -us, gg. 
711001, T 3g. 
qua.-.stio -us, 99. 
quies, 110. 
ritus, 97. 
salsura, 102. 
satio -us, 99. 
seditio. 98. 
scriptura, u>2. 
sépulture, io3. 
sinister, n8. 
sponsio -us. 99. 
slalio -us, 99. 
stalura, io3. 
sumptio -us, gg. 
tactio -us, 99. 
temperatura, io3. 
texlura, 102, io3. 
tonsura, 102, io3. 
tractio -us, gg, 
veclura, 102. 
velatura, 102. 
venalio -us, 99. 
vcnatura, 102. 
v ersura, 1 co- 
mètes, 99. 



INDEX 


ï 74 


usura, 102. uswahts, 107. 

usus, 97, gg. wahslus, 107. 

vulsura, io 3 . wisls, un. 

wratodus, 107. 

Gotique. wulpus, 107. 


aihts, 110. 

Irlandais. 

aids, 110. 
andahafts, 108. 

belhu, 108. 

ansts, 110. 

comalnad, 108. 

auhjodus, io 7. 
daupus, 107. 

marbad, 108. 

nebmarbtu, 108. 

Jlodus, 107. 

oenlu, 108, 

ijabaurjopus, 107. 

oiliu, ihR. 

ijadeps, 108. 
ijakusts, 106. 

Autres langues. 

yamaindups, 108. 

Africain, i 5 i, 1 54 . 

yamunds, 108. 

Amérindien, jg, 126, i/ig-i 5 i 

gaskafls, 108. 

Arabe, 5 g, 126, 127, l/| 5 . 

haifls, 108. 

Basque, 127. 

ibnassus, 107. 

Burusaski, lÿ.'i. 

kalkinassus, 107. 

Caucasien du A - 0 ., 132. 

knops, 1 10. 

Cukci, 147. 

hustus, 106. 

Dravidien, 1 54 ■ 

6 

oc 

0 

'■ r . ' 

Egyptien et copte, i 45 , 1 5 r . 

hjms, 107. 

Eskimo, iaô, i 53 . 

lust s, 107. 

Finno-ougrien, 126, 127, 102. 

mahts, 108, ixo. 

Français, 60. 

maihstus, 107. 

Géorgien, 128, i 45 . 

mikildups, 108. 

Hittite, 12O. 

sauhts, 110, 

Indo-arven, 126. 

slauhts, 188. 

Malayo-polynésicn. 128, T 2 

paa, i4o. 

i 52 , 1 54 • 

paurfts, 110. 

Sumérien, 1 45 , t 5 1 . 

puhtus, 107, 108. 

Tibétain, 147. 

ufarassus, 107. 

Turc, 126. 

usdrusteis, 108. 

Yukaghir, i48. 



TABLE DES MATIÈRES 


Pages. 

Avant-propos 5-6 

PREMIÈRE PARTIE 

NOMS D’AGENTS 

Introduction 

Chapitre I. Noms d’agent en indo-iranien 11-27 

Chapitre II. Les noms d’agent en grec. a 8-44 

Chapitre III. Confrontation de -:too et de -ir[p 4 i- 5 ô 

Chapitre IV. Noms d’agent en d’autres langues 57-61 

Conclusion 62 

deuxième partie 

NOMS D'ACTION 

Introduction 64 

Chapitre V. Les noms grecs en -tüç 65-74 

Chapitre VI. Les noms homériques en -t.ç, 75-86 

Chapitre VII. *-la et *-li en indo-iranien 87-q5 

Chapitre VIII. Les formations latines en -tus et -tio q 6 -io 4 

Chapitre IX. Noms d’action simples et composés io5-m 

Conclusion m-112 

troisième partie 

COMPARATIFS ET SUPERLATIFS 

Introduction n4 

Chapitre X. Le comparatif i 25 -i 43 

Chapitre XL Le superlatif et l’ordinal i 44 -i 68 

Ixdkx ,6g 



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